Editoriaux - Politique - 8 juin 2019

Qui pour 2022 ? Et si on arrêtait d’écrire des romans…

Chacun y va de son portrait-robot pour 2022. La femme – ou l’homme – pour incarner les vraies valeurs de droite (au sens ontologique du terme et non sur le plan de travail de la cuisine électorale) et présenter un projet alternatif à celui d’Emmanuel Macron, devra être ci, pas trop ça. Alors, l’une serait trop blonde, l’autre trop douce (à vérifier, tout de même…), untel aurait confondu l’art du buzz avec celui de la politique, tel autre serait un général sans troupe.

Alors, on va chercher chez les intellectuels qui, il y a encore peu, ne pouvaient être que de gauche (mais ça, c’était avant). Le Point révèle Éric Zemmour et Patrick Buisson « travaillent à une plate-forme d’idées pour la droite, qui se démarque du RN de Marine Le Pen ». En 2015, deux ans avant l’élection présidentielle, le journaliste de Valeurs actuelles Geoffroy Lejeune avait bien écrit un roman de politique-fiction, Une élection ordinaire, livre dans lequel il racontait l’accession d’vric Zemmour à la présidence de la République. Alors, pourquoi ne pas concrétiser la chose ? D’autant que le polémiste s’est déjà vu proposer de franchir le miroir qui sépare, en principe, le commentateur de l’acteur politique : une troisième place sur la liste du Rassemblement national aux élections européennes, la deuxième étant, par définition, une femme, rappelons-le, lorsque la tête de liste est un homme. Proposition qui n’avait rien d’humiliant, contrairement à ce que certains ont pu laisser croire. Zemmour, candidat en 2022 ? « Les gens disent n’importe quoi », répond le journaliste, selon Le Point. À suivre…

Néanmoins, il y a un critère qui est rarement abordé lorsqu’il s’agit d’évoquer l’éventualité de la candidature de telle ou telle personnalité : sa capacité à « cheffer », pour reprendre une expression de Chirac. Et c’est le grand paradoxe. Car il s’agit bien d’élire une personne à la tête d’un grand pays, détenteur de la force nucléaire et de la première armée d’Europe occidentale. À la tête, aussi, d’un vieux pays, très compliqué, qui ne se manie pas comme une start-up ou une réunion Tupperware™. Il s’agit de gouverner et non plus de dénoncer, analyser. L’on devrait lire ou relire la lettre de saint Paul aux Corinthiens, non pas d’un œil spirituel, mais en s’en inspirant pour faire une extrapolation politique : « Il y a pourtant diversité de dons, mais c’est le même Esprit, diversité de ministères. […] à l’un est donné une parole de sagesse. […] à un autre le don de guérison… » Lorsque Éric Zemmour diffuse ses idées, ne fait-il pas déjà de la politique, comme il le dit lui-même, exerçant brillamment son don au service d’une cause qui le dépasse ? Pour autant, a-t-il le don de « guérison », ou plutôt de l’action ? Qui sait ? Mais l’on ne peut pas s’appuyer sur son seul et immense talent d’écrivain, de chroniqueur pour arguer qu’il serait le meilleur candidat pour 2022, comme l’écrit ici même notre ami Jany Leroy. L’on paye déjà assez cher un Président qui n’avait jamais, auparavant, affronté le scrutin populaire, qui n’a été qu’un ministre furtif et n’a pas connu l’amertume des défaites de préaux.

On peut dire tout le mal que l’on veut des partis (c’est à la mode, et si ça soulage, allons-y !), mais il ne faut pas oublier qu’un chef de grand parti, digne de ce nom (je ne parle pas du patron de LREM, qui n’est, en fait, que le fondé de pouvoir d’Emmanuel Macron), fait l’apprentissage au quotidien de la terrible difficulté de gouverner les hommes et, pire peut-être, leurs passions, pas toujours nobles. Un long et rude apprentissage qui, sans doute, doit préparer à l’exercice du pouvoir. Beaucoup appellent de leurs vœux un Salvini à la française. Bonne idée ! Une recommandation, alors : étudier le parcours du ministre de l’Intérieur italien. La compétence, enfin ? On ne demande pas à un président de la République de faire le boulot de son ministre de l’Économie. D’ailleurs, cela ne fait-il pas plus de trente ans que nous sommes gouvernés par des personnes réputées parfaitement compétentes…

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