Depuis le week-end pascal, les plaques minéralogiques bien éloignées du Var ont fleuri dans les rues pentues du Mourillon. Les volets des résidences en bord de mer se sont ouverts, preuve que des malins ont su déjouer les contrôles pour filer vers les côtes. On comprend. C’est vrai, qui préfère tourner en rond derrière les gosses dans 50 m2 à Montreuil quand la maison de tante Lucie sent le moisi et que le jardin disparaît sous la glycine en fleur ? Personne… s’il en a les moyens.

Eh oui ! s’il en a les moyens, et voilà où ça coince.

La jalousie est un vilain défaut. L’envie, maladie très française, figure au nombre des péchés capitaux. Avec ses copines la colère, la gourmandise et la paresse, elle s’épanouit en ces temps de confinement. Il faut dire que les réseaux sociaux ont, depuis qu’ils existent, fait exploser cet autre péché capital qu’est l’orgueil… Disons plutôt le narcissisme et la vantardise qui en sont les corollaires. « Regardez comme ma vie est enviable », voilà ce qui fait l’essentiel des « stories » balancées sur Facebook, Instagram et compagnie. Sauf que là, plus grand-chose d’enviable à raconter : ma vie, ma télé, mon canapé… bof. Mais voilà, il y en a qui ont des choses à montrer et qui, du coup, se la pètent.

Le Figaro.fr est allé y voir et s’est offert une petite recension de « Ces confinés heureux sommés d’être discrets ». Ben oui, faut admettre qu’un copain vantard qui se met en scène au bord de la piscine et commente « trop dur, le confinement », ça peut vous gâcher une amitié. Michel Stora, le psychanalyste de service, n’y voit qu’une inflation de cet « exhibitionnisme » qui s’est « amplifié avec le confinement ».

Le Figaro rappelle : « Fin mars, deux écrivains, Marie Darrieussecq et Leïla Slimani, ont publié dans la presse le premier chapitre de leurs journaux de confinement : la première, partie dans sa maison de vacances, s’y émerveillait des “deux biches broutant dans [s]on jardin en friche”, de “la mer, lourde, forte, indifférente”. La seconde parlait de la période comme d’une “aubaine” pour écrire, brodait sur “les tilleuls, sur les branches desquels apparaissent les premiers bourgeons”. » Commentaires indignés sur les réseaux sociaux, tendance générale « Un peu de décence, fermez-la ! »

D’autres, d’une nature plus optimiste sans doute, prennent leur mal en patience. Ainsi cette « mère de trois tout petits enfants qui ont, pour s’ébrouer, un local à poubelles et la place de parking prêtée par le voisin ». Lorsqu’elle « sent qu’elle s’abandonne à la jalousie, elle se “projette dans des situations pires” pour “relativiser” », nous dit-on. Et les situations pires, ça ne manque pas…

À Marseille, par exemple, où le confinement est, pour certains, « une double peine ». C’est le cas des quelque 100.000 personnes qui, un an et demi après le drame qui a causé la mort de 18 personnes, rue d’Aubagne, vivent encore dans des taudis. RTL évoquait, mardi, le sort de ces gens qui vivent à la fois « la peur d’être infecté par le virus à l’extérieur, et un confinement intérieur difficile », voire impossible. Comme cet homme qui habite « un appartement de 15 m2 dans un immeuble infesté de cafards et dont beaucoup de pièces ont subi des dégâts des eaux et des infiltrations qui ont vermoulu les poutres ». Un lieu si mortifère « qu’il avait dû être hospitalisé une semaine en psychiatrie, son médecin attestant clairement que sa situation psychologique était liée à l’insalubrité de son logement ».

Ils sont encore 100.000 dans cette situation, recensés dans un courrier des architectes de la Direction de la prévention et de la gestion des risques. Ils révèlent que « 2.600 immeubles suspectés de péril imminent n’avaient pas été traités, et risquent donc à tout moment de s’écrouler et de mettre en péril la vie des habitants ».

Jean-Claude Gaudin, lui, est confiné dans sa grande maison, sous l’œil de sa gouvernante dévouée…

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