Poutine, l’anti-Hollande

Nous avons tous en tête la belle et provocatrice définition, par Winston Churchill, de la démocratie “qui est le pire des régimes après tous les autres”.

Il me semble que ce jugement demeure pertinent, même si les temps de crise et l’urgence qu’ils requièrent nous conduisent de plus en plus à nous interroger sur ce modèle à la fois noble et critiquable.

Ce questionnement, également, incite des citoyens, dans les démocraties classiques, à appréhender avec une fascination inquiète mais presque admirative les démarches politiques d’un tant sur le plan national qu’international.

Il est clair qu’on ne peut pas se débarrasser des préoccupations à son sujet en le qualifiant rapidement, sommairement de dictateur. On doit tenter d’être honnête face à cette image équivoque qui nous est renvoyée de là-bas et qui ne saurait se résumer à cette déclaration sans nuance de Philippe de Villiers : “L’Amérique veut abattre Poutine pour installer son modèle de société en Russie.”

Pas davantage, la bienveillance de Marine Le Pen à son égard ne doit nous dispenser de scruter cette personnalité singulière, dans le pouvoir et l’emprise dont elle dispose quasiment sans partage et les modalités de ses actions, de ses abstentions ou de ses audaces multiples.

Ce n’est pas aussi parce que Gérard Depardieu est grotesque dans son inconditionnalité que le problème que pose Poutine est facile à régler.

L’embarras face à Poutine vient d’abord précisément du statut original de sa pratique présidentielle. On perçoit en effet que “dictateur” n’est pas le bon mot et que “démocrate” à son sujet serait naïf. Qu’il y a, qu’il est autre chose, quelqu’un d’autre. (…) Il apparaît comme le représentant quasi unique d’une espèce rare.

[…]

Qui non seulement n’a pas peur des attitudes et des pulsions réactionnaires de la société mais les accompagne si elle ne les précède pas. Ce n’est pas signifier que l’ensemble de ce que développe Poutine avec un art consommé de la rupture et de la brutalité, mais sans jamais perdre de vue la finalité de l’ambition personnelle et du gain politique, doit être accueilli sans réserve ni circonspection. Mais cette transparence dans l’expression de concepts, d’idées et de sentiments généralement retenus ou à peine murmurés dans nos sociétés frileusement consensuelles et héroïquement démocratiques n’est pas pour rien dans l’adhésion trouble que Poutine suscite un peu partout, quoi qu’on en ait.

Si j’ose et pour me faire bien comprendre, il n’y a pas de contraste plus éclatant qu’entre Poutine et sa vision de la société et de l’ordre naturel d’un côté, et François Hollande de l’autre avec sa soumission au fil du temps qui serait forcément progressiste.

Enfin, la politique internationale de Poutine nous montre à la fois son incroyable culot et les faiblesses de l’Union européenne engoncée, engluée dans un système qui fait à la fois son honneur et son inefficacité. Comment, en effet, ne pas déplorer – dans le désordre – la lenteur des délibérations collectives, les dissensions des égoïsmes nationaux persistant ici ou là, les atermoiements scrupuleux de la pluralité et le volontarisme verbal des responsables européens face à la solitude terriblement efficiente d’un Poutine ?

Comment ne pas regretter que l’éthique partagée et la passion commune du droit, le désir de paix quand tout respire la conflictualité pèsent si peu, si maladroitement en face du cynisme et de la provocation calculée d’un joueur gagnant à tout coup malgré des reculs apparents et tactiques, d’un génie du rapport de force, de l’incroyable et formidable disponibilité et liberté d’un homme méprisant des alliés qui, pour lui, sont devenus des adversaires parce que, de fait, ils ne lui ont jamais donné l’occasion de l’admiration et de l’estime, la chance d’un respect, l’angoisse d’une véritable menace ?

[…]

Extrait de : Poutine, un tyran ?

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