L’histoire des relations de la France et de la est le reflet de la puissance et de l’indépendance de notre pays. Il est arrivé à celui-ci de s’allier avec le Grand Turc contre l’ennemi commun, l’Empire des Habsbourg. Cette alliance à revers avec le califat musulman contre le Saint-Empire chrétien évitait l’écrasement par ce dernier. Elle perdurera pendant tout l’Ancien Régime et accordera à la France une place privilégiée dans l’Empire ottoman, sur le plan commercial, et pour la protection des personnes, dont le Liban est aujourd’hui encore le témoin. François Ier et Louis XIV en useront, le premier pour sauver son royaume face à Charles Quint, le second pour faciliter ses conquêtes. Napoléon mit fin à cette entente en jetant les Turcs dans les bras des Anglais, notamment après sa désastreuse aventure égyptienne, qui consomma inutilement une armée et une flotte pour bâtir sa légende. Depuis, les relations entre Paris et Istamboul, puis Ankara, ont connu des hauts et des bas dominés par d’autres intérêts que les nôtres.

En 1915-1918, l’Empire ottoman était devenu l’allié de l’Allemagne. En pleine décadence depuis longtemps, il s’effondra à la fin de la Grande Guerre. La croûte islamique du califat se fissura et de nombreux peuples soumis – Arabes, Arméniens, Grecs, Kurdes – tentèrent de se libérer et de revendiquer soit leur indépendance soit leur rattachement aux régions ou États extérieurs à l’Empire et peuplés par leur « ethnie ». Ce souhait fut entendu lors du traité de Sèvres, en 1920, puisque la Turquie actuelle, l’Anatolie, fut sur le papier partagée entre les Grecs qui conservaient la région de Smyrne (Izmir) où ils vivaient depuis 3.000 ans, les Arméniens à l’est dans ce qu’ils appellent aujourd’hui « l’ occidentale », et les Kurdes à qui on promettait un État, tandis que les Français, les Anglais et les Italiens y obtenaient des zones d’influence.

C’était sans compter sur plusieurs facteurs : d’abord, le nationalisme turc, né quelques décennies auparavant avec les Jeunes Turcs qui, au pouvoir, furent les organisateurs de l’entreprise génocidaire, notamment à l’encontre des Arméniens ; l’armée conduite par Mustafa Kemal, qui réoccupa l’ensemble du territoire et repoussa les Grecs ; ensuite, l’épuisement des nations victorieuses qui préférèrent assurer leurs avantages économiques plutôt que d’intervenir dans des conflits à l’allure de croisade, comme de soutenir les armées blanches en Russie ou les chrétiens en Turquie ; l’incroyable médiocrité des dirigeants français, par exemple de Georges Leygues, qui soutint le kémalisme. Le tout conduisit au traité de Lausanne, qui consacra la victoire turque, en 1923. La France, qui avait obtenu le mandat sur la Syrie, abandonna le sandjak d’Alexandrette à la Turquie, en 1939, pour conjurer une attaque turque pendant la guerre avec l’Allemagne. C’est la logique ethnique du nationalisme turc qui a, par le massacre et l’exil, « turquisé » le pays actuel.

La Turquie, depuis l’arrivée d’Erdoğan, associe au nationalisme turc une volonté hégémonique dans le monde islamique « occidental » à travers les Frères musulmans. Le nouveau « sultan » a deux fers au feu : le rassemblement des Turcs jusqu’au cœur de l’Asie, d’où son intervention décisive auprès de l’Azerbaïdjan, et l’expansion islamiste, d’où sa présence également couronnée de succès en Libye. Jusqu’à présent, les Occidentaux, et les Français, en particulier, avaient plutôt été les complices de cette stratégie, notamment par leur hostilité aveugle contre la Russie, et ses alliés, comme la Serbie ou la Syrie. Derrière celle-ci se profilent d’immenses intérêts économiques.

Sans doute notre pays a-t-il révisé sa position depuis 2019, lorsque M. Macron avait évoqué la « mort cérébrale » de l’OTAN, mais on a encore vu à propos du ou de l’Artsakh, à quel point la diplomatie du verbe se révélait impuissante. Les gestes et les actes, seuls, comptent.

12 novembre 2020

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