Editoriaux - Politique - 1 avril 2019

Quand Hollande se mue en Cassandre et dénonce la menace de l’extrême droite

Le péril imminent, ce n’est pas l’explosion du système bancaire, ni le terrorisme islamique, ni l’immigration sauvage, c’est « l’extrême droite » ! C’est Hollande qui l’annonce dans un entretien au Parisien, tout comme il donne son avis sur le mouvement des gilets jaunes, le maintien de l’ordre, les élections européennes, les deux premières années du mandat de Macron. À la fois Cassandre et Monsieur Je-sais-tout. Vous auriez pu croire qu’après la déculottée qu’il a prise, au point de renoncer à se représenter, il aurait l’humilité de rester discret, de passer son temps à conter fleurette à sa dernière conquête ou de signer des dédicaces pour se persuader qu’il existe encore.

Vous aviez tout faux. « Je pourrais considérer que j’ai accompli mon destin et me tenir en retrait », confie-t-il. D’autant plus qu’avec sa quadruple retraite – ancien Président, ex-député, ex-conseiller de la Cour des comptes, ancien président de conseil général –, sans compter tous les avantages en nature, il ne devrait pas avoir de fins de mois difficiles. Mais non ! Il a la politique dans la peau ! S’il n’a pas l’intention de « [revenir] dans la vie partisane », il veut « convaincre les Français que leur pays a un avenir et un rôle dans le monde » et redonner des perspectives à la gauche.

À propos des gilets jaunes, il estime que « si une issue avait été trouvée plus rapidement, […] nous n’aurions pas connu les excès que nous constatons, hélas, samedi après samedi ». Quelle finesse d’analyse ! C’est à peu près ce que disent tous les commentateurs : il n’y a que Macron et ses sectateurs, de moins en moins nombreux, à penser le contraire. Pour retrouver la confiance, il faut « partir d’abord des territoires », « répondre au sentiment d’abandon qui s’exprime », « humaniser encore les services publics face aux mutations technologiques et économiques », « développer une vision commune de notre avenir autour de l’écologie, de l’éducation et de l’engagement citoyen »… Que d’idées nouvelles ! Quelle originalité !

Avec un tel programme, la France est sauvée ! Mais Papy Hollande a une mission autrement importante : il fait de la résistance contre « l’extrême droite ». Il conjure les partis « de gouvernement » (quand on voit les résultats de leur politique, on se demande s’ils n’auraient pas mieux fait de s’abstenir de gouverner) d’« être de nouveau des alternatives crédibles et mobilisatrices, sinon le face-à-face entre le pouvoir actuel et l’extrême droite peut mal finir ». Car la menace vient de l’extrême droite : « Je l’affirme, un jour elle arrivera au pouvoir en France. En 2022 ou plus tard… puisqu’elle prétendra que c’est la seule qui n’a pas été essayée ! »

Voilà qui devrait réjouir Marine Le Pen, à part l’étiquette d’extrême droite, qu’elle rejette. Car François Hollande, le prophète, annonce sa victoire prochaine, si la gauche et la droite ne se ressaisissent pas. Il est vrai que de plus en plus de Français se retrouvent dans les positions du Rassemblement national sur la souveraineté de la France, qu’il faut protéger des diktats européens, sur la maîtrise de l’immigration, sur le contrôle des frontières, sur la lutte contre l’islamisme… Plutôt que de crier au loup, Flanby (ou Pépère) – à moins que vous ne préfériez Fraise Tagada, comme le surnommait délicieusement Fabius – devrait se demander pourquoi ces idées rassemblent.

Avant de prétendre servir de mentor, ce vieux cheval de retour, qui fit un temps confiance à Macron avant de se faire cocufier par son protégé, devrait pratiquer son autocritique. Ce serait le seul moyen de regagner un peu de dignité et de crédit. Au lieu de cela, il joue au sage ou, plutôt, au pompier pyromane.

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