Editoriaux - Justice - Polémiques - 3 décembre 2019

Pour Théo Luhaka, la loi est molle, mais c’est la loi !

Dura lex, sed lex (« la loi est dure, mais c’est la loi »), disaient les Romains. Ce n’est pas le cas en France. Ne parlons pas du laxisme présumé de la Justice face à la délinquance, mais des privilèges que la loi accorde aux locataires défaillants, fussent-ils peu recommandables.

Plusieurs organes de presse, dont Valeurs actuelles et Le Point, nous informent que c’est la préfecture de la Seine-Saint-Denis qui, depuis le 1er novembre, a pris en charge le loyer de Théo Luhaka. Souvenez-vous : il avait fait la une, en février 2017, après une interpellation musclée, accusant un policier de l’avoir violé avec une matraque télescopique. Depuis, il vit seul dans un appartement de 76 mètres carrés pour lequel il ne paierait plus son loyer. Il devrait plus de 10.000 euros à son bailleur et n’a échappé à l’expulsion que grâce à la trêve hivernale. Le voilà donc logé gratuitement aux frais de l’État, c’est-à-dire des contribuables, au moins jusqu’au 31 mars 2020.

Il est normal qu’on vienne en aide aux personnes qui sont vraiment dans le besoin mais, dans le cas de Théo Luhaka, on peut légitimement se poser des questions. En septembre 2018, n’a-t-il pas encore fait parler de lui après avoir été mis en examen, avec son frère aîné, pour escroquerie en bande organisée portant sur un montant de 52.000 euros ? Une bagatelle ! Les Français seront sûrement contents d’apprendre qu’ils subviennent aux besoins de ce jeune homme.

En 2017, l’événement avait déclenché une série de manifestations, à Aulnay-sous-Bois et à travers la France, pour protester contre les bavures policières. François Hollande, alors président de la République, s’était même rendu à son chevet, devant les caméras, pour lui apporter son soutien. On ne sait pas encore si, dans un élan de générosité, il ira jusqu’à lui verser une partie de ses droits d’auteur pour rembourser ses dettes.

Ce jeune homme est certainement une victime de la société ! Mais cette affaire est loin d’être terminée. Fin août 2019, Le Parisien a révélé qu’un docteur en gastro-entérologie, qui l’a examiné, s’est montré formel : il estime que « M. Luhaka aura besoin d’un suivi médical à vie ». Pour l’experte, inscrite à la cour d’appel de Paris, le taux d’atteinte permanente à l’intégrité physique et psychique (AIPP) serait de « 20 % ». Laissons la Justice suivre son cours et faire la lumière sur cette ténébreuse affaire. On peut s’attendre à ce que de bonnes âmes prennent la défense du jeune homme, lui trouvent toutes les excuses et dénoncent ces barbares de policiers.

On comprend, en tout cas, que des Français qui, chaque mois, ont du mal à joindre les deux bouts puissent s’indigner des égards – fussent-ils légaux – dont il profite et du préjugé favorable que certains médias et politiciens lui accordent.

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