Editoriaux - Politique - 27 avril 2019

Réflexions dubitatives sur la quadrature du cercle jupitérien

Pas facile de commenter le discours de la conférence du président de la République, tant il est difficile de dégager le fil conducteur qui fédère tous les sujets abordés.

Sur le style, Emmanuel Macron est fidèle à lui-même, volubile à souhait, long et répétitif, ce qui donne à ses propos un côté pathos incompréhensible pour la grande majorité des Français. Ses explications laborieuses sur la fameuse phrase du premier de cordée en sont un exemple. De plus, il apparaît toujours très techno, émaillant son discours de chiffres, de comparatifs avec d’autres pays, comme s’il était interrogé au grand oral de l’ENA… ENA qu’il veut supprimer.

Ce n’est pas un discours qui peut recréer la confiance entre le pouvoir et les Français, car il est touffu et manque de souffle.

L’annonce de la baisse des impôts – pour cinq milliards d’euros – va certainement être bien accueillie par de nombreux Français, même si beaucoup d’entre eux ne payent pas d’impôts sur leur revenu. Ces derniers attendent du travail correctement rémunéré. La réindexation des retraites pour les retraites modestes va provoquer un fort sentiment d’inégalité entre les Français, si elle n’est pas appliquée à toutes les retraites : sera-t-elle effective en 2021 ? On en attend la confirmation !

Il reste à trouver le financement de ces mesures, ainsi que pour le maintien de 120.000 fonctionnaires. Ce n’est pas en faisant le nettoyage des niches fiscales que la baisse des impôts et la réindexation des retraites seront compensées.

Combien de fonctionnaires seront nécessaires pour assurer, dans chaque canton, les maisons « France Service », et quel en sera le coût ?

24 enfants dans les classes de grande maternelle au CE1, c’est une demande ancienne des maîtres, mais le gouvernement prendra-t-il en charge les coûts induits pour les collectivités locales : locaux et les nécessaires agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM) ?

Ces mesures vont, dans le système actuel, entraîner une hausse de la dette au-delà du seuil des 3 % cher à Bruxelles. Emmanuel Macron brûle ses dogmes et tabous !

Quant à ses déclarations sur le maintien de l’âge légal de la retraite à 62 ans, accompagnées de l’affirmation selon laquelle il faudra travailler beaucoup plus longtemps pour toucher le taux plein de sa retraite, c’est simplement se ficher de la gueule des Français, en langage clair et sans hypocrisie.

Sa fermeté sur la loi de 1905, et surtout sur l’islam politique, estt une véritable conversion, une prise de conscience tardive qui va défriser nombre de bien-pensants ; espérons qu’il en tirera toutes les conséquences et fera expulser les salafistes : à suivre !

Emmanuel Macron confirme sa réforme de la Constitution, dont l’effet sera de casser le Parlement, avec la diminution du nombre des députés, qui ne pourront pas véritablement s’implanter politiquement dans des circonscriptions surdimensionnées. L’introduction de 20 % de proportionnelle à l’Assemblée va rendre le pays ingouvernable.

Rendre plus facile le référendum d’initiative partagé (RIP) mérite attention, en sachant qu’avec un million de signatures au lieu de quatre et demi, il demeure malgré tout difficile à mettre en œuvre.

Quant à la transformation du Conseil économique, social et environnemental (CESE) en un Conseil de la participation citoyenne dont les membres seront tirés au sort, c’est tout simplement loufoque et confirme que Macron essaie, avec des gadgets, de reconquérir une opinion publique qui lui tourne le dos.

Emmanuel Macron, en matière européenne, est un véritable champion de ski, il fait de la godille ; il opère même un virage à 180° sur Schengen en reconnaissant qu’il faut des frontières sûres et réformer Schengen !

Enfin, et surtout, pétri d’« eurobéatitude », il continue à rêver de mariage avec l’Allemagne alors que cette dernière, avec Annegret Kramp-Karrenbauer (dite AKK) – et successeur prévisible de la chancelière Merkel -, a introduit une demande en divorce : elle refuse de payer une pension alimentaire à la France – en finançant un budget pour l’euro – et elle réclame en pleine et exclusive propriété l’appartement de la France à New York.

Où est la cohérence, dans toutes ces annonces ? Cela ressemble davantage à une liste à la Prévert qu’à un projet politique structuré et réaliste. Emmanuel Macron affirme : « J’assume d’être impopulaire. » On peut le rassurer : lors de sa conférence de presse, il s’est inscrit dans la continuité car il n’a pas convaincu…

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