« Je vais lui lancer un de ces traits », annonçait le vicomte de Valvert au Cyrano de Bergerac de Rostand. « Vous avez un nez, euh, un nez… très grand. » « Très », répondait le héros préféré du théâtre français. Il y a du Valvert dans l’assaut d’Élisabeth Borne contre le RN, « héritier de Pétain » qui fait couler de l'encre. Pour la créativité, l’originalité, la mise en forme, l’inspiration inédite de cette attaque, on repassera. On est dans le massif, le brutal, le recyclage de crise à portée de main, le prêt-à-penser bas de gamme, le réflexe panique.

En réalité, Élisabeth Borne fait moins d’histoire que de (basse) politique. « C’est un moyen de resserrer la gauche de la majorité au moment où elle a besoin d’elle pour voter sa loi immigration », décrypte Arnaud Benedetti, le rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, par ailleurs professeur associé à l'université Paris-Sorbonne. Le Premier ministre aura sauté sur l’occasion de se refaire une virginité à l’extrême gauche. Pour Benedetti, en revenant à Pétain, Borne est surtout à côté de la plaque. C’est, du reste, ce que lui reproche Macron, sans la citer nommément. Il aurait fustigé les propos de son Premier ministre : « Le combat contre l’extrême droite ne passe plus par des arguments moraux. » Selon Macron, « il faut décrédibiliser » le RN « par le fond et les incohérences » plutôt que par des « mots des années 1990 qui ne fonctionnent plus ».

Archéologie

Arnaud Benedetti rabat sur la terre ferme les envolées de Borne : « C’est un réflexe pavlovien qui méconnaît l’Histoire, dit-il. Pétain ne correspond pas au logiciel du RN, qui est en réalité celui du RPR de la fin des années 1970 et du début des années 1980. »

Les difficultés sont grandes pour Élisabeth Borne, nommée à contrecœur à Matignon, considérablement affaiblie politiquement par la contestation de la réforme des retraites, moins soutenue que tenue à bout de gaffe par le président de la République, en butte à une majorité de plus en plus relative dans une Assemblée nationale hostile. Rien ne va plus, comme on dit au casino. Est-ce une raison pour raconter des balivernes, soutenues par Le Maire ? Le ministre de l'Économie et des Finances n’est jamais en retard d’une peau de banane à glisser au RN. Vous reprendrez bien une gorgée de reductio ad hitlerum ?

Alors, Borne fait dans l’archéologie. Depuis quinze ans, Marine Le Pen s’est débarrassée du passé du FN, excluant même son père et la vieille garde qui l’entourait. Quant à Philippe Pétain, maréchal de France et chef de l’État français sous Vichy, il est mort le 23 juillet 1951 sur l’île d'Yeu, six ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et son départ du pouvoir, voilà près de 72 ans ! Le Front national, ancêtre du Rassemblement national, est né en 1972, donc 27 ans après le départ du maréchal Pétain. Ce parti n’a jamais revendiqué l’héritage moral de l’État français. Il a, certes, compté parmi ses membres fondateurs des personnalités passées par la collaboration comme Bousquet ou Brigneau. D’autres, nombreuses, sont passées par la Résistance, comme Georges Bidault, successeur de Jean Moulin à la tête du CNR, Rolande Birgy (Réseau Vallette d'Osia), croix du combattant volontaire de la Résistance, Jean-Maurice Demarquet, ancien membre de la 1re division française libre, croix de guerre 1939-1945, Serge Jeanneret (réseau Alliance), Pierre Sergent (réseau Velite-Thermopyles) ou encore Michel de Camaret, compagnon de la Libération. Le Pen lui-même a brièvement résisté. On a beau écouter les radios publiques, on n'entend jamais ce versant de la réalité. Curieusement... Conclusion : le passé de l’équipe fondatrice du FN est tout, sauf politiquement homogène.

Racines gaulliennes

Mais, plus que sur l’équipe qui a fondé le FN, la polémique porte sur son programme. Y a-t-il un lien entre le programme de Marine Le Pen et la politique de Vichy ? « Le FN est l’héritier de multiples écoles de l’extrême droite, rassemblées autour d’un jeune activiste nationaliste, Jean-Marie Le Pen, explique Olivier Milza, docteur en histoire et agrégé, historien et enseignant en classes préparatoires, auteur de nombreux livres (Clés pour le temps présent). Au RN, je ne vois rien qui soit dans la lignée de Pétain, sauf si l’on considère que défendre l’identité de la France relève du pétainisme. »

Lorsqu’on sort des noms d’oiseaux, il faut bien constater que la politique de Vichy a des racines et des modalités complexes. « L’étatisme moderniste de De Gaulle est héritière de la technocratie de Vichy, qui prolonge elle-même celle de Pierre Mendès France, poursuit Olivier Milza. L’État stratège sous Vichy, l’interventionnisme étatique, une forme de keynesianisme de droite sont empruntés au Parti radical d’avant-guerre et aux idées de Tardieu. » Et aujourd’hui ? « Les premiers programmes de Marine Le Pen étaient gaulliens : l’autorité, la souveraineté, c’est gaullien. »

Borne aura servi un gros mensonge, un de plus, et une belle tentative de manipulation des masses, méchante, butée, aveugle et bête. Une de plus.

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31 mai 2023 à 21:00

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69 commentaires

  1. Méfions nous après la sidération de l’extrême droite envahissant la France grâce à la clique politico merdiatique, une loi pourrait bien restreindre la liberté de penser.
    Rappelons nous de la machination de Carpentras, du sinistre Ministre de la Police Joxe Ps qui désignait le coupable, le FN, sans preuves.
    La loi Gayssot restreignit encore la liberté de penser.

    1. Pour mémoire : Gayssot, membre éminent du PC. Toujours là pour nous donner des leçons de démocratie.

  2. Philippe, Adolphe et Benito références historiques ressassées ad nauseam. Joseph, Léon, Mao Pol Pot etc références ignorées. Pourquoi? Z’ont pas été assez sanguinaires?. Le communisme tue toujours.

    1. Pourquoi? Car la clique qui occupe le pouvoir politico-médiatique a été nourrie par le même florilège d’assassins et poursuit allègrement leur programme. On ne va quand même pas juger ses propres parents.

  3. Pétain était un disciple de Salazar en matière économique et sociale, c’est-à-dire un national social, notamment avec sa politique corporatiste destinée à faire collaborer les classes sociales entre elles, assez proche d’ailleurs de la position de l’Église à l’époque (cf. « Quadragesimo Anno »).
    Le Pen était, selon moi, plus proche de Mussolini.
    Quant à sa fille, elle s’est finalement gaullisée, sur une ligne assez proche de Zemmour, tous les deux étant des gaullistes que j’appelle « améliorés », dans le sens où ils ont la tête un peu plus à droite que de Gaulle, mais sans en avoir la classe, ni l’envergure!
    Quant à moi qui suis libéral national social, je crois qu’il faut surmonter tout cela en prenant le meilleur du lepénisme et du gaullisme libéral pour aboutir à ce que j’appelle le « hersantisme altruiste ».
    Cela augmente le potentiel des politiques et leurs chances de réussite.
    Pierre Godicheau
    Président de l’ALS.
    [email protected]

  4. Et ça ce dit premier sinistre ! Mais quel honte menteur , manipulateur, escrocs, voleurs, et surtout dictateurs voilas de quoi est composé la macronie ! Il faut impérativement virer cette bande de néfaste

  5. Comme stratégie elle aurait pu trouver mieux !! Ce qui prouve leurs incompétence et leurs déconnexion avec le « peuple »

  6. Cette intermittente de la politique devrait plutôt nous faire un point à date sur l’avancée claironnée récemment par son maître à savoir : où la Macronie se situe par rapport à l’objectif des 100 jours pour redresser la France ….

  7. Il faut se rendre à l’évidence, Élisabeth, cachée derrière un prénom de dame patronesse, n’est pas une délicate rose, non, elle préfère les dépasser les « bornes ».
    Élisabeth c’est plutôt tout dans l’excessif du style « socialo gros sabot vas-y que j’te tape dans l’dos ».
    La dentelle elle ne connaît pas Élisabeth, c’était en cours du soir, option à laquelle elle préféra le point 49.3.
    … « Premier ministre aura sauté sur l’occasion de se refaire une virginité à l’extrême gauche. », oui ben c’est raté !
    C’était tellement gros le coup du Pétainisme que Élisabeth, plus proche de la faucille et du marteau que de la rose fanée, a sauté sur sa propre mine !
    En fait, cachée derrière ses petites lunettes cerclées, et son air revêche d’institutrice du 19ème, siècle pas arrondissement, c’est une version de Mélenchon au féminin qui se dessine, car elle peut (pourrait) déclarer en tant que premier ministre : « la République c’est moi ! »
    Seulement la République qui est à l’Élysée lui a rappelé que ses façons de faire sont dépassées et improductives !
    Le gros coup du Pétainisme passé, la retraite remise sur le tapis, les oppositions regonflées à bloc, les français toujours vent debout, Liot, etc., Élisabeth ferait bien de rentrer dans le rang, de la faire plus en finesse, si elle veut continuer à jouer à la Dale de Matignon.

  8. Borne devrait s’appeler bornée. Elle n’est première que par sa fonction de ministre chef de gouvernement.

  9. Je ne comprendrai jamais la classe politique calomniée qui ne se rit pas haut et fort de ces stupidités éculées (Pétain ? il y a 80 ans, maintenant). Au moins, quand on rappelait le passé pétainiste de F. Mitterrand qui, lui, fleurissait la tombe de Pétain (carrément), c’était à l’époque moins ancien.
    La mollesse et la passivité des politiques calomniés de façon grossière est surprenante.

  10. Un peu d’histoire, Madame Borne ! Il est un lieu commun de tout d’abord rappeler 1) que les premiers compagnons du général de Gaulle réunissaient, à Londres, comme l’on dit, « la Synagogue et la Cagoule »…2) que l’une des forces motrices de la collaboration fut la gauche pacifiste « zimmerwaldienne » (du nom de la fameuse conférence qui eut lieu en septembre 1915 en Suisse), qui ne voulait plus de conflit après la « der des der »…3) qu’à part certaines figures de la droite, les personnages parmi les plus marquants du « pétainisme », furent Pierre Laval (radical socialiste), Marcel Déat (néosocialiste), Jaques Doriot (gauche du parti communiste) et…nous en passons ! 4) pendant ce temps, la résistance s’appelait d’Estienne d’Orves, de Lattre de Tassigny ou Leclerc de Hautecloque…5) que nombre des membres marquants du Front National (bien après !) étaient d’anciens résistants…et non des moindres, tel mon ami Jean-Jacques Plat, alias « Papy », glorieux membre du S. O. E. et qui fut souvent parachuté sur la France occupée…

  11. Il serait grand temps que nos politiques de tous bords cessent de s’exprimer sur des sujets qu’ils ne maîtrisent que très approximativement pour faire ce pour quoi on les a élus ou pourquoi ils ont été nommés : leur travail.

  12. En bonne polytechnicien, Borne a la tête farcie, mais est dénuée du moindre bon sens. Le RN héritier de Petain ? En 40, c’est une assemblée à majorité socialiste qui lui à voté les pleins pouvoirs. Son gouvernement était à majorité socialiste et son premier ministre (Président du Conseil), Pierre Laval, fusillé à la libération pour collaboration avec l’ennemi, était un membre éminent de la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière), grand mouvement socialiste s’il en était. Francois Mitterrand, premier président socialiste de la 5e république, a été jusqu’en 1943 un fidèle soutien de la politique du Maréchal qui pour le récompenser lui octroyait la Francisque au printemps de la même année, soit à peine un an avant le débarquement (il se fera oublier pendant quelques temps pour réapparaître plus tard en affirmant qu’il avait été « chef de maquis » pendant toute la guerre…). Une fois élu président, de il fera régulièrement porter chaque année une gerbe de fleurs sur la tombe de Petain à l’île de Ré, et entretiendra les meilleures relations avec Bousquet, auteur de la « rafle du Veld’hiv », jusqu’à la mort de ce dernier. Monsieur Thorez, secrétaire général du PC, fuyait à Moscou pour ne pas avoir à se battre, et monsieur Marchais se portait volontaire au STO pour travailler à fabriquer des Messerchmitt utilisés contre les alliés… Pendant ce temps, Le Pen, avait 16 ans à l’époque. Il voulait être résistant et tentait de gagner l’Angleterre mais se faisait jeter par les marins de La Trinité qui le trouvait un peu trop jeune pour faire la guerre… A part ça, selon l’inénarrable Élisabeth Borne, le « RN est héritier de Petain”… il est sûr que Macron ne risque pas de se débarrasser d’une telle première ministr : à côté d’elle il n’a aucun mal à paraître brillant.

  13. Borne reprend le refrain habituel de gauchistes qui font trembler la droite depuis plusieurs décennies et Marine le Pen fait gagner la gauche . L’on nous fait croire que le RN c’est du gaullisme laisser moi rire . Le RN sans MLP aura ses chances si il s’associe dans une Union des droites peu probable en France. Le R N reste une affaire familiale avec Bardella les intérêts personnels sont toujours source de conflits avec le bien commun depuis des décennies les LR en on fait les frais et ce n’est pas fini. L’ère gaullienne est révolue mais les phantasmes aiguisent les appétits personnels quelque soit les partis!!!

  14. Les « Macronistes » vont-ils encore nous servir longtemps cette soupe politicienne de bas étage ? Qu’ils cherchent avant tout a être « irréprochables » et de s’occuper des réels problèmes de la FRANCE ; économie ; immigration ; insécurité ; éducation , parce que pour ne citer que ces quatre catastrophiques problèmes qu’ils sont dans l’incapacité de résoudre ; trouvent un « sujet » pour occulter ces problèmes ,comme d’hab ils mettent la poussière sous le tapis ! Leurs pusillanimités n’est plus a démontrer .

  15. Ce n’est qu’un vulgaire plan de communication combiné supplémentaire
    1/ pour justifier que Macron s’en sépare très bientôt!
    2/ pour tromper l’électorat du RN
    Mais surtout, qui est le plus proche actuellement de l’Allemagne dominante et dominatrice et à la botte soumise de Von der Leyen?
    Macron ou le RN ?!

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