L’ONG Sea-Watch soupçonnée de collusion entre passeurs et migrants

Une enquête est en cours par la justice italienne.
@Commander, U.S. Naval Forces Europe-Africa/U.S. 6th Fleet/Wikimedia Commons
@Commander, U.S. Naval Forces Europe-Africa/U.S. 6th Fleet/Wikimedia Commons

Une vidéo inédite, filmée par un drone de l’agence européenne Frontex et révélée par nos confrères du Figaro, relance un débat sur les politiques migratoires européennes. En effet, certaines opérations dites de « sauvetage » ne favoriseraient-elles pas les réseaux de passeurs ? La question se pose au vu des vidéos fournies par l’agence Frontex. « Ce que l'on voit sur ces vidéos, c'est un comportement suspect étayé par tout un faisceau d'indices qui laisse penser qu'il s'agit non pas d'une opération de sauvetage réalisée par cette ONG, mais d'un rendez-vous qui a été arrangé avec les passeurs pour que l'ONG aille chercher des migrants à un “point de livraison" », analyse Fabrice Leggeri, eurodéputé RN et ancien directeur de Frontex, contacté par BV.

Les images dévoilées montrent un navire de l’ONG allemande Sea-Watch qui récupère des migrants en Méditerranée. On le voit rejoindre une embarcation de migrants au large des côtes libyennes. Réalisée en mai dernier, l’opération en question fait aujourd’hui l’objet d’investigations de la part des autorités italiennes. Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer si cette intervention relève d’un sauvetage conforme au droit maritime ou bien si certains éléments pourraient laisser penser à une coordination préalable entre l’ONG et les filières de trafic de migrants. Pour l’heure, aucune conclusion judiciaire n’a encore été rendue, mais la sphère politique s’agite. « Là, il ne s'agissait pas d'un cas qui nécessitait un secours en mer. Il s'agit au contraire, d'après ce qu'on voit sur les vidéos, de bateaux grands et en bon état de fonctionnement », argue Fabrice Leggeri.

Une polémique qui ne date pas d’hier

Cette affaire ravive une polémique ancienne. En effet, depuis la crise migratoire de 2015, de nombreux responsables politiques européens dénoncent ce qu’ils qualifient d’« appel d’air » provoqué par les navires humanitaires opérant à proximité des eaux territoriales libyennes. De fait, les passeurs intégreraient la présence des ONG dans leur modèle économique. De leur côté, les ONG réfutent catégoriquement toute complicité avec ces réseaux. Elles expliquent intervenir uniquement pour porter assistance à des migrants en détresse, conformément au droit maritime international. Elles ont également coutume d’insister sur l’absence de moyens européens de secours qui rendrait, selon elles, leur présence indispensable pour éviter des milliers de morts noyés.

A contrario, Fabrice Leggeri estime que certaines associations ont progressivement cherché à faire évoluer le cadre juridique européen. « Il y a eu, en France et au niveau européen, une campagne de la part des ONG qui disaient qu'il fallait "décriminaliser la solidarité" ». Et de poursuivre : « Leur mot d'ordre, c'est "décriminaliser la solidarité", parce qu'ils vous disent qu’il existe un délit de solidarité et qu’ils aident des gens à franchir la mer. Ils considèrent que c'est juste de la solidarité avec des gens humains ». Il insiste également sur l’idéologie des ONG pro-migrantes qui a gangréné les institutions nationales et européennes. « Cette idéologie des ONG pro-migrantes a contaminé non seulement le droit européen, mais je le crains aussi le droit national en France. Et donc, ce qu'il faut, c'est rétablir la notion qu'aider activement quelqu'un à franchir illégalement les frontières extérieures de l'Union européenne est un délit ».

Une enquête qui pourrait faire date

Selon l'ancien directeur de Frontex, certaines ONG surveilleraient de façon étroite les mouvements des autorités maritimes. « Ils savent qu'il y a des ONG qui espionnent des gardes-côtes italiens dans cette zone et qui espionnent Frontex pour savoir où ils sont. Donc ils ont des modus operandi pour ne pas se faire voir ».  Avant de poursuivre : « Ils les espionnent soit pour ne pas se faire prendre la main dans le sac, comme apparemment ça semble avoir été le cas ici, soit pour savoir s'ils peuvent ou non déclencher des SOS avec une chance de voir des bateaux de gardes-côtes italiens [...] Moi je vois ça comme un modus operandi dans lequel certaines ONG ont des rendez-vous arrangés pour aller réceptionner une livraison. Voilà, c'est de la complicité. Et ensuite, l'ONG observe la mer et les airs [...] afin de se rapprocher de la limite et d’aller en chercher d'autres ». Les images révélées par Le Figaro pourraient ainsi apporter de nouveaux éléments à ce dossier brûlant.

Enfin, Fabrice Leggeri insiste sur les conséquences politiques qui devraient être immédiates : « Il faut arrêter de financer ces ONG. Il faut les mettre sur une liste noire ». Avant de conclure de façon caustique : « Il faut arrêter de leur dérouler le tapis rouge dans les institutions européennes ou dans les forums consultatifs divers et variés qui existent autant au niveau européen qu'au niveau national ».

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