Editoriaux - Politique - Société - 27 avril 2019

Pas d’intervenants féminins à un débat sur l’Europe ? Et alors ?

Jeudi 25 avril se tenait, au Cirque d’Hiver, une soirée de « dialogues sur l’Europe » organisée par les Éveilleurs d’espérance et Valeurs actuelles. Le début du débat entre Éric Zemmour et Bruno Le Maire fut l’occasion d’un « happening » d’un groupe de féministes de combat dénonçant l’absence de femmes sur la piste.

« 7 intervenants/7 hommes », voilà ce qu’il fallait retenir de ces dialogues sur l’Europe selon le collectif La Barbe, « groupe d’action féministe qui dénonce le monopole du pouvoir, du prestige et de l’argent par quelques milliers d’hommes blancs ». Ses militantes (affublées d’un postiche de barbe) avaient donc pour objectif de s’introduire sur le plateau et lire un tract qui « balançait » les mâles de la soirée. Mais c’était sans compter sur le service d’ordre, qui ne leur a laissé que le temps d’un petit tour de piste avant de se faire sortir. Après des excuses de l’organisation, la soirée reprenait bon train.

Après les pièces de théâtre et les conférences à l’université, ce sont désormais les débats politiques qui ne peuvent se dérouler sans l’intrusion de « minorités » sectaires qui s’évertuent à dénoncer les soi-disant « oppressions systémiques » du mâle blanc.

Mais concentrons-nous, ici, sur les contradictions de ces « féministes » qui ne veulent ni l’harmonie entre les hommes et les femmes, ni leur égalité, mais bel et bien la prise du pouvoir dans une logique post-marxiste de lutte des sexes. Ces dames ont-elles, d’ailleurs, conscience de leur filiation idéologique directe avec un mâle blanc cisgenre barbu ?

Ces militantes, donc, refusent d’être renvoyées à leur seule essence sexuelle, mais auraient voulu être invitées à débattre pour le simple fait d’être des femmes. Elles nous rappellent qu’il n’existe pas de différence entre les sexes, mais soutiennent qu’il aurait fallu faire intervenir plus de femmes, admettant, dès lors, la spécificité de la condition féminine. Elles affirment qu’elles sont les égales de l’homme mais accrochent l’ensemble des mâles (ces « porcs » en puissance) au croc du boucher. Finalement, ces militantes cautionnent, en voulant la combattre, l’infériorisation raciste ou sexiste (la logique du « il n’y a pas assez de » étant en tout point similaire à celle du « il y a trop de »).

Oui, il n’y avait que des hommes à cette soirée pour débattre de l’Europe, et alors ? Le sexe (masculin) présume-t-il de la partialité d’un intervenant sur les questions européennes ? Une femme serait-elle plus légitime qu’un homme pour parler du sujet ? Cet exemple est typique des dérives de ces groupuscules militants qui ont la fâcheuse tendance à renvoyer les individus à leurs caractéristiques visibles et quantitatives (leur race ou leur sexe). Rappelons cette évidence trop souvent oubliée, ces derniers temps : seules des caractéristiques qualitatives (intelligence, sens de l’analyse, pertinences des idées) devaient être prises en compte lors de la constitution du panel d’intervenants. Toute femme aurait, d’ailleurs, dû être horrifiée de se savoir choisie uniquement sur le fondement de son sexe. Il est donc nécessaire de résister à ces invectives moralisantes et de ne pas céder face à cette nouvelle doxa que l’on tente de nous imposer.

Les militantes de La Barbe dénoncent, ce vendredi matin, sur leur site Internet, la « violence hors norme » de cette « vingtaine d’hommes » du service d’ordre. Alors que le plan Vigipirate est placé en risque attentat et qu’un ministre de la République était présent, comment osent-elles s’étonner d’avoir été, en l’espèce, traitées comme des hommes ?

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