Ce 1er mars, Nicolas Sarkozy a été déclaré coupable de corruption et de trafic d’influence par le tribunal correctionnel de Paris. Il a été condamné à trois ans de prison, dont un an ferme. L’ancien président de la République a décidé de faire appel. Réaction au micro de Boulevard Voltaire de Philippe Bilger.

On vient d’apprendre la condamnation de Nicolas Sarkozy pour trafic d’influence dans l’affaire des écoutes. Que vous inspire cette décision tant sur le plan politique que sur le plan juridique ?

Je considère que ce n’est pas un coup de tonnerre. Je rêve d’une justice qui traite de la même manière les modestes, les riches ou les puissants. Cela n’appellera pas de la part de l’opinion ou des médias une sorte de stupéfaction indignée comme si le progrès n’était pas d’accepter que le judiciaire mette en cause les infractions qui peuvent être commises dans la vie politique.

Je m’en tiens uniquement à la parole judiciaire puisque je n’ai pas lu la décision. Je constate tout de même que les prévenus sont condamnés. Le jugement doit être probablement très long. Les réquisitions du parquet n’ont absolument pas été suivies dans leur plénitude. Par conséquent, le tribunal correctionnel a fait preuve, par rapport aux réquisitions, d’une sorte non pas d’indulgence, mais il a décidé que les sanctions requises étaient trop élevées. Je suis frappé de voir avec quelle arrogance les gens discutent de cette décision alors qu’ils ignorent totalement l’argumentation du tribunal et prétendent s’inspirer de l’État de droit. Aujourd’hui, il est condamné et demain, il fera appel. Contrairement à ce que l’on prétend, je ne réclame absolument pas la condamnation de Nicolas Sarkozy. Je considère que la judiciarisation de la vie politique, qui conduit la justice à s’intéresser à des infractions reprochées à des politiques de droite ou de gauche, ce n’est pas une régression de la démocratie mais une avancée de celle-ci.

Je suis frappé de voir à quel point ceux qui dénoncent la justice, notamment comme étant des structures politiques et partisanes, projettent eux-mêmes sur n’importe quelles décisions concernant Nicolas Sarkozy un regard politique et partisan.

Parler d’acharnement judiciaire commence à être agaçant. On ne parle pas, avec Nicolas Sarkozy, de quelqu’un qui sort d’une virginité politique ou d’un angélisme judiciaire. À un certain moment, il a eu la bagatelle de sept, huit, neuf procédures. C’est un procès politique dans la mesure où, lorsqu’on traduit devant un tribunal correctionnel un ancien Président, son avocat et un magistrat dévoyé, on peut dire que c’est évidemment politique. Ce n’est pas politique au sens où cela consisterait à récriminer le PNF, le ministère public et le tribunal lui-même d’avoir délibérément et malicieusement condamné Nicolas Sarkozy pour l’empêcher de poursuivre sa carrière politique. Vous aurez remarqué que la décision du tribunal, au moins théoriquement, ne le lui interdit pas.

Quelle que soit l’issue judiciaire, cette condamnation sonne-t-elle le glas de la carrière politique de Nicolas Sarkozy ?

La promesse de République irréprochable n’a jamais tenu. Un certain nombre d’infractions ont surgi de son quinquennat et des suites du quinquennat. Un homme politique n’est jamais mort. J’avais tendance à le croire lorsqu’il disait qu’il n’avait pas l’intention de revenir malgré le désir de certains LR. À mon avis, il continuera à avoir une très grande influence, bonne ou mauvaise, au sein de sa famille politique en continuant peut-être à cultiver cette étrange complicité avec Macron. Je ne parierai pas sur son retour en politique pour la présidentielle de 2022.

1 mars 2021

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