Jeudi 25 janvier 2018, c’est le grand oral médiatique pour Laurent Wauquiez, avec son passage très attendu à L’Émission politique présentée par Léa Salamé. Élu à la tête des Républicains avec 70 % des suffrages dès le premier tour, il lui reste encore à transformer l’essai. Dans son cas, l’exercice n’a rien d’une formalité, sachant qu’il lui faut convaincre le peuple des journalistes que, s’il refuse toute alliance avec le Front national, il n’en épouse pas plus les idées, tout en rassurant celui de ses électeurs, qui aimerait bien pouvoir voter pour les idées lepénistes sans forcément passer par la case du bulletin de vote Le Pen.

À titre indicatif, Laurent Wauquiez aurait convaincu 51 % des Français, 61 % des lecteurs frontistes et 74 % de leurs homologues des Républicains. S’il n’y a pas péril en la demeure de Marine Le Pen, nul doute que dans les semaines à venir, elle aura les yeux rivés sur un rival susceptible de devenir de plus en plus encombrant. Ce avec d’autant plus d’acuité que l’élection surprise d’Emmanuel Macron, plus jeune Président en poste, Laurent Wauquiez est aussi son plus jeune adversaire.

Situation d’autant plus inédite que les deux autres opposants majeurs, et Marine Le Pen, sont désormais quelque peu victimes du « dégagisme » qu’ils ont tous deux prôné durant l’élection présidentielle. Le premier connaît actuellement des hauts et des bas, mais plus de bas que de hauts. La seconde n’est pas, comment dire, au meilleur de sa forme. Laurent Wauquiez sait donc que s’il a une carte à jouer, c’est maintenant.

Malgré le jeunisme ambiant, c’est souvent dans les vieilles gamelles qu’on mitonne les meilleures soupes, c’est donc le programme du RPR du siècle dernier que Laurent Wauquiez reprend à son compte : euroscepticisme, rôle social de l’État renforcé dans une économie assujettie à l’intérêt national et inversion des flux migratoires. Soit à peu près l’actuel programme du Front national, la mauvaise réputation en moins.

Ce faisant, Laurent Wauquiez reprend la martingale de François Mitterrand de 1981, consistant à siphonner l’électorat du Parti communiste en lui piratant ses idées, pour mieux ne pas les appliquer une fois parvenu au pouvoir. Ce qui a marché hier à gauche peut-il aujourd’hui fonctionner à droite ? C’est toute la question. Laurent Wauquiez a pour lui l’expérience des errements du Parti socialiste qui, dilué dans l’européisme libéral, a laissé le champ ouvert à Emmanuel Macron et à Jean-Luc Mélenchon. Tout comme l’UMP a fait de même de LREM et du FN.

En voulant remettre à l’honneur le gaullisme social de naguère, il estime, tout comme Patrick Buisson dont il a beaucoup lu l’essai La cause du peuple, à la France de Johnny et à celle de La Manif pour tous qu’il s’adresse ; soient les classes ouvrières déclassées et les classes moyennes en voie de déclassement, économique et culturel. Une sorte de véritable « ni droite ni gauche », de populisme global, au contraire du « ni droite ni droite » d’une Marine Le Pen ou d’un ayant peut-être négligé de donner assez de gages à une certaine France bourgeoise et traditionnelle.

Longtemps, ceux qui ont voulu chasser sur les terres lepénistes s’y sont cassés les dents – Pasqua, Millon, Villiers, Dupont-Aignan – parce qu’ils partaient de rien. Ce n’est pas le cas de Laurent Wauquiez, fort d’un parti déjà constitué et désormais débarrassé de ceux que cette ligne effraie, les Juppé, Bertrand, Bussereau et autres vieilles barbes en passe de demander l’asile politique chez Emmanuel Macron ; parti dont les militants, désormais, semblent quasiment unanimes à vouloir que la droite se « redroitise » et, surtout, se « repopulise ».

Pour Laurent Wauquiez, ce n’est pas que cette stratégie soit forcément la meilleure, mais c’est la seule viable à long terme. C’est dire si la suite des événements s’annonce passionnante.

26 janvier 2018

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