Depuis le début de la sanitaire, les articles et interventions fleurissent dans la presse sur l’impact psychologique du Covid-19, et si certaines personnes se posent à raison cette question, de nombreuses autres trouvent cela risible et même indécent.

Les semblent particulièrement touchés par ce phénomène de spleen 2.0. Coincés sur leur canapé Ikea, en télétravail, ils dépriment. Aucune série ne vient leur redonner du baume au cœur. Même leurs grands-parents, dont ils n’ont cure tout au long de l’année en dehors de pour les cadeaux, semblent même leur manquer. À l’évidence, être adepte de films de zombies où des personnages évoluent dans un monde post-apocalyptique ne semble pas leur inspirer un quelconque sentiment de survivalisme ni, d’ailleurs, les films de super-héros faisant le sacrifice suprême de leur vie pour que d’autres soient sauvés. Ils tempêtent derrière leurs écrans de smartphone : « Pourquoi devrais-je, au nom de l’intérêt général, accepter une quelconque privation de liberté ? » La réponse est contenue dans la question, mais il ne semble pas évident que la plupart de nos jeunes déprimés conçoivent qu’il faille parfois faire des sacrifices temporaires au nom de cet intérêt supérieur de la nation. Individualisme, pour ne pas dire égoïsme criminel, quand tu nous tiens.

Alors les commentaires pleuvent : « Sûr qu’il faisait meilleur avoir 20 ans à Verdun ou à Omaha Beach », raillent certains, et ils n’ont pas tort. Mais sans aller dans ces relativisations extrêmes, il ferait bon rappeler à nos chers concitoyens qu’il n’y a pas si longtemps que cela, un siècle seulement, la plupart d’entre eux n’auraient rien eu du confort moderne : pas de chauffage central pour déambuler en jogging du matin au soir, pas de Netflix ou de Switch pour animer les longues soirées d’hiver, pas de supermarchés pour ses pâtes et son papier toilette, pas de Skype pour les apéros virtuels, pas de courageux livreurs pour vous remettre les gadgets inutiles que vous achetez compulsivement sur Amazon. Et que ce confort qui vous semble soudain si insupportable, seule une fraction de l’humanité peut en profiter aujourd’hui encore. Alors ,de grâce, mettez les choses en perspective et cessez de vous comporter comme des enfants capricieux à qui on a retiré un jouet auquel vous ne touchiez pas.

Indécent, ai-je aussi dit. Oui, indécent vis-à-vis de ceux qui n’ont pas le choix d’aller travailler au contact du public, vis-à-vis de nos personnels en première ligne, vis-à-vis des véritables précaires sans le sou contraints de s’entasser dans leurs logements miséreux, vis-à-vis des entrepreneurs qui risquent les investissements d’une vie et qui, pour certains, les ont déjà perdus, vis-à-vis des chômeurs qui ont perdu leurs emplois et qui, pour certains, n’en retrouveront jamais. Là encore, un peu de commisération dans le débat est de salubrité publique.

Mais enfin, profitez. Profitez d’être dans ce logement que vous avez trop hâtivement meublé et négligé depuis des années car vous préfériez tout investir dans des week-ends low cost à Barcelone. Profitez d’apprendre à cuisiner plutôt que de vous faire livrer des McDonald’s, vous qui exigez de la nourriture saine et respectueuse de l’environnement. Profitez de contacter ces proches que, dans le fond, vous connaissez si peu, et de renforcer vos liens avec vos conjoints et vos enfants. Profitez de lire pour vous cultiver plutôt que de regarder des vidéos de chats à longueur de journée. Profitez tout simplement d’avoir de ce temps qui vous manque tant ou, si vous n’y arrivez pas, mettez-le à profit.

16 décembre 2020

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