Editoriaux - Politique - 25 septembre 2019

« Qui peut battre Emmanuel Macron ? » Ce sondage de Boulevard Voltaire devrait passionner nos politiques !

Je consulte Boulevard Voltaire comme tant d’autres sites et parfois je suis favorablement impressionné par la pertinence et la vigueur de certaines contributions. Certes, la nuance et la tiédeur ne sont pas leurs caractéristiques principales mais sans fard, et avec un talent indéniable d’expression, elles projettent une lumière d’aujourd’hui sur le climat dominant à droite et à l’extrême droite, sur les conservateurs et les libéraux.

On a bien sûr la détestation classique – et à force lassante – de la gauche, qui me donne l’impression qu’on tire sur une ambulance malgré les soubresauts frénétiques d’un Mélenchon qui n’est pas l’insoumis qu’il croit mais une personnalité aisément singulière, malgré son passé orthodoxe, dans un monde pauvre et conformiste.

Boulevard Voltaire a eu l’heureuse idée de demander à ses lecteurs de désigner quel serait le meilleur candidat pour battre en 2022 le président de la République. Les résultats ont été surprenants. La liste n’oubliait personne sauf François Asselineau qui s’est plaint mais se serait retrouvé dans le peloton des battus.

Il y avait Éric Zemmour, Nicolas Sarkozy, François-Xavier Bellamy, Marine Le Pen, Marion Maréchal, le général Pierre de Villiers, Jean Lassalle, Jordan Bardella, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon et Laurent Wauquiez.

La participation a été forte. Mélenchon a eu un zéro pointé, ce qui n’était pas étonnant, comme Wauquiez, ce qui l’était un peu plus, tandis que Lassalle progressait à 1 %.

L’essentiel de ces rivaux se situait à un niveau faible ou honorable, par exemple pour Marine Le Pen et Zemmour, respectivement à 14 et à 7¨%.

Mais les dominateurs, et de très loin, étaient Marion Maréchal avec 34 %, suivie de près par le général Pierre de Villiers à 33 %.

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Il ne s’agit pas de tirer des conclusions décisives d’un vote qui certes a fait beaucoup réagir mais qui a mobilisé un public de lecteurs conservateurs, voire extrémistes. Il n’empêche que l’écart est éclairant entre le duo de tête et tous les autres.

Marion Maréchal et Pierre de Villiers représentent, en dépit de l’habilité rouée et prudente de la première et de l’expérience confirmée du second, des éléments neufs dans un univers où les autres compétiteurs étaient enracinés dans la politique depuis longtemps. Et pour Zemmour, trop étranger à celle-ci malgré les apparences d’un essayiste passionné par la politique et l’Histoire, mais perçu sans doute comme peu plausible pour cette joute.

Pierre de Villiers doit sa consécration, comme pour la vente considérable de ses livres et ses entretiens rares mais denses, à cette impression qu’il donne de rectitude et de rigueur. D’être une personnalité qui n’a pas peur d’exercer l’autorité et qui considère qu’il s’agit d’une vertu capitale pour soi, pour le pouvoir, pour un État, pour une société. Qui a une conception roide de l’éthique publique et de l’exemplarité. Qui est perçu, pour résumer, comme un chef qui serait à la hauteur. Comme s’il y avait chez lui et en lui une force de nature à compenser la faiblesse, parfois conjoncturelle, de la démocratie.

Marion Maréchal, dont j’ai évoqué la trajectoire ambiguë, sinueuse, publique sans l’être, détachée mais impliquée, ailleurs mais jouant à se faire passer pour un recours, moins politicienne que sa tante mais d’un conservatisme plus réfléchi, plus structuré, plus classique dans ses choix et ses options, proche, si proche de la droite classique qui fait semblant encore de la bouder – Marion Maréchal plaît parce qu’elle paraît n’avoir plus rien de commun avec la stratégie, qui date, de sa tante Marine. Celle-ci est vouée à répéter les mêmes mots sans avoir la moindre chance de les voir s’incarner. Pourtant, le président de la République fait tout ce qu’il peut pour lui sauver la mise afin de la garder pour ce moment final où il la battra à nouveau.

Marion Maréchal, à tort ou à raison, représente pour cette catégorie de citoyens une espérance. Ils ont besoin d’une héroïne qui les comble parce qu’elle joue un double jeu : faire de la politique en faisant semblant de ne pas en faire, avancer ses pions en se réservant pour plus tard. Elle a créé un besoin, un désir. Elle n’est pas encore dégradée en illusion. Elle fait fantasmer parce qu’elle n’a encore rien accompli.

Donc elle est attendue. Une promesse qui, si elle tarde trop, va ressembler à une arnaque.

Ce sondage sur Boulevard Voltaire mériterait de passionner ceux qui sont au pouvoir, ceux qui y aspirent et ceux qui s’y verraient.

Extrait de : Justice au Singulier

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