[CINÉMA] Notre histoire, la fresque familiale égyptienne d’Abu Bakr Shawky

Avec tendresse et humour, le film croque une époque où censure et propagande d’État s’exerçaient (déjà) à gros traits.
©Netflix
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Toujours vivace, le cinéma populaire égyptien semble revenir en force depuis quelques années, bien que son importation en Europe demeure marginale. C’est bien simple, les films qui nous parviennent sont souvent ceux de cinéastes binationaux ou originaires d’Égypte. Il en va ainsi du Suédois Tarik Saleh (Le Caire confidentiel, La Conspiration du Caire, Les Aigles de la République), comme de l’Austro-Égyptien Abu Bakr Shawky (Yomeddine).

Ce dernier vient tout juste de sortir au cinéma Notre histoire – Chroniques du Caire, une fresque familiale inspirée de la rencontre de ses parents : un père arabe et une mère autrichienne. Un récit touchant, largement idéalisé – forcément –, donnant lieu à une comédie enjouée à l’italienne.

Chroniques d’une époque

L’histoire se situe entre 1967 et 1981, une période durant laquelle l’Égypte poursuit une politique de nationalisation des banques, des industries et des assurances. Traditionnellement hostile aux Frères musulmans, aux communistes, aux Britanniques, à la France et à Israël, le président Gamal Abdel Nasser entreprend depuis peu des relations commerciales avec l’Union soviétique, celle-ci assumant la totalité du financement du barrage d’Assouan. Ce n’est qu’à la mort de Nasser, en 1970, qu’Anouar el-Sadate, son successeur, choisit de rompre avec Moscou et s’aligne sur les Américains. Réchauffement des relations entre l’Égypte et les États-Unis qui, cinq ans après l’échec de la guerre du Kippour, aboutit à l’accord de Camp David, le 17 septembre 1978, entre Sadate et l’Israélien Menahem Begin, sous la médiation du président Carter. Un accord de paix avec « l’ennemi sioniste » qui provoque aussitôt la fureur de la Syrie, de la Jordanie et de l’Arabie saoudite et met l’Égypte au ban des institutions panarabes.

L’hommage filial

Prise dans la tourmente des événements historiques, jusqu’à l’accession au pouvoir de Moubarak, la famille d’Ahmed, issue de la classe moyenne égyptienne, vit entassée dans un appartement où les oncles, les cousins et les voisins vont et viennent, réunis dans le salon au gré de l’actualité télévisée comme des matchs de football du Zamalek. Plus porté sur le piano que sur le sport, au grand désarroi d’un voisin qui se plaint du bruit, Ahmed se désole du peu d’intérêt de ses proches pour sa passion musicale. Entretenant une correspondance épistolaire avec Liz, une Autrichienne, celui-ci finit par obtenir une bourse à Vienne pour poursuivre son apprentissage de la musique et rencontrer, au bout de dix ans, l’élue de son cœur. Mais rapidement, les événements géopolitiques et les tragédies familiales le ramènent au pays où l’attend un destin différent de celui qu’il caressait. Heureusement, la vie réserve quelques surprises et le bonheur prend parfois des formes inattendues.

Avec tendresse et causticité dans l’humour, Abu Bakr Shawky rend un vif hommage à ses parents, sublimé par une mise en scène dynamique, et croque une époque pas si lointaine où censure et propagande d’État s’exerçaient à gros traits. D’aucuns diraient que c’est toujours le cas aujourd’hui…

 

3 étoiles sur 5

https://youtu.be/UqF-VEh2gS4

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 18/07/2026 à 19:52.

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

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