Les temps changent. Autrefois, Reporters sans frontières était une association représentée par ce bien connu de nos lecteurs. Aujourd’hui, sa voix est portée par une certaine Pauline Ades-Mevel. Laquelle, interrogée par nos confrères de L’Obs, confirme que le nombre de journalistes tués dans l’exercice de leurs fonctions n’a jamais été aussi bas depuis seize ans.

Une bonne nouvelle, donc. Surtout pour les reporters de guerre écrivant loin de leurs bureaux. L’explication ? Ces derniers « ont été moins présents sur certains fronts particulièrement dangereux, tels la Syrie, le Yémen ou l’Afghanistan : dix-sept d’entre eux sont morts dans ces trois pays, contre trente-quatre en 2018 ».

Ce bilan ne peut qu’appeler ces deux codicilles. Le premier, c’est que les journaux occidentaux n’ont plus les moyens de payer à leur juste prix des journalistes prenant des risques insensés. Des Georges Malbrunot et des Christian Chesnot, du Figaro, des Florence Aubenas, de Libération, le savent plus que tout autre, ayant été longuement retenus en otage. Le second, c’est que la marge de manœuvre des journalistes en question est de plus en plus réduite en ces théâtres d’opérations.

Là où l’exercice de la profession se révèle encore plus délicat, c’est dans ces « pays en paix », pour reprendre la phraséologie de Pauline Ades-Mevel. « Pays en paix », il faut le dire vite, surtout lorsque s’agissant de ceux d’Amérique latine dirigés en sous-main par les narcotrafiquants. Le Mexique, par exemple, où dix de nos confrères sont morts pour avoir voulu enquêter de trop près sur les barons de la cocaïne. Idem dans certaines nations de l’Europe de l’Est, là où les oligarques mafieux – pléonasme ? – n’aiment guère que l’on vienne fouiller plus que de raison dans leurs petites affaires.

Après, le gros morceau, la , qui, avec 389 journalistes emprisonnés, a encabané, à elle seule, un tiers des gratte-papier incriminés ! Un tel constat est évidemment triste. Mais serait autrement plus plausible si Pauline Ades-Mevel ne venait ruiner sa démonstration en mêlant tout et n’importe quoi. En effet, lorsqu’elle compare le funeste sort réservé à des gens exerçant leur métier au péril de leur vie avec un Yann Barthès, il n’est pas illicite de prétendre qu’il y aurait comme de la surchauffe dans la couscoussière.

Et Franceinfo, le 25 septembre dernier, de s’alarmer : « Reporters sans frontières s’inquiète après le boycott par le RN et LFI de certains journalistes. » Saperlipopette, il y aurait donc péril en la demeure démocratique. L’hydre lepéniste, pour commencer : « On s’était habitués à voir le Rassemblement national adopter ces méthodes, une journaliste de Mediapart, Marine Turchi, a été particulièrement visée. » Mais aussi une autre France donnée pour être mieux élevée : « On l’a vu dès la campagne présidentielle de 2012, puis pendant la Manif pour tous où de nombreux journalistes ont été physiquement empêchés de couvrir certains rassemblements. » Lesquels ? Où et quand ? On ne le dit pas, tel qu’il se doit.

Pire encore, en 2017, toujours à en croire Pauline Ades-Mevel, « François Fillon les a stigmatisés [les mêmes journalistes, aussi braves qu’intrépides, NDLR] et on a vu comment ça galvanisait certaines de ses troupes. » Qu’on se rassure à RSF, François Fillon n’a eu besoin de personne, et encore moins de « gauchiasses » ou de « journalopes », pour euthanasier sa campagne. Il s’y est employé tout seul comme un grand.

Et , sachant que la « haine » se rit des frontières politiques ? Pauline Ades-Mevel, toujours : « Jusqu’ici, il avait à plusieurs reprises lancé des invectives envers les médias ; en octobre 2018, il avait parlé d’une “haine des médias juste et saine”. Mais là, un cap est franchi : non seulement il n’accepte plus les journalistes, mais il les rend responsables d’un procès, et il discrédite leur travail. » Pauvres petits choux.

Pour résumer, Robert Ménard nous manque. À Boulevard Voltaire, on fait avec. À Reporters sans frontières, on voit bien qu’ils ont du mal à faire sans.

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