[LIVRE] Agatha Christie, l’auteur méconnue de tant de petits chefs-d’œuvre

Reine d’un genre longtemps considéré comme mineur, Agatha Christie ne considérait pas que ses romans dussent être bâclés.
D.R.
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Un trajet en train, une après-midi à la plage… Nous serons nombreux à emporter un, ou deux, ou trois romans d’Agatha Christie dans nos bagages estivaux. Pourquoi ne pas y joindre, aussi, sa biographie, Agatha Christie, une amie pour la vie (Éditions Deterna) ? Écrite par Camille Galic, elle nous dit tout ou presque sur cette auteur dont le nom est mondialement connu mais qui est restée cachée derrière ses livres. Et bien cachée : deux milliards d’exemplaires vendus en 73 langues, « presque aussi bien que la Bible et Shakespeare… », nous dit sa biographe.

Née en 1890, Agatha Miller connaît une jeunesse heureuse, entre un père américain de souche anglaise et une mère écossaise. Un milieu préservé, aisé et quelque peu snob. L’écrivain ne le reniera pas. Mieux : bien qu’emportée par la guerre de 14, cette société revit dans ses romans. La maison d’enfance Ashfield (dans le Devon) inspirera beaucoup de ces demeures où séjournent maîtres de maison, domestiques et invités – parmi lesquels un meurtrier qu’il s’agit de débusquer.

Agatha Christie, née Miller

Agatha Miller devient Agatha Christie en 1914, lorsqu’elle épouse le colonel Archibald Christie. Mais, ayant rencontré une femme plus jeune, le colonel Christie demande le divorce en 1926. Meurtrie, Agatha Christie disparaît. Or, elle est un auteur connu ayant déjà publié six ou sept romans : les journaux s’emparent de l’affaire, la police est sur les dents. L’écrivain réapparaît onze jours plus tard. Une fugue explicable par une brutale dépression, mais qu’elle refusera toujours d’évoquer, et encore plus d’expliquer.

En quittant l’Europe pour l’Irak, le temps que le scandale ne s’éteigne, Agatha Christie trouve un second mari en Max Mallowan, archéologue. Elle l’accompagnera dans ses fouilles en Irak et en Syrie – autres décors pour ses romans –, suivant de près ses travaux. Entre une enquête criminelle et des fouilles archéologiques, il y a plus d’un point commun : collecte des preuves, interprétations, conclusions.

Observation et malice

Reine d’un genre longtemps considéré comme mineur, Agatha Christie était une grande lectrice de la meilleure littérature et ne considérait pas que ses romans dussent être bâclés. « Les nombreuses ratures, les retours en arrière, les renvois, explique Camille Galic, montrent le soin que, tel un Compagnon du Devoir peaufinant son chef-d’œuvre, mettait la romancière à dérouler son intrigue, à camper et à étoffer ses personnages, se fût-il agi de simples petites bonnes, d’un chef jardinier (l’intraitable MacDonald de Chimneys) ou d’une dactylo (l’incompétente Miss Bell d’Une poignée de seigle), afin de les rendre le plus vivants possible. Et donc profondément attachants. »

Ce talent d’observatrice qui lui fait mettre en scène des personnages bien campés et psychologiquement viables est agrémenté d’une bonne dose de malice. Relisez le premier chapitre de Un, deux, trois…, qui nous présente les protagonistes. Tous ont rendez-vous, ce jour-là, chez le dentiste. La façon dont elle suggère comment cette perspective gâche à chacun sa journée est d’une remarquable finesse.

Une réactionnaire tranquille

Hercule Poirot est un héros fort différent de Miss Marple, mais ils ont un point commun (outre leur ténacité) : chez eux, pas d’attendrissement pour le meurtrier. Le coupable doit être châtié. On ne s’embarrasse pas de « culture de l’excuse » ni de relativisme. Ils sont à l’image d’Agatha Christie. Les affaissements sociaux ou moraux, mais aussi vestimentaires et langagiers, dont le XXe siècle a été prodigue, ne trouvaient en elle aucun écho de sympathie. Même l’affaissement liturgique de Vatican II a trouvé, en cette anglicane, une adversaire ! Elle cosigne en 1971 une Requête (publiée dans le Times) qui demande le maintien de la messe tridentine. Cela donne à la requête un retentissement énorme et Paul VI concède quelques droits restés sous le nom de indult Agatha Christie.

Les scénaristes qui ont adapté ses livres au cinéma et à la télévision ont souvent gommé, voire trahi, les côtés réac' d’Agatha Christie. Comme s’il fallait à tout prix épicer une atmosphère trop vieux jeu en y ajoutant de l’homosexualité, de l’inceste, de la toxicomanie. Après sa mort en 1976, Agatha Christie aura comme fidèle défenseur, pour dénoncer ces trahisons, sa fille Rosalind Hicks. Mais la cancel culture a remporté une grande victoire en faisant débaptiser les Dix Petits Nègres

« Un parfum d’ancien monde »

Les adaptateurs et les censeurs auront beau sévir, rien n’empêchera le lecteur de se replonger dans les éditions et traductions originales pour retrouver, intactes, une œuvre et une atmosphère. « Malgré la cruauté des crimes commis, au thallium ou à coups de marteau à sucre rapporté de Mésopotamie, écrit Camille Galic, règne dans ses livres une inestimable atmosphère cosy, rendue encore plus douillette par les effluves du lapsang souchong infusant dans la théière et de la lavande parfumant les mouchoirs des vieilles dames assises bien droite sur des sofas de chintz fleuri. Un parfum d’ancien monde. » Avoir su restituer cette atmosphère réserve à Agatha Christie, parmi les autres dames du polar britannique, une place à part.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 18/07/2026 à 19:30.
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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

14 commentaires

  1. elle fut plus que prolifique ,on ne peut que saluer son intelligence .Mais il est vrai que nous ne somme spas en reste , nous avons Lemaire et Schiappa pour relever la littérature française !

  2. A.N. Honym raison sur le mot « media », mais il est admis de l’écrire, au pluriel, « médias » alors qu’en effet, il est un pluriel. Des « scenarii » ou des « scénarios »… J’admire ces Etrangers qui apprennent notre langue pour écrire dans cette langue… Panaïs Istrati, avant guerre , Ionesco, après… Ou deux pages en français écrites par Thomas Mann , dans « Tonio Kröger »… Où il nous eplique en quoi parler français est quelque chose…lLisez « Tonio Kröger » !

  3. Bravo, pour ce bel article sur ma chère Vieille Angmaise , qui, là; n’est pas le Queen Mary… Mais elle n’avait que 26 ans quand elle a écrit son premier « polar », « La mystérieuse affaire de Styles », je fais sans doute une erreur dans le titre. Je remercie A.H. 0nym d’a voir repris le nom du mystérieux invitant à l’île du Crâne où v se passer l’extraordinaire suite de crimes figurés par la chute d’un Petit Nègre sur les dix alignés sur une cheminée, après l’accomplissement de chacun de ces meurtres, qui, à l’exception du dernier, sont des assassinats (je suis un magistrat à la retraite…)… commis par… Lisez le livre , et vous saurez la fin… Ridicule wokisme qui en a fait des petits Indiens, mais surtout pas des petits chiens… Alots, Milady de Winer , c’ey quoi : une Amazone, une pute de luxe, un agent secret , une demi-mondaine… Et cette chère madame Bonacieux , Constance, je crois… Dumas savait rire comme la Vieille Anglaise se délectait de la méthode Poirot, expliquée et magnifiquement illustrée dans… »Le Crime du Golf » ! Merci M. Martin et j’achète « le » Galic !

  4. Elle était probablement une femme difficile, peu aimante, et on comprend que son mari ait demandé le divorce.

  5. Churchill avait dit d’Agatha Christie qu’elle était la femme, avec Lucrèce Borgia, à qui le crime avait le plus profité ! ;)

  6. AGATHA

    « Agatha Christie ne considérait pas que ses romans dussent être bâclés. »
    Merci pour ce moment de culture française par l’emploi de « dussent ».

    Cela change des « on a», «il y a …que/qui », « avec », « pour », « sur », » effectivement », « à un moment donné », « deux poids, deux mesures », et j’en oublie qui font florès dans la bouche de nombre de chroniqueurs et invités divers des media.
    (Note: Pas de S à media qui est déjà un pluriel,- celui de medium. Le mot, d’origine latine, ne porte pas d’accent aigu, – idem, pour senior).

  7. méconnue, faut peut etre pas exagerer. j en ai dévoré des livres et des films tirés de ses oeuvres,. bien sur tout ça c etait avant

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