Editoriaux - Société - 14 juin 2019

Après les gilets jaunes, les derrières rouges : samedi, « Ça va saigner ! »

Depuis des mois, tous nos samedis étaient en jaune. Le 15 juin, lui, sera en rouge.

Désolée de vous imposer ça, mais je préfère vous prévenir avant que vous n’appeliez les pompiers en croyant que votre voisine de métro fait une hémorragie. Il s’agit d’une manifestation en forme de happening, un truc bien trash à base de sauce tomate ou d’encre rouge épaissie au miel (on trouve les recettes sur Internet). J’explique : à l’appel du collectif Ça va saigner, nous sommes tous invités à nous badigeonner le pantalon pour combattre le tabou des règles et réclamer la gratuité des protections hygiéniques.

Le slogan de ce samedi sera « Que notre sang coule contre la précarité menstruelle », avec cette injonction : « Tachez vos jeans, vos stories Instagram ou les sièges de votre métro ! Avec du vrai ou du faux sang, on veut du rouge ! Montrons que les règles concernent tout le monde. » Deux rassemblements qui ne manqueront pas de couleur sont organisés à Paris et à Lyon.

« Le but, c’est que n’importe qui puisse partager une photo, une tache de sang, ou même un dessin pour montrer que nous sommes nombreuses et nombreux à combattre la précarité menstruelle », dit une certaine Selma Anton au Huffington Post. Elle est étudiante et c’est le malheur de ses congénères qui l’a conduite à cette initiative : les jeunes filles d’aujourd’hui souffrent, paraît-il, de< em>« précarité menstruelle ».

« J’attends un déclic, qu’on comprenne que la précarité menstruelle, c’est un vrai problème », poursuit la jeune femme, qui dit s’inspirer de son aînée Irène Rose (20 ans), une étudiante féministe qui, en février dernier, « a déambulé dans Paris pendant ses règles pour exiger le remboursement des produits hygiéniques féminins ». En témoignent des photos d’elle se baladant le pantalon taché de sang, postées sur son compte Instagram. Voilà, voilà…

Je suis bassement pragmatique, je le confesse. Je regarde, par exemple, cette Mlle Rose, militante de la culotte souillée, et je calcule : elle a les cheveux teints en rose, l’œil charbonneux, des pompes mode, sans doute quelques tatouages, un smartphone… pas l’air trop précaire. Juste pas envie de craquer de la thune pour s’acheter des serviettes ou des tampons. Alors, comme les copines, elle réclame à la société de les lui payer.

C’est, en effet, l’une des revendications des ados féministes militantes : installer des distributeurs de protections hygiéniques bio et gratuites dans tous les collèges et lycées de France. Et puis les facs, aussi, tant qu’on y est. À cela, un argument saignant : selon un sondage IFOP de mars dernier, « 1,7 million de Françaises manquent de protections hygiéniques ». Pas les moyens de se les offrir, nous assure-t-on. Et de citer une étude britannique qui, en 2015, a établi que « dans une vie, le coût des menstruations s’élevait à 18.450 livres, soit un peu plus de 21.000 euros ».

Je vais faire une réflexion bête, hein, vous ne m’en voudrez pas, mais le coût du rasage, sur une vie d’homme, ça se monte à combien ? Quand on additionne savon à barbe, bombe à raser, rasoirs, lotion apaisante, pansements pour les adeptes de la guillotine… tout ça quotidiennement ? On me dira qu’ils peuvent toujours se la laisser pousser, la barbe, mais sauf à accepter de marcher dessus, il faut quand même bien la tailler !

Cette campagne, on l’a compris, s’inscrit dans la dérive victimaire qui décompose nos sociétés tous les jours un peu plus. Plus question d’assumer la vie, ses réalités et ses vicissitudes, on réclame en tout et pour tout la prise en charge de l’État. S’y ajoute un exhibitionnisme insupportable déjà porté à son paroxysme chez nos voisins anglo-saxons. Se tenait ainsi, à Montréal, le week-end dernier, une manifestation festive et militante du meilleur goût : Festivulve.

On s’étonnera, après cela, que les « barbus » nous prennent pour des dégénérés.

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