Editoriaux - Histoire - Polémiques - Politique - 3 juillet 2019

Raymond Barre, ses rondeurs et son compte en Suisse…

Raymond Barre, ses rondeurs, sa voix curieusement perchée, ses cours de vulgarisation économique pour aider la ménagère à remplir son panier… C’est encore un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, comme chantait Aznavour.

Le cheveu lissé et le sourire bonhomme, Raymond Barre était devenu Barzy, dans « Le Bébête Show », un bon gros nounours qui s’esclaffait toujours : « Ouh-ouh-ouh ! », « Ouf-ouf-ouf ! ». Figure du gentil financier dans les Trente Glorieuses du siècle dernier, il avait le physique prospère et le verbe rassurant.

Professeur d’économie, puis vice-président de la Commission européenne chargé des Affaires économiques et financières, il fut ministre du Commerce extérieur, ministre des Finances et Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing qui voyait en lui « l’un des meilleurs économistes de France ». Pas faux, sans doute, puisqu’on découvre, aujourd’hui, que cet homme, qui accusait la France de « vivre au-dessus de ses moyens » (déjà une vérité d’évidence), s’était fort bien occupé des siens.

C’est Le Canard enchaîné de ce mercredi qui balance : l’ancien ministre des Finances – serait-ce une habitude ? – avait un compte en Suisse. Bien garni : 11 millions de francs suisses (±7 millions d’euros) à sa mort, en 2007. Une jolie somme que ses héritiers auraient oublié de déclarer au fisc. « Les enquêteurs ont pu suivre la piste de la fortune suisse grâce à un informateur anonyme qui a fourni, en 2013, une copie d’écran émanant du réseau Intranet du Crédit suisse », rapporte Le Canard.

Pas franchement disposés à s’expliquer, lesdits héritiers… Le fisc a alors mis en route « un examen de la situation fiscale personnelle » de la famille, l’obligeant à s’expliquer sur la provenance d’un patrimoine estimé à 13,6 millions d’euros. En 2013, enfin, soit cinq ans après la mort de celui qui fut aussi maire de Lyon de 1995 à 2001, l’avocat de la famille Barre proposait au fisc de régulariser la situation « en échange d’une promesse de n’engager aucune poursuite pénale », cela au motif qu’« il y a[vait] une personnalité toujours en vie qui pourrait être éclaboussée par cette affaire si l’existence du compte suisse était révélée ».

Nous, les curieux, on aimerait bien savoir de qui il s’agit.

Bref, la famille Barre aurait versé un petit million d’euros de pénalités, rectifications et intérêts de retard, ce qui est peu, compte tenu du montant de l’infraction. Toutefois, le directeur général des finances publiques, Bruno Bézard, aurait malgré tout informé le parquet national financier d’un possible « blanchiment de fraude fiscale ». Sans grand succès… En effet, rapporte encore Le Canard, « deux ans d’enquête préliminaire ont ensuite suivi et ont débouché sur l’ouverture d’une information judiciaire en 2016, dans le plus grand secret. Une information qui semble, pour l’instant, être au point mort. »

Comme beaucoup de politiciens à la mode du siècle passé, on a dit de Raymond Barre que son épouse lui coûtait bien cher. La belle Éva Hegedüs, une Hongroise qu’il avait épousée en 1954, ne regardait pas à la dépense, surtout quand les factures revenaient à l’État. À ce sujet, la lecture du livre d’Émilie Lanez sur les secrets du pavillon de La Lanterne (1) est particulièrement édifiante. On précisera, d’ailleurs, au passage, que cette demeure royale, réservée aux Premiers ministres jusqu’à ce que Nicolas Sarkozy en exige le retour dans les villégiatures présidentielles, nous a coûté plus cher, encore, sous les mandats de gauche. Le budget du domaine a, ainsi, augmenté de 26 % sous François Hollande sans que l’on sache encore pourquoi…

(1) La Garçonnière de la République, Éd. Grasset

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