Pacte migratoire européen : la grande redistribution des migrants

Présenté comme une réponse à la crise migratoire, le Pacte européen entre en vigueur sous tension.
@Commander, U.S. Naval Forces Europe-Africa/U.S. 6th Fleet/Wikimedia Commons
@Commander, U.S. Naval Forces Europe-Africa/U.S. 6th Fleet/Wikimedia Commons

Après deux années de préparation, le Pacte européen sur la migration et l'asile est entré officiellement en application ce 12 juin. Adopté en mai 2024, cet ensemble de neuf règlements et d'une directive vise à harmoniser la politique migratoire de l'Union européenne.

Sa mesure phare repose sur un mécanisme de « solidarité obligatoire ». Chaque année, les États membres devront participer à l'effort collectif soit en accueillant une partie des demandeurs d'asile arrivés dans les pays de première entrée (3.000 pour la France, la première année), soit en apportant une contribution financière. L'objectif affiché est de soulager les pays méditerranéens, notamment l'Italie, la Grèce ou l'Espagne.

La solidarité obligatoire, pierre angulaire du système

Pour Bruxelles, cette réforme doit permettre une meilleure répartition de la charge migratoire. Les pays refusant d'accueillir des demandeurs d'asile pourront s'acquitter d'une compensation financière estimée à environ 20.000 euros par migrant refusé.

Une philosophie rejetée par Fabrice Leggeri, député RN au Parlement européen et ancien directeur de Frontex interrogé par BV. « Nous estimons que ça attaque totalement la souveraineté nationale. C'est à chaque État de décider s'il a envie ou non de traiter des demandes d'asile », explique-t-il.

Pour ses opposants, le Pacte ne cherche pas à réduire l'immigration mais à mieux la répartir sur le continent. Comme le résume l'eurodéputé, « quand les Européens réclament des frontières protégées, la Commission européenne organise la répartition des migrants jusque dans nos villages et nos campagnes ».

Plusieurs États préfèrent payer plutôt qu'accueillir

La Hongrie a annoncé son refus catégorique du mécanisme. La Pologne, la Slovaquie et plusieurs pays d'Europe centrale ont également exprimé leur hostilité au système de relocalisation. Certains gouvernements préfèrent assumer une contribution financière plutôt que d'accepter de nouveaux migrants sur leur territoire.

Cette opposition met en lumière l'une des principales fragilités du Pacte : son efficacité dépend largement de la volonté politique des États. Sans adhésion réelle des gouvernements nationaux, la solidarité européenne risque de demeurer théorique.

Fabrice Leggeri dénonce, également, le mécanisme financier prévu par le texte. « Ils appellent ça solidarité. En fait, c'est une pénalité », juge-t-il, à propos des 20.000 euros réclamés pour chaque migrant refusé.

Une France loin d'être prête

La situation française illustre les difficultés de mise en œuvre. Dans une circulaire adressée aux préfets le 10 juin, le ministère de l'Intérieur reconnaît que l'entrée en vigueur du Pacte bouleverse profondément le droit applicable. Le texte précise même qu'à compter du 12 juin, le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), principal texte régissant l'immigration en France, ne pourra plus être considéré comme une référence fiable dans plusieurs domaines, faute de mise en conformité législative complète.

« On estime que 40 % du CESEDA est affecté par les nouvelles normes qui vont entrer en vigueur et, pour autant, il y a plein de choses qui ne sont pas prêtes », observe, auprès de BV, Nicolas Pouvreau-Monti, directeur de l'Observatoire de l'immigration et de la démographie.

L'ancien directeur de Frontex pointe lui aussi les contradictions du gouvernement : « Les macronistes ont présenté ça comme la solution à tous les maux. Mais ils n'ont pas préparé en droit national ce qu'il fallait. »

Parmi les principales nouveautés figure la mise en place d'une procédure d'asile à la frontière, incluant un filtrage sanitaire et sécuritaire des migrants avant l'examen de leur demande. Mais là encore, des zones d'ombre subsistent. Nicolas Pouvreau-Monti évoque « un risque de brèche juridique » concernant le maintien des migrants dans les zones d'attente, la France n'ayant pas encore adapté certaines dispositions nécessaires à l'application du Pacte.

Le règlement « Retour », déjà un changement de logique

Reste une interrogation majeure : celle des expulsions. Car si le Pacte organise l'accueil et la répartition des demandeurs d'asile, son efficacité dépendra largement de la capacité des États à éloigner les déboutés.

C'est tout l'enjeu du règlement « Retour », adopté par le Parlement européen en avril dernier et qui doit encore être définitivement validé. Pour Nicolas Pouvreau-Monti, ce texte constitue même un aveu des limites du Pacte : « Le règlement "Retour" est le signe que le Pacte sur la migration et l'asile est déjà dépassé avant même d'être appliqué. » Selon lui, « le Pacte sur la migration et l'asile a pour ambition de répartir les migrants, alors que le règlement "Retour" cherche plutôt à en faire repartir un certain nombre ».

L'Europe promet désormais un système complet : répartir les migrants, accélérer l'asile et expulser les déboutés. Mais au moment où le Pacte entre en vigueur, plusieurs États contestent déjà ses principes, tandis que la France peine encore à adapter son propre droit. Derrière la promesse d'une meilleure maîtrise des flux migratoires, le débat reste entier : l'Union européenne reprend-elle réellement le contrôle de ses frontières ou organise-t-elle simplement une nouvelle répartition des migrants sur son territoire ?

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 14/06/2026 à 15:47.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

65 commentaires

  1. en toute logique, la France devrait toucher de l’UE 20 000€ pour chaque migrant au delà de 3 000

  2. Ce n’est pas très courtois d’entasser autant de cadres, de médecins, d’ingénieurs, de spécialistes du nucléaire et d’autres universitaires de haut niveau sur ce petit bateau.

  3. Encore de l’enfumage.L’europe ne voit-elle pas ce qui se passe en irlande et en grande bretagne ou le peuple ne supporte plus l’immigration massive qu’on lui impose?Qu’attendent -ils ,que la guerre civile soit déclarée pour prendre des mesures de bon sens.Qui souhaite cette submersion et la disparition des peuples européens?Qui dirige l’europe?

  4. Je répète que les 3.000 migrants que l’UE veut nous fourguer dans le cadre du Pacte migratoire européen, c’est de la babiole par rapport à notre problème intérieur d’invasion migratoire.
    Démonstration : en 2025, 145.211 demandes d’asile ont été déposées et enregistrées à notre OFPRA (réfugiés et apatrides). Sur ce total, l’OFPRA et la CNDA (juridiction d’appel) ont attribué 78.782 asiles soit 54,25 %. 66.429 dossiers de demande d‘asile soit 45,75 % ont été rejetés, à savoir 22,14 fois plus que les 3.000 migrants du Pacte européen !
    Suite à ces refus d’asile, les demandeurs déboutés ont l’obligation de quitter le territoire français. Mais comme ces candidats à l’asile ne sont pas des criminels et comme la France n’a pas les moyens juridiques, ni financiers, ni matériels de les reconduire à l’étranger, ces 66.429 migrants restent illégalement dans notre accueillant pays ad vitam aeternam. On les retrouve porte de la Chapelle et ailleurs.
    Je le redis : la France doit s’occuper de l’essentiel, pas de l’accessoire.

    • Au delà des 3000 migrants qui nous seraient attribués, ce nouveau texte européen ne donnera-t-il pas à la France les moyens a minima juridiques pour reconduire à l’étranger tout ou partie de ces 66.429 migrants rentrés illégalement dans notre pays et ayant fait l’objet d’une OQTF ?

      • Thierry Deneux bonjour,
        Même si la Directive Retour liée au Pacte migratoire européen renforçait les moyens juridiques d’expulser un migrant illégal ou dont la demande d’asile a été rejetée, cela n’aurait quasiment aucune influence sur le nombre de refoulements, car cela nécessite à chaque fois la délivrance par le pays d’origine d’un laissez-passer consulaire individuel pour le retour.
        Or, comme le souligne le sénateur Stéphane Demilly (UC) dans sa question écrite du 3 avril 2025 au ministre de l’intérieur : « En 2023, 96 % des annulations d’éloignement s’expliquent par ces refus de délivrance de ces laissez-passer. Même si ces refus émanent de divers pays comme la Russie, la Libye, la Syrie ou encore l’Afghanistan, la plupart émane des autorités des pays du Maghreb, à commencer par l’Algérie ».
        Dans sa question, ce sénateur rappelle que sur les 381.000 OQTF prononcées en 2019, 2021 et 2022, 47.625 OQTF (12,5 %) ont été exécutées. Cela signifie qu’inversement pour ces seules 3 années, 333.375 migrants (87,5 %) visés par une OQTF n’ont pas pu être expulsés et sont restés en France de façon irrégulière.
        En conséquence, quelle que soit notre législation applicable, la France est soumise au bon vouloir ou plutôt à la mauvaise volonté des Etats d’origine (essentiellement maghrébins et africains) lesquels bloquent les retours dans 96 % des cas, ceci équivalant à une impossibilité d’exécuter les OQTF.
        Il appartient à la France de prendre de sévères mesures de contrainte et rétorsion à divers niveaux pour obliger les pays d’origine récalcitrants à reprendre leurs ressortissants.

  5. Ce nouveau texte européen ne réglera certes pas du jour au lendemain le problème de l’immigration. Il restera incontournable de contrôler, maitriser les flux d’entrée, en particulier les flux illégaux ! Le règlement « Retour » marque cependant déjà un changement de logique : c’est un point >0 qu’il faut souligner … Aujourd’hui, moins de 10% des OQTF en France sont réellement mises en œuvre… Pour sortir de cette faillite, pourra changer concrètement avec ces quelques mesures décisives prises par ce nouveau texte :
    Fin du délai de retour volontaire laissé obligatoirement à un migrant illégal
    Augmentation des délais de rétention, de 70 jours à deux ans
    Rétention sans durée maximale pour un étranger en situation irrégulière présentant un risque pour la sécurité
    Rétablissement du délit de séjour irrégulier pour permettre d’identifier et démanteler les réseaux de passeurs
    Création de centres de retour hors d’Europe pour contourner les États qui refusent de reprendre leurs ressortissants
    Fin de l’effet suspensif des recours en justice
    Interdictions de retour en Europe pour des étrangers ayant commis des délits ou des crimes
    Suspension des visas ou de l’aide au développement pour les États qui ne coopèrent pas contre l’immigration illégale.

    • Je ne vois pas pourquoi nous devons assurer le gîte, couvert et soins gratos à des gens indésirables durant 2 ans.
      Cette retention est une hérésie pour les finances publiques.
      La formule doit être retour immédiat, y compris par parachutage.
      Marre de cette racaille.

  6. Il n’y a pas si longtemps, des bobos gauchistes parisiens, caste connue porteuse et dispensatrice de la bonne parole, refusaient l’installation d’une supérette en bas de leur immeuble… Mais « ceux qui ne sont rien » auraient le toupet de refuser la cohabitation forcée avec des migrants dont les croyances et les moeurs leurs sont absolument étrangers ? Quel manque de coeur.

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