Editoriaux - Justice - 14 septembre 2019

« On rentre à Levallois ! »

C’était la célèbre phrase prononcée par les chauffeurs de taxi russes, ces Russes blancs qui avaient fui leur pays pour venir s’installer en France après la révolution de 1917. Patrick Balkany ne prendra pas de taxi pour rentrer à Levallois ce soir. On l’a conduit à la prison de la Santé sous les caméras, il ne manquait que les crachats et les huées de la foule. Certes, le couple Balkany en a « fait beaucoup ». Mais, à ma connaissance, ils n’ont assassiné personne, n’ont pas violé qui que ce soit ni tué des passants ou des automobilistes sous l’empire de l’alcool ou de la drogue, encore moins envoyé de jeunes soldats se faire tuer dans des conflits inutiles.

Bon, ils ont un peu fraudé le fisc ; ils l’ont d’ailleurs reconnu.

Les habitants de Levallois-Perret sont, de l’avis unanime, des gens heureux qui vivent tranquillement dans une ville sûre, belle et dotée de nombreux équipements culturels, scolaires, sportifs… Et puis Balkany, il a été élu, réélu, re-réélu et serait certainement à nouveau élu s’il n’avait pas été condamné. Toutes proportions gardées, il y a quelque chose de Downton Abbey à Levallois.

La ville est très endettée, et alors ? S’il s’agit d’un endettement lié à des investissements et non à du fonctionnement (comme la dette de l’État français qui gonfle sans cesse), est-ce bien grave ? Un simple regard sur les chiffres officiels montre que cette dette diminue régulièrement chaque année…

Je ne sais pas ce qui m’a pris, cet après-midi, de rester scotché devant ma télé : ce n’était qu’un flot de haine et de méchanceté envers ce couple qui a, pourtant, donné du bonheur aux gens, du bonheur de vivre. Dupond-Moretti avait raison de dire qu’« on s’est payé les Balkany », un couple de juifs « bon teint » qui plus est – le père de Balkany est un rescapé d’Auschwitz. Je suis trop jeune, ou pas assez vieux, pour avoir connu l’après-guerre et ses horribles règlements de comptes, mais je n’ai pu m’empêcher de penser à ces scènes de femmes tondues et humiliées à vie en public, alors que leur seul crime était l’amour.

Il ne « fait pas bon » être une trop forte personnalité dans ce qu’il reste de notre pays : Nanar l’a payé, Carlos Ghosn l’a payé, Balkany le paye à son tour tout comme bon nombre de personnalités, de Zemmour à Patrick Sébastien, dont on a supprimé l’émission, ou même Zineb El Rhazoui, qui ne peut circuler sans garde du corps… Il règne, en France, une atmosphère absolument nauséabonde : gare à celle ou celui qui « bouge une oreille », elle ou il sera impitoyablement châtié au nom de ce puritanisme hypocrite venu d’outre-Atlantique.

Balkany dormira en prison ce soir, tandis que Richard Ferrand ira peut-être dîner à l’Élysée ou à Matignon chez ses plus fervents soutiens.

Non, décidément, je ne me sens pas bien ce soir, et je pense ne pas être le seul.

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