Quatre ans après, la veuve d’Alban Gervaise condamnée à « avoir peur »
Triste anniversaire, que ce 10 mai : il y a quatre ans, le médecin militaire Alban Gervaise était attaqué au couteau alors qu'il était venu chercher ses enfants à l'école Sévigné, à Marseille. Une agression sauvage qui a débuté dans sa voiture, sous les yeux de sa petite dernière de 20 mois sanglée à l'arrière dans son siège auto, et s'est achevée dans la rue lorsque Alban Gervaise, poussé dans un buisson, a reçu un dernier coup de lame en plein cœur. Il décèdera des suites de ses blessures à l'hôpital, le 26 mai. Il avait 40 ans et était père de trois jeunes enfants. Son meurtrier, Mohamed L., né à Brignoles dans une famille d'origine maghrébine et ayant été déclaré pénalement irresponsable, échappe, lui, à la prison et à la cour d'assises.
Ce drame pose une lumière crue sur la détresse « d'après » des familles de victimes. Mais la veuve du médecin, Christelle Gervaise, qui crie sa peur de croiser le meurtrier de son mari, n'a pas l'intention d'en rester là. Elle a formé un pourvoi devant la Cour de cassation qui n'a pas encore été jugé. Avec son avocat, elle se bat pour faire changer la loi.
« La motivation religieuse n'a pas été explorée »
L'affaire Alban Gervaise soulève de nombreuses questions, toutes relatives au fonctionnement du système judiciaire et à la protection des victimes. À commencer par la qualification du meurtre pour lequel la piste terroriste a été, dès les premières heures, étonnamment écartée. Pourtant, les indices ne manquent pas, à commencer par les imprécations auxquelles s'est livré Mohamed L. au cours de son arrestation, entendues par les témoins, telles que « Laissez-moi le finir, c'est le diable, au nom de Dieu, il le mérite, je lui ai mis trente coups de couteau ! », « C'est le diable, il le mérite, il le mérite ! », « Dieu a annoncé l'appel, il l'a mérité, des voix m'ont dit de le faire » ou encore « Il a insulté ma race ! »
Joint par BV, l'avocat de Christelle Gervaise, Me Stéphane Bonichot, déplore ainsi que « la motivation religieuse n'ait pas été explorée ; la chambre d'instruction n'a pas pris en compte les repérages opérés par Mohamed L. dans les jours précédant le drame devant l'école catholique, tout comme sa mise en retrait de sa vie sociale assez soudainement et sans explications ». Pourquoi, dans ces conditions et au vu de ce faisceau d'indices, les inspecteurs ont-ils délibérément écarté l'hypothèse d'un acte terroriste ? Par crainte d'engorger les services ou volonté de cacher certaines réalités aux Français ? La question mérite encore, à ce jour, d'être posée.
À ce sujet — Père de famille poignardé à Marseille : encore une agression, encore « une piste terroriste écartée »
Consommation de substances et abolition du discernement
Mais le cœur du combat de Christelle Gervaise et de son avocat porte sur cette fameuse irresponsabilité pénale pour « abolition du discernement » de Mohamed L., décidée par la chambre d'instruction de la cour d'appel d'Aix-en-Provence, le 25 juin 2025. Le fait que l'auteur du meurtre était sous l'empire de stupéfiants n'a aucunement été pris en compte. Pourtant, depuis le dénouement de l'affaire Halimi dans laquelle le meurtrier avait également été déclaré irresponsable, la loi prévoit une exception à cette irresponsabilité (article 122-1-1 du Code pénal) lorsque « la personne a volontairement consommé des substances psychoactives dans le dessein de commettre l'infraction ou d'en faciliter la commission ».
Un texte inapplicable, selon Me Bonichot, qui explique à BV : « C'est aux parties civiles de démontrer que la consommation de substances psychoactives a été faite dans le dessein de commettre une infraction. Dans la pratique, cette preuve est impossible à rapporter, sauf dans le cas improbable où le meurtrier aurait écrit à je ne sais qui : "j'ai consommé aujourd'hui de la cocaïne dans le but de commettre une infraction". » C'est pour démontrer toute l'absurdité de cette disposition et en espérant faire changer la loi qu'en plus du pourvoi, il a déposé devant la Cour de cassation une question prioritaire de constitutionnalité, laquelle vient d'être rejetée, « mais sans aborder le fond, ce qui laisse ouvert la question de sa constitutionnalité », relève l'avocat, pour qui le débat demeure donc ouvert.
552 autres personnes irresponsables pénalement, en France
La Cour de cassation n'a pas encore tranché. L'enjeu est de taille, pour Christelle Gervaise, qui subit les conséquences bien concrètes de l'irresponsabilité pénale de Mohamed L. Dans son quotidien. Comme elle le confiait au Figaro, avec ses enfants, elle se dit « condamnée à avoir peur », vivant sans arrêt dans l'angoisse permanente de croiser le bourreau de son mari dont la sortie de l'établissement psychiatrique peut être décidée à tout moment par un collège d'experts. « La partie civile est complètement mise à l'écart de tout traitement », déplore Me Bonichot. À l'heure où ces lignes sont écrites, « Christelle et ses enfants ne sont pas en mesure de savoir si cette personne est vraiment prise en charge et si, d'une certaine façon, elle n'échappe pas à toute condamnation », précise-t-il à BV. D'autant que la Justice a refusé à la famille l'éloignement du meurtrier du département des Bouches-du-Rhône où ils vivent.
Si on en croit les chiffres, vertigineux, dévoilés le 6 février dernier par le garde des Sceaux lorsque interpellé par la députée RN du Vaucluse Bénédicte Auzanot sur le nombre de meurtriers et d'assassins déclarés irresponsables pénalement chaque année, le sort de la famille d'Alban Gervaise est loin d'être un cas isolé : entre 2004 et 2014, « 552 personnes poursuivies pour homicide volontaire (260) ou tentative d'homicide volontaire (292) ont fait l'objet d'une décision d'irresponsabilité pénale. Et le taux de prononcé de l'hospitalisation d'office est de 93 % en cas d'homicide et de 77 % en cas de tentative d'homicide. » De quoi saisir l'ampleur du problème et l'épaisseur de l'angoisse des victimes.
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26 commentaires
Espérons qu’un prochain chef de l’Etat aura le courage de remettre à plat notre Justice et ce genre de décisions. Ce n’est pas supportable.
Quoi de plus normal dans un pays de « mabouls »…
Pourquoi 93 et 77%? Ces gens, dangereux pour la société, doivent être mis définitivement à l’écart. La force publique est là pour protéger les citoyens, sans larmoyer sur les auteurs de méfaits.
La consommation d’alcool ou de drogues en cas d’accident automobile est une circonstance aggravante, mais devient une excuse en cas d’homicide =>trouvez l’erreur
Moi, ce qui m’inquiète, c’est la capacité des centres psychiatriques à surveiller et contenir les auteurs d’homicides reconnus non responsables de leurs actes, surtout après une longue période, où l’on a un peu oublié pourquoi ils sont là. Je ne vénère pas la prison, mais un centre pénitencier adapté répondrait mieux au traitement punitif & curatif…
Si on comprend bien, être sous stupéfiant est une circonstance aggravante en cas d’accident de la route, mais atténuante en cas d’assassinat. C’est tout de même curieux…
Ah oui, bien vu !
On est toujours responsables de ses actes ! La folie devrait être éventuellement une circonstance atténuante, pas un déni de responsabilité ! Case prison pour tous les criminels, avec soins médicaux pour certains.
Je prie pour que justice soit faite et que Mme Gervais puisse être en paix.
Hélas Marie-O, vous ne changerez pas les lois, ni le système judiciaire, à moins d’une profonde réforme!
Chère Berfranda, le pire dans la vie, ce n’est pas de ne pas arriver à changer les choses, c’est de ne pas essayer. Et encore une, d’après Albert Einstein (je raffole des citations…) « le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire » alors au travail ! Que les politiques à même de gouverner la France dans moins d’un an maintenant préparent dès aujourd’hui les textes de loi à présenter au Parlement ou à un référendum dès Mai 2027, quant à nous humbles citoyens, votons et discutons autour de nous dès aujourd’hui pour faire voter pour l’équipe susceptible de sauver notre pays!
Tout d’abord, toute ma compassion à madame Gervaise et à toutes les familles de victimes qui sont dans le même cas. Mais que nos politiques et les juges n’oublient jamais que « quand l’injustice devient loi, la résistance est un devoir. »
Terrible constat
Abolition du discernement suite à une absorbation massive de substances illicites… C’est vrai que l’alcool n’est pas illicite mais être ivre peut vous coûter cher. Cet assassin savait ce qu’il faisait en se droguant et c’est, du fait, une raison aggravante .
Un fou qui se drogue sait ce qu’il fait ?
C’et fou ce que vous dites …
Injustice française … les victimes et leur famille sont les grands oubliés de la magistrature et de ses acolytes des médias !!!
Ils pleurent toujours sur l’accusé JAMAIS sur les victimes
Courage à Madame Veuve Gervaise et aux orphelins de ce pauvre homme. Nous vous assurons de nos prières. Leur drame est d’une tristesse incommensurable.
C’est curieux cette façon de donner les noms et ceux de qui approchent ces victimes mes JAMAIS le n.om complet de ces voyous soi -disant illuminés qui ont appris par cœur un discours à tenir pour éviter l expulsion manu militar
Bon courage Madame et à votre avocat.
« 552 personnes poursuivies pour homicide volontaire (260) ou tentative d’homicide volontaire (292) ont fait l’objet d’une décision d’irresponsabilité pénale. On pourrait lire la phrase autrement et penser que les juges sont irresponsables.
Madame Gervaise et ses enfants ont pris perpète et le criminel rien. Quel déni de Justice.
Imaginons une seconde la situation inverse, un Blanc poignarde Mohammed L. en poussant les mêmes cris que lui. Aurait-il été déclaré irresponsable ou aurait-on relevé le caractère raciste ou religieux du crime ?
J’ai mon idée là-dessus et vous ?
Je crains que le criminel ne soit fou à vie.
Il a dû d’éteindre sur certains,n’est il pas?
Aucune compassion pour cette famille?
La gauche est vraiment minable.
Oh, vous n’avez rien à craindre ! Sauf, évidemment, si vous vous trouvez sur sa route le jour plus ou moins prochain où il sera relâché dans la nature.
Ben voyons.
C’est curieux, ces crimes sous « abolition du discernement » n’ont pas lieu en Corse. L’abolition en question y est peut-être limitée, permettant au coupable de savoir ce qui l’attend!
Il faudrait envoyer les fous vivre en Corse ?
La châtaigne est à leur conseiller?