En France, l’éclairage public continue de faire son grand retour

Fruit d'une conquête vieille de 400.000 ans, la lumière est un outil de protection, de création et de civilisation.
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Depuis les dernières élections municipales, de plus en plus de communes décident de rallumer leur éclairage public nocturne, remettant ainsi ce sujet sous le feu des projecteurs (des lampadaires). Ainsi, Cagnes-sur-Mer, dans les Alpes-Maritimes, après avoir expérimenté des extinctions nocturnes afin de réduire sa consommation énergétique et de limiter la pollution lumineuse, a choisi de rétablir progressivement l'éclairage dans plusieurs secteurs de la commune. D'autres collectivités, comme Poitiers ou Clermont-Ferrand, ont également revu leur politique d'extinction nocturne, invoquant notamment les préoccupations des habitants. Cette évolution illustre alors l’arbitrage permanent entre le besoin de sécurité, la qualité de vie, la sobriété énergétique et la protection de la biodiversité. Pourtant, derrière ce débat se cache une histoire vieille de plusieurs centaines de milliers d'années, celle de la conquête de la nuit par l'Homme, qui rappelle peut-être pourquoi nos ancêtres décidèrent, non sans une bonne raison, un jour, d'allumer une première flamme dans l'obscurité.

Le feu, première lumière de l'humanité

Bien avant le premier lampadaire, l'invention de la roue ou de l'écriture, l'histoire de l'éclairage nocturne commence avec l'une des plus grandes révolutions de la Préhistoire : la maîtrise du feu. Les plus anciennes traces solidement établies d'une utilisation de la « fleur rouge » remontent ainsi à environ 400.000 ans. Cette véritable révolution transforma alors profondément la vie des Hominidés.

En effet, la lumière produite par les flammes permet d'éloigner les prédateurs qui profitent de l'obscurité pour chasser. Elle transforme également la vie sociale. Le jour est ainsi artificiellement prolongé et la nuit cesse, progressivement, d'être uniquement un temps de repos ou de danger pour devenir un moment d'échanges, de transmission des savoirs et de renforcement des liens entre les membres d’une même communauté.

C'est également grâce à la lumière des torches repoussant l'obscurité des grottes que les hommes purent réaliser les peintures rupestres, donnant naissance à de véritables « chapelles Sixtine » de la Préhistoire, comme la grotte de Lascaux. Ainsi, dès l'origine, la lumière du feu est devenue un outil de protection, de création et de civilisation.

Les villes apprivoisent l'obscurité

Cependant, au fil des siècles, avec le développement des villes, le défi de l'éclairage des rues devient une préoccupation majeure. Au Moyen Âge, les autorités demandent régulièrement aux habitants de placer des chandelles ou des lanternes devant leur porte afin d'éclairer les voies publiques, mais dans les faits, ces obligations sont rarement respectées, faute de moyens ou de volonté. À la tombée de la nuit, les rues deviennent alors de véritables coupe-gorge, les voyageurs isolés s'exposant aux attaques des coupe-jarrets ou aux tentations des prostituées se concentrant dans les quartiers les plus sombres.

Le véritable tournant intervient sous le règne de Louis XIV. En 1667, le lieutenant général de police Gabriel Nicolas de La Reynie organise à Paris un vaste réseau de lanternes publiques afin de mieux sécuriser les rues et de faciliter les rondes nocturnes. Le financement repose notamment sur la taxe dite « des boues et lanternes » (ce génie français pour inventer des taxes sur tout et pour tout !), qui permet également d'améliorer le pavage des rues et leur assainissement. Ce modèle est progressivement adopté dans d'autres villes françaises puis européennes. Au XIXᵉ siècle, l'arrivée de l'éclairage au gaz, puis de l'électricité à partir des années 1880, achève de transformer les villes. Les commerces prolongent leurs horaires, les spectacles se multiplient et la vie nocturne prend une ampleur inédite. Si le crime ne disparaît évidemment pas, ils s’éloignent progressivement des centres-villes.

Une question toujours d'actualité

Encore aujourd'hui, l'éclairage public demeure un véritable sujet de société. Face à la hausse du coût de l'énergie et aux enjeux environnementaux, des milliers de communes françaises ont choisi de réduire ou d'interrompre leur éclairage au cœur de la nuit. Cependant, depuis quelque temps, plusieurs d'entre elles font toutefois marche arrière, estimant que les habitants expriment un besoin accru de sécurité ou souhaitent simplement retrouver un cadre de vie plus rassurant.

Ce débat s'est également invité dans la campagne des élections municipales parisiennes de 2026. En effet, lors de la conférence, organisée en janvier 2026 par Boulevard Voltaire, consacrée aux violences faites aux femmes, Sarah Knafo n'avait-elle pas notamment défendu le maintien d'un éclairage public tout au long de la nuit, rendu moins énergivore grâce aux LED et à une modulation de leur intensité ? Pour la candidate à la mairie de Paris, la lumière constituait un outil supplémentaire de protection de l'espace public, en particulier pour les femmes.

 

 

Plus de quatre siècles après les premières lanternes de La Reynie, la lumière continue ainsi d'incarner un choix de société pour la France.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

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