Editoriaux - Société - 16 juin 2019

Quand une Femen se prend les pieds dans la Toile

#cavasaigner, annonçait gaiement le magazine Konbini, il y a trois jours, tout à sa joie de partager la trouvaille d’un « collectif » disant lutter « contre la précarité menstruelle ». Et d’enjoindre toutes les femmes à répondre à l’invitation d’Irène, « une étudiante » bobo anonyme, à se poster en photo sur Instagram en vêtements tachés, de faux sang au besoin.

En quelques clics sur son profil, on s’aperçoit que ladite Irène est une féministe radicale, très proche des Femen. D’ailleurs, elle est en relation intime avec la tête d’affiche du collectif qui, justement, est une Femen. Quant au « collectif », il porte bien mal son nom puisqu’il compte à peine dix membres. Konbini s’est bien payé la tête de ses lecteurs.

Rassurons-nous, ils le lui ont bien rendu. Outre qu’ils ont trouvé l’initiative débile et répugnante, un détail savoureux ajoute encore au ridicule : c’est que cette idée fait partie d’une série de farces conçues en 2014 par le forum Internet 4chan pour inciter les féministes radicales à se donner en spectacle, couvertes de fluides corporels divers, au nom de causes inventées pour l’occasion. La sauce a pris aux États-Unis et en Angleterre ; par la magie du mimétisme militant, la voilà aussi en France !

Pour ajouter à l’embarras de cet énorme bide, les revendications que cette « action » devait mettre en lumière sont incompréhensibles. On ne sait pas s’il s’agit de protections gratuites ou remboursées par la Sécurité sociale, pour les SDF, ou les étudiantes, ou pour toutes les femmes, ni s’il s’agit des systèmes existants ou de futurs produits écologiques réutilisables à inventer.

Il y aurait, de toute façon, au moins deux réponses à faire à cette Femen, à ses amis et au très militant Konbini.

D’abord, que lorsqu’on a les moyens d’abîmer du linge pour une simple photo, on peut aussi se cotiser, fonder une association, trouver des sponsors et acheter des produits en gros pour les redistribuer à celles qui en ont besoin. C’est la solution pratique qu’a trouvée le Secours populaire : dans le cadre d’une opération temporaire, la marque Vania lui redistribue un paquet gratuit pour tout paquet acheté, ce qui représente un don concret d’une valeur estimée à 315.000 euros. Évidemment, c’est un peu plus harassant que de s’exhiber sur Instagram.

Ensuite, que, contrairement à ce que semblent penser cette Femen et ses amis, l’argent public ne tombe pas du ciel. Presque tout le monde achète des protections périodiques. Il n’y a pas que les femmes, il y a leurs pères et leurs maris (sauf ceux des féministes radicales, qui devaient pousser le Caddie™ frénétiquement dans l’autre direction pour ne pas risquer de s’approcher du rayon tabou). En admettant que l’État rembourse tout le monde, il devrait prélever ce coût sur tout le monde, en rémunérant au passage le supplément de fonctionnaires que nécessiterait cette opération d’une utilité publique incontestable. Par la grâce du mille-feuille administratif, faire payer plus cher des produits bon marché, on n’y avait pas encore pensé !

Bref, merci Femen, merci Konbini : continuez à nous faire rire et, surtout, surtout, cherchez toujours l’inspiration du côté des États-Unis.

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