[POINT DE VUE] Élisabeth Borne, sitôt partie, déjà recasée ?

borne e

Les fins de règne sont un peu - vous l’avez remarqué - comme les obsèques : le principal intéressé n’a plus que des amis. Ainsi d’Élisabeth Borne, qui vient de quitter Matignon à l’heure où ces lignes sont écrites, sous les applaudissement (forcément) nourris de collaborateurs (forcément) éplorés. Ajoutons immédiatement à leur décharge que ce n’est pas rien, que de participer à une aventure gouvernementale, quel qu’en soit le niveau. Tous ceux - toutes « celles et ceux » - qui ont exercé des fonctions décisives, fût-ce brièvement, dans l’appareil d’État le savent bien et ne riront pas de ces larmes qui, pourtant, sembleraient presque nord-coréennes.

23 recours au 49.3 !

Sitôt partie, elle est autopsiée - enfin, sa politique. 602 jours à Matignon, 41 projets de loi adoptés, 23 recours au 49.3 (tout de même !), 31 motions de censure… Au-delà des chiffres, complaisamment listés par France Info, se pose la question de ce que va devenir le Premier ministre. Quand on a exercé de telles responsabilités (quoi que l’on pense d’un bilan que les lecteurs de BV seront nombreux à trouver catastrophique à juste titre), il est difficile de trouver autre chose. Manuel Valls avait essayé de se recycler, assez misérablement d’ailleurs, en Espagne. Édouard Philippe avait fait une sortie discrète, retournant sur ses terres du Havre pour mieux préparer un retour que d’aucuns jugent inéluctable. Jean Castex, lui, avait choisi assez curieusement la RATP.

Députée du Calvados

Où Élisabeth Borne va-t-elle aller après la lessiveuse de Matignon ? C’est elle-même qui a fourni la réponse : elle redeviendra députée du Calvados. C’est de là qu’elle vient. C’est ce qu’elle faisait avant. Les journalistes ont été nombreux à saluer dans cette simplicité une forme de grandeur, comme si Élisabeth Borne était une sorte de nouvelle Cincinnatus, retournant à son champ après avoir sauvé la république romaine en seize jours seulement. Seulement, il y a au moins deux petits problèmes, dans cette histoire. D’abord, Élisabeth Borne est restée près de deux ans en fonction et a échoué sur tout : sécurité, pouvoir d’achat, éducation, industrie… Il n’y a pas un domaine important - à l’exception, peut-être, du budget de la Défense, bien négocié par Sébastien Lecornu - dans lequel son gouvernement n’ait pas été nul. Elle n’a rien à voir avec l’austère dictateur romain, qui n’exerça le pouvoir que pour rendre service et partit sans un mot après un triomphe éclatant.

Le deuxième problème, lui, ne tient pas tant à sa personnalité qu’à un système de prébendes qui persiste dans un climat pré-insurrectionnel. Ainsi donc, il suffit à un ministre, fût-il le premier d’entre eux, de déclarer qu’il veut retrouver son siège de député, et hop ! Pas de galère comme en vivent tant de gens normaux, pas de chômage, pas d’incertitude. De liane en liane, les Bandar-log de la Macronie, trop malins pour tomber de la canopée, se rétablissent toujours ! Ce qui semble passer inaperçu est en réalité tout à fait scandaleux. Ces gens qui n’ont que la République à la bouche incarnent le pire d’un Ancien Régime lépreux et gangrené, rongé par l’entre-soi, pourri par l’immobilisme. Nous voici parvenus à l’âge dans lequel dégénèrent les aristocraties selon Châteaubriand : l’âge des vanités.

Oh, bien sûr, deux ou trois vieilles têtes vont tomber, deux ou trois nouvelles vont apparaître. On va mettre un petit coup de peinture sur les écuries d’Augias, mais le cas d'Élisabeth Borne, loin d’être isolé, montre à quel point de rupture nous en sommes arrivés.

Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

34 commentaires

  1. Seul un mouvement insurrectionnel du type « gilets jaunes » pourrait mettre des Bornes à un système totalemet corrompu…

  2. Elle pourrait co-présider la cour des comptes avec son copain socialiste Moscovici qui est aussi nul et dogmatique qu’elle.

  3. Et elle encore devra en rendre compte dans les urnes pour perdurer, à l’inverse de tous ces anciens collaborateurs de Hollande (ministres, chefs de cabinet, etc…) qui se sont vus octroyer un poste de président dans telle ou telle association « caritative » à un poste de président (e) , avec des émoluments et avantages extravagants à la limite du « honteux ». Et puis tous ceux propulsés dans des postes prestigieux mais sans finalité aucune (n’est ce pas M. l’ancien ministre de l ‘ EN) . Ne pleurez pas dans vos chaumières braves français , tous ces dirigeants éphémères ou inconnus ont reçu leur « bâton de maréchal ».

    •  » tous ces dirigeants éphémères ou inconnus ont reçu leur « bâton de maréchal ». En or massif, ça va sans dire.

  4. Jusqu’à quand va-t-on supporter ces inepties de parité?. Après Cresson, qui avait été une catastrophe, Borne en est une nouvelle (catastrophe). Pourtant son parcours avant (que j’ai un peu connu) n’avait pas été formidable. C’est rajouté à çà sa décision (auto-réjouissante) de fermeture de Fessenheim ! Toutes ne sont pas Tatcher ! Les israëliens avaient tenté l’expérience il y a longtemps avec Golda Meir. Ils n’ont jamais recommencé depuis.

  5. Voila pourquoi un chef d’entreprise, un Cadre , un ouvrier, aussi compétents soient ils, , ne seront jamais ministre car , quittant leur emploie pour assumer leur fonction, , EUX ne le retrouveront pas à la fin du mandat , ni ne seront recasés dans quelques sinécure ( sauf s’ils sont responsables syndicaux, mais là on reste dans l’entre soi )

  6. Je n’ai jamais compris pourquoi cette femme avait accepté à son âge de se mettre aux ordres d’un jeune président jupitérien et de subir ses ordres et son mépris .

    • Parce que c’est une fonctionnaire carriériste !…j’ai été cadre de la fonction publique pendant trente ans : j ‘ai pu voir ce genre de gens « fonctionner »….

  7. Cela fait trop longtemps que cela dure oui. Des A-R tranquilles entre les fonctions garanties des A-R tranquilles entre privé et public (dans beaucoup de pays quand on est élu on démissionne de sa fonction précédente mais pas dans l’armée mexicaine). La France est pourrie par son administration pléthorique quand je vois 800 personnes dans une ARS alors qu’on manque de soignants cela me révolte. BREF Bonne année à tous ceux qui lisent BV.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Revivez le Grand oral des candidats de droite

Les plus lus du jour

L'intervention média

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois