Editoriaux - Education - 4 mai 2019

Quand Macron courtise les enseignants pour leur faire avaler la réforme des retraites

Les enseignants, c’est bien connu, votent plutôt à gauche, ce qui n’est pas nécessairement « Macron-incompatible ». Ils risquent d’être les grands perdants du projet de loi sur la réforme des retraites, qui devrait être discuté à la fin de l’été. Dans sa conférence de presse, notre Président, en quête d’électeurs, a eu un petit mot pour eux, passé inaperçu dans le magma des promesses énumérées. Au-delà du racolage politique, que penser de cette attention portée à ces fonctionnaires ?

Après avoir déclaré qu’il faut « dès à présent et progressivement rebâtir, revaloriser ce métier essentiel à la République et à la vie de la nation qu’est l’enseignant, le professeur, le maître » (voilà qui met du baume au cœur), il a ajouté : « Et de toute façon, en vue de la réforme des retraites que nous aurons à conduire, il faudra revoir en profondeur et revaloriser cette profession. » En effet, leur pension sera, à l’avenir, calculée non plus sur leur traitement indiciaire des six derniers mois mais sur l’ensemble des rémunérations de toute leur carrière. On ne voit pas comment, dans ces conditions, le montant de leurs retraites ne pourrait se réduire significativement.

À moins d’une revalorisation conséquente de leur traitement, dès le début de leur carrière, et la prise en compte de leurs primes dans le calcul de leur retraite. Actuellement, le salaire des enseignants français reste en dessous de la moyenne OCDE et leurs primes sont quasi inexistantes, contrairement à d’autres catégories de fonctionnaires. On comprend donc qu’Emmanuel Macron ait voulu les rassurer sur l’avenir de leur retraite. On imagine mal, cependant, qu’une éventuelle revalorisation financière s’effectue sans un allongement de leur temps de service.

Mais ce qu’omet de dire notre Président, c’est que la réforme projetée, si elle est adoptée, risque de modifier fondamentalement la manière dont beaucoup d’enseignants conçoivent leur fonction. Avec le système actuel, le montant de la pension d’un professeur découle de son dernier indice dans son grade et du nombre d’annuités cotisées. Libre à lui d’effectuer des activités supplémentaires, rémunérées (heures supplémentaires, vacations, par exemple) ou bénévoles (engagement associatif, travaux de recherche… ou temps consacré à sa famille). Dans la future réforme, le montant de la pension dépendrait uniquement du nombre de points – et donc de la quantité d’argent – acquis sur toute la carrière.

Malgré les difficultés qu’ils peuvent rencontrer dans son exercice, la majorité des enseignants considèrent encore leur métier comme une vocation, celle de la transmission. Ils acceptent d’être médiocrement rémunérés parce qu’ils ont l’amour de leur discipline, dont ils veulent faire profiter les élèves, leur statut leur assurant une retraite décente s’ils ont une carrière complète. Désormais, ils devront multiplier les activités lucratives, dans l’enseignement ou hors enseignement, pour accumuler suffisamment de points. Ils seront incités à faire passer l’appât du gain avant l’idéal de transmission.

Ce changement de mentalité n’est pas pour déplaire à un homme pour qui la réussite se mesure à l’épaisseur du portefeuille. Mais il n’est pas sûr – loin de là ! – qu’il améliore l’efficacité de l’enseignement ni la grandeur d’un métier qui réside, avant tout, dans le partage désintéressé du savoir.

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