Ironie de l’Histoire, l’assassinat sordide du professeur Samuel Paty témoigne, à plusieurs siècles d’intervalle, de la concordance méthodologique entre le sécularisme radical de la terreur des Lumières, qui décapitait « les prétendus ennemis du peuple », et la décapitation rituelle islamiste des « impies » et des profanateurs du dogme.

Bien sûr, on trouvera toujours une certaine graduation dans les motivations des bourreaux et des victimes et on pourra s’interroger sur le degré de nuisance de ces deux phénomènes. Il est vrai que, dans les deux cas, nous sommes bien dans une logique conflictuelle entre deux religions politiques, évoquées par Eric Voegelin, une qui au nom du progrès, depuis la Révolution française, entendait faire table rase du passé, de la tradition et des identités enracinées, en instaurant un ordre républicain centralisateur et égalitariste ; de l’autre côté, un islamisme rigoriste messianique qui, sous le drapeau du salafisme djihadiste, prône l’instauration d’un califat mondial. Seulement voilà, une des ruses de l’Histoire fera en sorte qu’après avoir exporté dans le monde ses valeurs de liberté et de droits de l’homme, la république qui vantait les bienfaits de l’humanisme et de la multiculturalité s’est progressivement vue colonisée par une immigration extra-européenne incontrôlée et véritable vivier de l’islamisme radical. L’opposition entre un républicanisme iréniste et laïcard militant, qui s’efforçait d’intégrer et d’humaniser ces dérives islamistes dans ses banlieues, et le djihadisme conquérant et sectaire de seconde et troisième génération était inévitable.

C’est pourquoi parler de islamiste constitue un leurre, voire un contresens, lorsque l’on sait que le développement d’une contre-société islamiste régie par la charia, au niveau national et sur l’ensemble des territoires européens du Dar al-Harb (littéralement, le territoire de guerre, qu’il faut convertir à l’islam), est seulement une étape vers l’instauration, au niveau mondial, de la charia, une sorte de Dar al-Islam global. On constate alors que les racines religieuses de l’idéologie mondialiste libérale, qui consacre le marché en tant que sanctification rédemptrice de l’humanité versée dans une paix perpétuelle kantienne, présente des analogies troublantes avec le messiannisme islamique d’un califat éternel, en tant que parabole du paradis perdu du califat d’Al-Andalus. Paradoxalement, la dimension mythique d’un califat unifiant l’ensemble de la Oumma musulmane dans la paix et la fraternité semble rejoindre le dessein messiannique et rédempteur de l’instauration d’un grand marché séculier où régnerait la démocratie globale et l’agora techno-communicationnelle, califat et marché global transcendant les frontières, privés de centre territorial identifiable.

En outre, le seul séparatisme vérifiable est bien celui des élites mondialistes libérales qui, comme le note le sociologue Christopher Lasch, se sont progressivement coupées du peuple qui, lui seul, fait les frais de ces deux dynamiques suicidaires et destructrices. Il s’agit bien là de la séparation d’un communautarisme de classe de l’hyperclasse mondialiste qui doit faire face à la métastase d’un communautarisme ethno-religieux, prosélyte et violent, sur son propre sol.

24 octobre 2020

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