Le 26 juillet 2016, pour la première fois depuis la Terreur, un prêtre était tué au pied de son autel en célébrant la messe. Cet acte était commis sur un inoffensif vieillard de 86 ans, ami des musulmans, naïf et bon, qui aurait sans doute protesté contre tout discours lucide à propos d’une idéologie qui porte en elle la haine des chrétiens.

Ce jour-là, la foule a envahi la place de la cathédrale à Rouen pour un hommage spontané d’où perçait la colère. Ce jour-là, nous nous sommes demandé si, enfin, les Français prendraient conscience que l’islam s’attaquait à ce qui constitue le fondement de notre civilisation. La réponse, hélas, fut la résignation. À l’image de celle de l’Église, en dépit des mots forts de l’archevêque de Rouen qui, lors de la messe d’inhumation, a enfin prononcé le mot que beaucoup attendaient : martyr.

Jacques Hamel est un martyr. Mort violemment, par haine de la foi. Pour les chrétiens, cela seul compte. Le reste, ce sont les larmes de crocodile du CFCM – « Aujourd’hui, nous sommes tous catholiques » – et les incantations magiques à la République prononcées par tout ce que Saint-Étienne du Rouvray a vu défiler de personnalités.

Ce 26 juillet 2020, c’est le nouveau ministre de l’Intérieur et des Cultes, Gérald Darmanin, qui s’y est collé. Son discours n’a déçu personne puisque personne n’en attendait rien. Bien sûr, nos évêques ont participé à la cérémonie aux côtés des édiles communistes de la ville, avant d’emmener le petit Darmanin, masqué, à la messe. Et, tandis que le Premier ministre réussissait l’exploit – désormais presque banal – de tweeter sans écrire le mot « islamiste », l’opportuniste ministricule s’est fendu d’une déclaration qui sent bon la récupération politicienne.

« L’assassinat du père Hamel n’a pas touché que les chrétiens, il a touché toute la France en son cœur et en son esprit. […] Mettre à mort un prêtre, au cœur d’une des églises qui composent le long manteau des édifices qui rythment depuis bien longtemps les paysages de notre pays, au point qu’ils se confondent avec elle, c’est tenter d’assassiner une partie de l’âme nationale. » On dirait du Philippe de Villiers, le style en moins.

« Non, nous n’oublions pas que le père Hamel est mort sous les coups de la barbarie la plus infâme et la plus aveugle, celle commise au nom d’une idéologie meurtrière […] nous n’oublions pas qu’il fut tué par la barbarie islamiste. »

De la part d’un membre du gouvernement le plus mondialiste que la France ait jamais connu, c’est du grand art. Mais qui se laissera prendre ? La population ? Elle est anesthésiée. L’Église ? Elle répond déjà : « Le père Hamel aussi était frère de tous les hommes, auprès de la population ouvrière et émigrée de Saint-Étienne-du-Rouvray », selon le père Vigouroux, chancelier du diocèse. Les électeurs de droite ? Quelques gogos s’y laisseront prendre. Bref, pas grand monde.

Ces propos seraient séduisants s’ils étaient sincères. Bien sûr que mettre à mort un prêtre touche particulièrement la France. Bien sûr qu’il est mort sous les coups de la barbarie islamiste. Mais que fait le régime pour que la France reste ce qu’elle est ? Pour qu’elle honore son blanc manteau d’églises sans y voir le folklore du passé ? Pour lutter contre la barbarie islamiste qui prospère au cœur de nos villes ? Pour lutter contre ce fameux ensauvagement de la société justement dénoncé par le même Darmanin ?

Rien. Qu’y peut le petit Darmanin ? Il ne connaît ni le ni l’islam. Il n’est que le rouage d’une machine qui le nourrit bien. Qu’est-ce que la France, pour ces gens-là ? Une abstraction un peu désuète qu’on abreuve de beaux discours.

Et si la République, qui a laissé prospérer ses assassins sur le terreau du relativisme, nous fichait la paix avec le père Hamel ?

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