Bonnie Tyler, le Rod Stewart en jupons, nous a quittés

D’elle, on connaissait deux tubes majeurs : It’s a Heartache et Total Eclipse of the Heart.
Bonnie Tyler, photographed  1997
Bonnie Tyler died about a month after her 75th birthday, her family announced on July 9, 2026. (FILE) (Photo by HUBERT MICAN / APA-Images via AFP)
Bonnie Tyler, photographed 1997 Bonnie Tyler died about a month after her 75th birthday, her family announced on July 9, 2026. (FILE) (Photo by HUBERT MICAN / APA-Images via AFP)

Il existe des artistes discrets. La chanteuse Bonnie Tyler, qui vient de rendre l’âme, à soixante-quinze ans, en était. Pareillement, on croit que certains artistes ont disparu alors qu’ils sont toujours là, loin des médias, mais toujours proches de leur public. Un exemple ? Le regretté C. Jérôme (1946-2000) n’a finalement connu qu’un seul tube, Kiss Me. Pourtant, jusqu’à la fin, il multipliait les galas, se produisant dans les bals de pompiers, les foires commerciales, les maisons de retraite. Il faisait tout cela à l’économie. Une enceinte qui diffusait la musique de ses chansons tandis qu’il chantait par-dessus, un fil, un micro faisaient l’affaire. Il n’était certes pas payé des fortunes, mais les petits cachets peuvent faire les grosses fins de mois. Accessoirement, il était chroniqueur à RMC. Quand il est mort, nombre de gens pensaient qu’il n’était plus en vie depuis longtemps. Et pourtant, il poursuivait son petit bonhomme de chemin, s’acharnant à donner du bonheur à ceux qui ne l’avaient pas oublié.

Bonnie Tyler, c’est un peu pareil. D’elle, on connaissait deux tubes majeurs : It’s a Heartache et Total Eclipse of the Heart. Pourtant, de 1977 à 2019, elle a aligné dix-sept albums et plus d’une centaine de singles. Le tout sans faire de bruit ; sauf sur scène, il va sans dire. Sa vie privée ? Toujours la même discrétion. On sait juste qu’en 1973, elle a épousé Robert Sullivan, un ancien champion olympique de judo. Ils n’ont pas eu d’enfants. Amateurs de sensationnalisme et de ragots, passez votre chemin.

Chanter au comptoir des pubs…

Commençons donc par ce que l’on sait. Peu de choses, en vérité. Bonnie Tyler est née Gaynor Hopkins, le 8 juin 1951, à Skewen, au pays de Galles, dans une famille de six enfants. Le père est mineur et la mère au foyer. Chez les Hopkins, on est protestant de l’espèce pieuse. On chante donc beaucoup au temple. Dans un de ces rares entretiens accordés à la presse, elle se souvient, en mars 2019, devant nos confrères du Figaro : « Nous vivions modestement, mais avec beaucoup d’amour et de musique. » Sa mère adore l’opéra, mais la future Bonnie préfère Janis Joplin et Tina Turner. Normal, ce sont les années soixante qui veulent ça. Manifestement, elle n’est pas faite pour l’école. Elle la quitte à tout juste seize printemps. Sa vocation ? La musique, pardi ! Bien sûr, personne ne lui propose le Royal Albert Hall pour commencer. Alors, tels les Rolling Stones et tant d’autres de ses prédécesseurs, elle prend son baluchon et s’en va tourner dans les pubs, là où on veut bien l’engager pour la soirée. Rude mais bonne école que de capter l’attention d’un public éméché. Elle se fait appeler Sherene Davis, histoire de ne pas être confondue avec Mary Hopkin, l’une des jeunes protégées de Paul McCartney.

Bonnie Tyler est finalement repérée en 1975 par un dénicheur de talents officiant pour le label RCA. Il lui faut encore changer de nom, pour des raisons inconnues. Ce sera donc Bonnie Tyler. Un an plus tard arrive son premier succès, Lost in France. La voix qui l’a rendue célèbre n’est pas encore au rendez-vous, mais c’est déjà un bon début. Dans la vidéo promotionnelle, elle se montre telle qu’elle est : naturelle et sans chichis. C’est la parfaite girl next door, comme on dit aux USA.

À propos de voix, c’est une opération des cordes vocales dont elle a négligé le suivi qui lui donne ce timbre particulier, si rauque que les journalistes ne tardent pas à évoquer un Rod Stewart en jupons. Et c’est la consécration en 1978, avec It’s a Heartache, fort belle chanson aux accents acoustiques, façon hymne de pub que n’aurait justement pas renié… Rod Stewart.

La consécration mondiale…

Bonnie Tyler devient une star internationale, au même titre que ses compatriotes Kim Wilde ou Sam Brown. En 1983 sort son tube le plus connu, Total Eclipse of the Heart. La mélodie n’est pas vilaine, mais la production tonitruante accuse le poids des ans. Dans Le Dictionnaire du rock (Robert Laffont), cette chanson est ainsi définie comme « une ballade épique au lyrisme déraisonnable, qui confine au sublime dans sa démesure », ce qui est plutôt bien vu. Ce sont les tics de l’époque, les batteries électroniques, les synthétiseurs, les coupes de cheveux déraisonnables et les vêtements défiant à la fois le sens commun et la plus élémentaire des élégances vestimentaires. Qu’on en juge.

Certes, on peut railler le côté clinquant de la chose, mais derrière cette vitrine sonore, il y a une chanson, une vraie chanson, de celles qu’on peut fredonner sous la douche ou en tondant la pelouse. Madonna peut-elle en dire autant ? Il y a longtemps que non. Malgré les hauts et les bas inhérents au métier de chanteuse populaire, Bonnie Tyler a toujours continué d’enregistrer et de se produire sur scène. La critique la snobait, ses fans, eux, lui demeuraient fidèles.

La preuve que personne ne l’avait véritablement oubliée, c’est qu’en mai 2013, elle défend les couleurs galloises à l’Eurovision et qu’en décembre 2019, elle se produit au Vatican devant le pape François. Mieux : en 2023, le prince William, au nom du roi Charles III, lui épingle la croix de membre de l’ordre de l'Empire britannique au revers du corsage pour services rendus au royaume. En mai dernier, elle devait repartir en tournée. Une intervention chirurgicale suivie de complications postopératoires en a décidé autrement.

Le jour de sa mort, un certain Rod Stewart a écrit, sur Instagram : « Nous avions des styles vocaux similaires. C’était une bonne amie, une véritable interprète de chansons d’âme. Je chante It’s a Heartache tous les soirs en tournée. Tu vas me manquer, ma chère Bonnie. » Voilà qui vaut toutes les décorations.

 

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

Un commentaire

  1. C’est bien ce qu’il a dit le Rod Stewart des Faces de Ron Wood .également, concernant Bonie Tyler
    Un type sympa devenu une sorte de crooner sur le tard .
    J’aimais bien cette chanson et son interprête .;  » It’s a heartache! « .
    Il y a une sorte de chaleur qui en ressort .
    Qui n’a pas entendu cette chanson en 1978 et dans les années 80 ?

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