Editoriaux - International - Politique - 7 septembre 2019

Quel bilan diplomatique pour l’Élysée ?

Depuis des décennies à présent, l’Élysée – quel que soit son occupant – est piètre diplomate : « Diplomatie […] science de ceux qui n’en ont aucune et qui sont profonds par leur vide, science […] fort commode, en ce […] qu’elle se démontre par l’exercice même de ses hauts emplois qui, voulant des hommes discrets, permet aux ignorants de ne rien dire […] le plus fort en cette science est celui qui nage en tenant sa tête au-dessus des événements qu’il semble alors conduire », écrivait génialement Balzac (Les Illusions perdues). Car bien peu de nos derniers chefs d’État ont su se hisser au niveau de Richelieu, pour qui la « politique, c’est rendre possible de qui est souhaitable ». Ce dernier – réputé inventeur de l’art diplomatique – avait hérité de Sully et de l’henricisme une conception de la diplomatie d’une très grande hauteur de vue : les idées de paix universelle, de république (ou de confédération) chrétienne européenne faisant autant appel à la religion qu’à la raison, la lumière naturelle.

Nous en sommes bien loin avec le pépiage ambiant. Où est le dessein ? Giscard voulut un club franco-allemand qui est à la veille de sa dissolution (mais il sut décider Kolwezi). Mitterrand n’avait pas compris les enjeux de la guerre en Yougoslavie, de la chute du mur, et avait abandonné la politique africaine à sa femme et à son fils… Chirac eut le mérite de maintenir l’avance en matière nucléaire mais milita pour la fusion-absorption de la nation, que le peuple lui avait confiée, dans l’usine à gaz européenne (Maastricht) : à quoi sert une indépendance stratégique dans une dissolution politique ? Sarkozy, ce fut la Libye et le discours de Dakar, puis le sabotage subi de l’Union de la Méditerranée par Merkel… Hollande ne comprit rien à la Russie, à la Syrie et à l’Afrique (Mali).

Et Macron ? Il déclame d’abondance des textes creux pour le rôle vain qu’il s’improvise et qui le grise : avec la Russie ? Aucune proposition concrète ; on se fâche, on a des postures de collégien (RT et Sputnik) mais on ne propose rien pour donner suite aux accords de Minsk. Pour l’Afrique agressée par l’islamisme ? On laisse le champ libre aux USA, à la Chine, à la Russie. Pour le Brexit ? Rien de concret, en dépit de la frontière terrestre du tunnel, des 400.000 Français vivant au Royaume et des 3 milliards d’euros d’exportations. L’Italie ? On se brouille ; comme avec le Brésil, dont on traite le président de menteur… Merkel va en Chine, trahissant le camp occidental et les droits de l’homme pour sauver l’automobile allemande ? Silence élyséen. Pour l’Iran ? Coup d’éclat et de com’ à Biarritz, aussitôt évacué par les mollahs. Trump et la démondialisation ? On est incapable d’entrer dans le sillage du brise-glace.

En vérité, depuis les années 90, le monde a énormément changé . Et la France, affaiblie par sa propre langueur sociétale, ne s’est pas adaptée et n’a pas réagi, telle la grenouille qui, plongée dans une casserole chauffée progressivement, se laisse ébouillanter à mort. La France a fini par faire de son soumissionnisme une loi philosophique, voire une volupté. Saura-t-elle, à temps, bondir hors de la casserole ? Oui, si les gilets jaunes, renforcés par une rentrée calamiteuse en tous domaines, et soudain (miracle ?) doués de sens tactique, réussissent à exiger non pas leur chimérique RIC mais une modification suffisante de la Constitution pour rendre effectif le recours au référendum d’initiative partagée :
– que toute retouche de la Constitution soit soumise à référendum ;
– et surtout que ce soit seulement le dixième des parlementaires(et non le cinquième) et le trentième des électeurs inscrits (et non le dixième, ce qui représente un impossible 4,7 millions) qui puissent provoquer un référendum d’initiative démocratique.

Pour que la démocratie reprenne enfin ses droits dans le pays qui en a été le promoteur. La démocratie vraie vise au bien commun, ce qui sera la seule façon de redonner un puissant ressort à la diplomatie française, sans boussole depuis de Gaulle.

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