Vous vous souvenez peut-être de ce mot de Martine Aubry, en janvier 2011, au lendemain des primaires de la gauche ? Cette expression conviendrait encore plus pour qualifier la concoctée par le gouvernement. Il y a même plusieurs loups, qu’ et les ministres concernés semblent se plaire à cacher. À dix jours de la grève du 5 décembre, qui devrait être très suivie, reçoit, ces lundi et mardi, les partenaires sociaux. Rendez-vous de la dernière chance ou leurre de la concertation ?

Si on laisse de côté les interrogations sur le bien-fondé de la réforme projetée – il ne suffit pas de proclamer qu’« un euro cotisé doit donner les mêmes droits à tous » pour qu’elle soit juste –, force est de constater que manquent de nombreuses informations sur les intentions du gouvernement, à supposer qu’il sache lui-même ce qu’il veut, confronté à une contestation qui tend à s’élargir. Même ceux qui ne sont pas hostiles aux principes de cette réforme finissent par s’inquiéter, tant le flou règne : quid des variations de la valeur du point, du calendrier et des modalités de la transition, des pensions de réversion, des compensations promises aux catégories qui y perdraient le plus ?

Tout cela fait l’objet de concertation, répond-on en haut lieu. Mais quand on connaît la façon dont nos dirigeants la conçoivent, il y a de quoi se poser des questions. Même le patron du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux, estimait, dimanche, dans les colonnes du Parisien, que l’ambiguïté entretenue par la majorité « ne fait que rajouter de la tension à la tension ». Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, pourtant favorable au principe de la réforme, reconnaît qu’il peine à retenir ses troupes. Il somme le gouvernement de sortir de « l’ambiguïté », souhaite « une réforme systémique qui soit une réforme de justice sociale », non une réforme financière.

Et le gouvernement de faire le dos rond. Il a tellement pris l’habitude de passer en force qu’il n’en revient pas qu’on lui résiste. Il essaie de se rassurer : le 5 décembre, « c’est une journée à l’initiative des syndicats, organisée par les syndicats. On sait à qui on a affaire. Je préfère avoir un million de gens dans la rue avec une manifestation syndicale, donc un truc cadré, plutôt que 100.000 gilets jaunes qu’on ne connaît pas et qu’on ne maîtrise pas », commente un ponte de la majorité, cité par Le Parisien. Mais Raymond Soubie, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, dément cette analyse : « Ce qui rend tous ces mouvements inquiétants, c’est qu’il y a une radicalité des bases, prêtes à en découdre. »

En fait, Macron et son gouvernement sont dépassés. Cette réforme reste dans le flou parce qu’ils ont peur des réactions, s’ils dévoilent leurs arrière-pensées : que c’est la Commission européenne qui pousse la France à faire des milliards d’euros d’économies sur les retraites, qu’ils savent bien que beaucoup de professions seront perdantes et qu’ils veulent le dissimuler le plus longtemps possible. Ils espèrent que la grève, si elle se poursuit, lassera l’opinion, qui serait ainsi plus encline à leur signer un chèque en blanc. Mais la majorité des Français, qui ne sont pas des imbéciles et n’aiment pas qu’on les prenne pour tels, n’acceptent pas cette embrouille. Ils n’ont plus confiance en Macron ni en son gouvernement. Ils veulent une autre politique !

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