Editoriaux - Histoire - Justice - Politique - Sport - 15 juin 2018

Pétition de soutien à Tariq Ramadan : est-ce de l’humour anglo-saxon ?

En France, la pétitionnite n’est pas loin de faire figure de sport national. Mais, cette fois, nos agités du stylo ont passé leur tour, laissant le soin à leurs homologues étrangers, anglo-saxons en majorité, d’assurer la défense de l’islamologue Tariq Ramadan, toujours en prison à suite de plusieurs plaintes pour viol.

Et les signataires du texte en question de se demander : “M. Ramadan a-t-il bénéficié de l’égalité de traitement tant appréciée par la France, alors que des personnalités politiques de haut rang, accusées de faits similaires, continuent de bénéficier de leur liberté de mouvement ?” Des « personnalités politiques de haut rang »… mais lesquelles ? La pétition ne le dit pas.

On imagine que Dominique Strauss-Kahn est dans la ligne de mire. Mais les faits qui lui ont été reprochés en France, durant la croquignolette affaire du Carlton de Lille, ne faisaient pas référence à des viols mais à une complicité de proxénétisme plus ou moins organisé ; ce dont il a été déclaré non coupable, à la suite d’un procès tenu en bonne et due forme. Il est donc parfaitement normal que l’ancien ministre puisse, aujourd’hui, jouir de sa « liberté de mouvement », si l’on peut dire en la circonstance. L’accusation des pétitionnaires ne tient donc pas la route.

Ensuite, se poser la question de la pertinence d’une détention préventive de Tariq Ramadan est parfaitement licite. Que gagne la justice à le maintenir dans une de ces prisons à juste titre données pour surpeuplées ? On sait qu’en cas de libération, minces sont les chances de le voir braquer une banque et même de se livrer à l’un de ces prêches en milieu hôtelier dont il était jusqu’alors coutumier et qui n’entretenaient, semble-t-il, que de lointains rapports avec la théologie islamique. Tout cela peut, évidemment, se discuter.

Tout comme peut aussi se discuter ce tropisme anglo-saxon consistant à continuellement mettre la France en accusation, que ce soit pour son histoire ou, en l’occurrence, sa conception de la laïcité. Cela, même Bernadette Sauvaget, de Libération, semble s’en rendre compte : “Depuis le vote en 2004 de la loi interdisant le port du voile à l’école, la France est très décriée dans les pays anglo-saxons, suspectée d’avoir une attitude néocoloniale discriminante à l’égard de sa population musulmane.”

Nous y voilà, et ce texte, loin de prendre la défense d’un intellectuel musulman qui, de toute manière, s’est déjà largement puni tout seul – quelle que soit l’issue du procès, sa carrière universitaire et son autorité religieuse seront réduites à néant –, c’est une fois encore la France qu’on met dans le box des accusés. Le cinéaste Ken Loach, l’un des signataires de cette pétition, nous avait habitués à plus de discernement. Un discernement qui ne paraît pas, non plus, être la marque de fabrique d’Amina Wadud, féministe afro-américaine très en pointe dans les théories du genre, mais qui, là, n’est manifestement pas gênée par la personnalité de son nouveau protégé, dont le moins qu’on puisse prétendre est qu’en matière d’hétérosexualité militante, il aura donné d’indéniables gages.

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