Mein Kampf, le livre que le Führer a censuré en France
Le 18 juillet 1925 paraît en Allemagne Mein Kampf, rédigé par Adolf Hitler durant son incarcération à la prison de Landsberg après l'échec du putsch de Munich de novembre 1923. L'ouvrage est alors loin d’être un simple récit autobiographique : il est un véritable programme politique dans lequel le futur dictateur expose sa vision raciale du monde, son antisémitisme radical, sa haine de la France, de la démocratie parlementaire et son ambition de donner à l'Allemagne un vaste espace vital vers l'est. Contrairement à une idée reçue, le livre connaît d'abord un succès relativement limité. Les premières ventes restent modestes et Hitler n'en tire pas immédiatement une fortune. C'est à partir de son accession à la chancellerie, le 30 janvier 1933, que Mein Kampf devient un véritable phénomène d'édition. Offert aux jeunes mariés, aux soldats, aux ouvriers ou aux fonctionnaires, de manière quasi obligatoire, il est diffusé à plusieurs millions d'exemplaires. Les droits d'auteur procurent alors à Hitler une immense fortune personnelle, faisant de lui l'un des écrivains les plus riches d'Allemagne. Les intentions belliqueuses du futur Führer y sont alors exposées avec une remarquable franchise. C'est précisément cette franchise qui explique qu'Hitler souhaitât empêcher la diffusion d'une traduction intégrale à l'étranger. Ceux qui s'y risquèrent, comme l'éditeur français Fernand Sorlot, furent poursuivis jusque devant les tribunaux à la demande d'Hitler lui-même.
Une traduction française au cœur d'une bataille judiciaire
Au début des années 1930, aucune traduction intégrale française autorisée n'existe. Le régime nazi entend contrôler étroitement la diffusion internationale de l'ouvrage afin d'en limiter les conséquences. Mein Kampf est un livre allemand destiné avant tout au peuple allemand. Cela n'empêche pas quelques exemplaires de circuler néanmoins en dehors du Reich. Plutôt que d'interdire totalement sa publication, Hitler préfère alors en autoriser certaines traductions expurgées. Une version anglaise paraît en 1933 et une version italienne en 1934, toutes deux amputées de nombreux passages compromettants.
En France, Fernand Sorlot, directeur des Nouvelles Éditions latines, décide de passer outre cette censure et entreprend de publier une traduction intégrale tirée à 8.000 exemplaires en 1934. Cette initiative est encouragée par Charles Maurras et plusieurs responsables de l'Action française, convaincus que les Français doivent connaître les véritables intentions du dirigeant allemand plutôt que de les découvrir trop tard. L'ouvrage est précédé d'une phrase du maréchal Lyautey devenue célèbre : « Tout Français doit lire ce livre. » À une époque où une partie de la classe politique espère encore un apaisement avec Berlin, la publication de Mein Kampf en France entend démontrer que les ambitions du chancelier allemand sont déjà formulées noir sur blanc. Cette initiative provoque la colère d'Hitler. Par l'intermédiaire de sa maison d'édition, Franz Eher Verlag, il engage ainsi une action en Justice contre Fernand Sorlot pour violation du droit d'auteur.
Le procès de Sorlot et la volonté d'alerter l'opinion
L'affaire est portée devant le tribunal de commerce de Paris le 5 juin 1934. La maison Franz Eher Verlag réclame des dommages et intérêts importants ainsi qu'une indemnité de 1.000 francs par livre vendu. Les tribunaux français reconnaissent les droits de l'éditeur allemand et ordonnent de « détruire les livres saisis et les clichés qui ont servi à l’imprimerie ». L'affaire prend toutefois une tournure inattendue. Selon Le Monde, la Ligue internationale contre l'antisémitisme, pourtant de gauche, s’allie à Fernand Sorlot. Près de 5.000 exemplaires sont alors récupérés en secret afin d'être diffusés dans toute la France, l'objectif étant, malgré les divergences politiques, de faire connaître les intentions réelles du chef du régime nazi.
Dans son édition du 5 juin 1934, L'Action française affirme que la décision du tribunal démontre la volonté d'Hitler d'empêcher les Français de découvrir son véritable projet politique. Le journal écrit que « l'intérêt national exige que le livre d'Hitler puisse être lu chez nous. Nous devons être mis à même de comprendre ce qui se passe de l'autre côté du Rhin. » Plus tard, le 30 mai 1934, Pierre Tuc, directeur de la revue de presse de L’Action française, résume alors l'enjeu de l'affaire en lançant cet avertissement face aux partisans de la paix avec Hitler : « Avis au peuple qui prétend s'endormir sur le mol oreiller du pacifisme et du désarmement. » Deux ans plus tard, le 14 mai 1936, Charles Maurras revient sur cette affaire en des termes particulièrement explicites : « Une traduction complète avait été faite […] : la claire connaissance des intentions, volontés, idées et doctrines des Allemands était mise à la disposition des Français. Soudainement, Hitler s'opposa à la sortie du volume. C'était son intérêt. Il veut nous assaillir sans que nous soyons sur nos gardes. […] Ce qui n'était pas de l'intérêt de la France, c'est que les pouvoirs publics français, saisis de l’affaire, au nom des traités de commerce, courussent se ruer au service d’Hitler. »
Un avertissement que l'Histoire confirmera
Toute ces démarches ne font évidemment pas de l'Action française la seule voix à avoir dénoncé le national-socialisme ni ne l’innocentent de ses condamnations passées d’antisémitisme ou d’avoir soutenu Pétain en 1940. Cependant, elle témoigne de la volonté de ce mouvement de s'appuyer sur les propres textes d'Hitler pour alerter l'opinion publique française, mais aussi de démontrer que la Justice a aidé Hitler.
Les événements donneront alors raison à ces prophéties de Cassandre. Dès 1935, Hitler rétablit le service militaire obligatoire en violation du traité de Versailles. En 1936, il remilitarise la Rhénanie. L'Anschluss avec l'Autriche intervient en mars 1938, suivi des accords de Munich en septembre de la même année, puis du démembrement de la Tchécoslovaquie en mars 1939. Enfin, le 1ᵉʳ septembre 1939, l'invasion de la Pologne déclenche la Seconde Guerre mondiale. Tout cela, Hitler l’avait annoncé dans Mein Kampf mais, en France, on a fait taire les prophètes.
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31 commentaires
Les renoncements ne datent pas d’aujourd’hui.
L’histoire se répète mais avec d’autres protagonistes et je ne parle pas des russes .il y a un livre aujourd’hui qui circule et dit bien ce qu’il veut dire mais personne.ne.veur le croire .
C’est le général Lyautey qui poussa à cette publication il voulait que tous ses officiers aient lu ce livre. Notons que ce sont des personnalités de la droite nationale Maurras, Sorlot, Lyautey qui furent les plus lucides car très anti allemands. La gauche pacifiste etait aux abonné absents
Comme d’habitude !!!