Patrimoine : la destruction du Pavillon des Sources doit débuter le 8 janvier

Marie Curie et ses filles à l'Institut du radium en 1916.
Marie Curie et ses filles à l'Institut du radium en 1916.

Le compte à rebours est lancé pour le Pavillon des Sources, dont la démolition doit commencer le 8 janvier. Derrière ce nom qui fait songer à une ville thermale ou à un chapitre de Pagnol, c’est un petit bout de Paris, entre Panthéon, Val-de-Grâce et Luxembourg, qui va passer à la moulinette. Un morceau d’Histoire scientifique, aussi. Marie Curie, sa fille Irène et son gendre Frédéric travaillèrent dans l’Institut du radium dont ce pavillon faisait partie. Les sources en question, ce sont les sources… radioactives. Propriétaire des lieux, l’Institut Curie veut bâtir là un immeuble de bureaux bien plus haut qui empiétera aussi largement sur le jardin. Un jardin que Marie Curie entretint elle-même et où elle aimait se reposer.

On doit à Baptiste Gianeselli, véritable lanceur d’alerte en matière de patrimoine parisien, d’avoir levé ce lièvre, et à des associations comme Paris Historique, la Commission historique du Vieux-Paris, SOS-Paris d’avoir relayé l’alerte. Sans oublier France Nature Environnement, qui entend défendre le jardin et ses arbres. Mais, côté institutions, la direction de l’urbanisme de la ville de Paris a donné son autorisation au permis de construire (qui est d’abord un permis de détruire) et le ministère de la Culture, seul habilité à bloquer le processus par une décision d’instance de classement, est aux abonnés absents.

Un haut lieu de la recherche

Certes, l’ancien Institut du radium, à l’angle de la rue d’Ulm et de la rue Pierre-et-Marie-Curie, n’est pas classé. Mais, construit entre 1911 et 1914, il ne mérite pas pour autant d’être défiguré par une amputation aussi importante, suivie d’une greffe envahissante. Le pavillon est radioactif, mais jusqu’à maintenant, cela n’avait pas vraiment dérangé l’Institut Curie, et la partie qui forme l’actuel musée Curie n’était pas non plus exempte de radioactivité…

À l’époque où l’Institut du radium commence à fonctionner, Marie Curie est déjà doublement nobelisée, avec son mari (prix Nobel de physique 1903) puis seule (Nobel de chimie 1911). Pendant la guerre, elle forme des assistantes en radiologie qui iront aider les médecins au plus près du front. Elle a l’idée d’équiper une vingtaine de voitures destinées à la radiologie de guerre - surnommées « les petites Curies » -, elle remue les bureaucrates civils et militaires pour les imposer et en conduit une elle-même quand l’urgence le demande. Femme de laboratoire, Marie Curie ? Femme de terrain aussi.

Devenue son assistante, sa fille Irène travaille à l’Institut du radium et y rencontre celui qui deviendra son mari. Irène et Frédéric Joliot-Curie seront Nobel de chimie en 1936. Une famille à cinq prix Nobel, ça se respecte ! Comment l’Institut Curie n’a-t-il pas la piété d’entretenir l’ensemble, plutôt que de le malmener ?

L’Institut Curie rentabilise l'espace

Lors d’un récent Conseil de Paris, raconte Didier Rykner (La Tribune de l’Art), le premier adjoint Emmanuel Grégoire, repoussant le vœu de classement de l’opposition, s’est retranché derrière le fait que le projet est privé (cela autoriserait tout ?) et a repris les arguments d’un communiqué de l’Institut Curie « multipliant les affirmations mensongères ou approximatives ». Contacté par BV, l’institut Curie n’a pas donné suite à notre demande.

Une question écrite de la sénatrice Catherine Dumas (LR) à Rima Abdul-Malak, ministre de la Culture, est restée sans réponse. D'après France Culture, une demande de classement a été déposée par Rachida Dati, maire du VIIe arrondissement, et Anne Biraben, conseillère de Paris, auprès du ministère de la Culture.

En 2016, Renaud Huynh et Adrien Klapisz saluaient la préservation des « trois bâtiments qui constituent l’ancien Institut du radium, le pavillon Curie (dans lequel se trouve le musée), le pavillon Pasteur et le petit pavillon [le Pavillon des Sources] », et ce, « malgré l’absence de protection juridique au sens strict ». Mais ils avaient un pressentiment : « La communauté scientifique privilégie l’efficacité, la production scientifique, l’avenir et l’innovation, au détriment parfois de la préservation de la mémoire du passé. » Et, une fois de plus, les défenseurs du patrimoine crient dans le désert.

Samuel Martin
Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

20 commentaires

  1. Est-ce encore Big Pharma qui est derrière cette destruction pas nécessaire, mais voulant effacer tout ce qui est histoire et culture francaises?

Commentaires fermés.

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