Culture - Editoriaux - Justice - Médias - Politique - 26 janvier 2018

La révolte des personnels pénitentiaires, indice d’une nouvelle lutte des classes ?

Madame Belloubet, professeur et ministre de la Justice, est une princesse républicaine. Élevée dans les honneurs et les privilèges, elle découvre avec stupéfaction la souffrance des gardiens de prison.

Au cabinet du Premier ministre, les oligarques n’y comprennent rien. “On a fait le choix de promouvoir des ministres appartenant à des cercles autres que purement politiques” (Le Monde, 26 janvier 2018, p. 14). Cette remarque est absurde : les oligarques de la politique, de l’Université, de la haute fonction publique, des médias, des syndicats, de droite classique ou de la gauche, sont à peu près interchangeables. Ils ont le même style de vie, les mêmes privilèges, la même idéologie, le même mépris à l’égard du peuple qui souffre. On est dans une nouvelle lutte des classes à laquelle le pouvoir oppose un déni pur et simple. Le syndicat des directeurs pénitentiaires CFDT agite le slogan magique “Notre institution républicaine est en péril” (ibidem Le Monde). Quelle institution ? Celle qui méprise depuis des années les personnels de la pénitentiaire ? Toujours selon la même source : “Le manque de considération, les injures et les crachats, les petites violences au quotidien, la crainte d’être victime d’une prise d’otages, le tout pour un salaire de misère rapporté aux risques encourus, cela fait beaucoup !”

Réaction immédiate du pouvoir oligarchique : on va augmenter quelques primes, on va punir financièrement les personnels récalcitrants. On ignore superbement tout ce qui n’est pas financier, la sécurité physique et la considération sociale. Quel mépris !

Nos prisons crèvent des trois souffrances qui frappent le peuple : trop d’immigration, trop d’insécurité, trop de relégation sociale des plus modestes, dont les surveillants de prison. Tout cela est invisible pour les technocrates des bureaux dorés des cabinets ministériels. À cela s’ajoute la perversion idéologique de la culture de l’excuse pour les délinquants. On a un peu de considération pour les détenus – droits de l’homme obligent. Mais aucune considération pour ceux qui dont considérés comme exerçant les basses œuvres de la République. Les gardiens de prison sont (mal) payés pour souffrir car on a honte du métier qu’ils exercent. Qu’ils se taisent donc !

On va, bien sûr, faire quelques replâtrages. Mais le problème de fond va demeurer. L’immigration va contribuer à accroître le nombre des détenus. L’absence de châtiments faisant autorité comme à Singapour fera que les délinquants violents continueront à se moquer du système répressif. Les moyens alloués par les fonctionnaires dorés du ministère du Budget continueront à être dramatiquement insuffisants, au détriment des personnels comme des détenus. La comparaison avec l’Allemagne est tout à notre honte. Les privilégiés du pouvoir resteront indifférents après la crise car cela ne les touche pas directement.

Cela signifie que, dans ce domaine comme dans d’autres, la lutte des classes entre privilégiés et classes souffrantes s’intensifie. Les électeurs ont le choix entre conforter les oligarques ou écouter les plaintes du peuple en votant – horreur ! – pour les populistes. Quel que soit le choix, ce sera un choix de classe, car les réalités sociologiques sont incontournables (voir le livre du professeur Christophe Guilluy : Le Crépuscule de la France d’en haut, Flammarion).

Le Front national a de beaux jours devant lui puisque tous les systèmes de régulation sociale inventés par l’oligarchie ont échoué. À vrai dire, cette oligarchie est incapable de gouverner efficacement, pas par manque de technicité (madame le ministre Belloubet le montre) mais par manque d’humanité, de sens de l’humain et de patriotisme. Or, là où le patriotisme est mort dans les cœurs pour devenir un simple instrument de communication, comme dans le régime actuel, il ne peut pas y avoir de fraternité authentique. Comme l’a dit un jour Jean Jaurès, « les pauvres n’ont que la patrie ». Comme l’a écrit le grand poète et philosophe Schiller, « l’application froide des principes abstraits a détruit les sentiments humains ».

La classe dirigeante s’est repliée dans les eaux glacées du calcul égoïste. Il faut une autre classe dirigeante qui soit sensible aux souffrances populaires, sinon rien ne changera. Tel est l’événement qui interviendra un jour.

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