À l’heure où le secrétaire d’État aux étrangères va - peut-être - devenir, en septembre, Premier ministre du Royaume-Uni, il convient de s’interroger sur ses orientations géopolitiques dans ce contexte particulièrement tendu.

Ce mercredi 10 aout, Liz Truss, agissant en tant que secrétaire d’État aux étrangères, a convoqué Zheng Zeguang, ambassadeur de Chine au Royaume-Uni. « J'ai demandé la convocation de l'ambassadeur de Chine pour qu'il explique les actions de son pays. Nous observons un comportement et une rhétorique de plus en plus agressifs de la part de Pékin, ces derniers mois, qui menacent la paix et la stabilité dans la région », déclare-t-elle dans un communiqué. Cette convocation fait suite à la visite de Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants des États-Unis à Taïwan, le 2 août. Zheng avait alors averti les Britanniques : « Nous appelons la partie britannique à ne pas sous-estimer l'extrême sensibilité de la question de Taïwan et à ne pas suivre les traces des États-Unis. » En d’autres termes, il s’agirait de demander aux Britanniques de ne pas être les « caniches » des Américains.

Tout ceci peut nous permettre de nous interroger sur la ligne politique de Liz Truss à l’heure où elle est peut-être sur le point de devenir Premier ministre. En ce qui concerne deux zones particulièrement bousculées, l’Ukraine et Taïwan, la ligne de la nouvelle « Dame de fer » semble clairement atlantiste. Assiste-t-on à un renforcement de la special relationship ?

Il convient de préciser que la special relationship consiste essentiellement en une alliance stratégique entre les deux pays et non en un alignement simpliste de la politique étrangère britannique sur la politique étrangère américaine. Il y a eu, certes, les années Tony Blair, mais cette attitude de « caniche » lui sera vertement reprochée par l’opinion publique britannique. Les divergences entre les deux pays sont une réalité depuis 1950 en ce qui concerne, par exemple, la Chine ! Le Royaume-Uni a reconnu la République populaire de Chine dès 1950, c’est-à-dire 22 ans avant la visite de Nixon en Chine.

Il reste, à l’heure actuelle, difficile de savoir si l’attitude de Liz Truss relève d’une véritable préoccupation autour de la stabilité dans cette région d’Asie ou s’il s’agit, comme le reprochait Zheng la semaine dernière, d’un simple alignement sur la politique américaine.

En ce qui concerne le conflit russo-ukrainien, Liz Truss, de même que Boris Johnson, ne semble s’embarrasser d’aucune nuance au sujet de la complexité de la situation. Cette attitude manichéenne remonte à l’élection de Vladimir Poutine à la tête de la Fédération de Russie en 2000 : en vingt ans, les Britanniques ont montré une hostilité comparable à celle des Américains à l’égard de la Russie. Les occasions de conflits n’ont pas manqué : refus du Royaume-Uni d’extrader un oligarque russe et un séparatiste tchétchène ; expulsion réciproque de diplomates suite à l’assassinat à Londres d’un agent du FSB ; fermeture de deux bureaux du British Council en Russie… Le point culminant a probablement été le moment où, en mars 2020, le gouvernement britannique a déclaré, dans son « Examen intégré de la sécurité, de la défense, du développement et de la politique étrangère », que la Russie constituait la menace la plus « aiguë » pour la sécurité du Royaume-Uni. Réflexion pour le moins surprenante.

Aujourd’hui, les Britanniques sont particulièrement zélés dans leur parti pris pour l’Ukraine. Dès le mois de janvier, Liz Truss proposait d’armer l’Ukraine et appelait même, au début de la guerre, les Britanniques à aller combattre en Ukraine.

La ligne de Liz Truss, difficile à cerner, relève-t-elle d’un pragmatisme typiquement anglo-saxon ou d’un atlantisme simpliste ? Si elle arrive au 10 Downing Street en septembre, marchera-t-elle sur les traces de son idole Margaret Tatcher… ou de Tony Blair ?

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13 août 2022

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7 commentaires

  1. Après une politique échevelée, les britanniques auront celle d’une folle ?
    En Ukraine, les britanniques ne sont pas très nets.

  2. Les Britanniques tentent de couler la Russie depuis très longtemps.. déjà sous Napoléon… C’est une colonie qui a résité et ne veut pas céder ses richesses..l’empire Britanique a un besoin urgent de nouvelles richesses…lui qui vit de celle des autres depuis plusieurs siècles

  3. Pour le moment son orientation semble plutôt Otaniste qu’objective, attendons la suite, sachant que de Facto Poutine a tous les défauts et le gentil escroc de Zelinski toutes les qualités, y compris son art consommé du mensonge éhonté.

    1. Qu’elle continue dans son envie de combattre les Russes jusqu’aux derniers membres de sa Majesté la Reine, cela permettra de tester l’exactitude des calculs de vitrification et de disparition de la perfide Albion. En principe 206 secondes, avec Sarmat.
      C’est notre Vulcain d’aujourd’hui, ex Jupiter d’hier, qui ne sera pas content, car sa Banque de cœur, s’évaporera avec les millions d’€ que lui ont rapportés les différents « marchandages » financiers pour favoriser ses collègues de la City.
      D’ici là, est-ce que les sujets de sa Majesté la Reine, auront-ils droit de savoir le nombre réel de dégâts humains collatéraux concernant la vaccination contre la pandémie du Covid19, afin de ne pas oublier que tous les malheurs du Monde viennent de leurs protecteurs démocrates américains.

  4. Et vous ne parlez pas de l’affaire Julian Assange où le RU fera la démonstration de son infeodation aux exigences de Washington

    1. On a le droit d’être allié des États-Unis mais le devoir de combattre tout ce qui ezst russe ou russophile
      , plus détestable que les nazis

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