Economie - Editoriaux - 14 septembre 2019

Retraites : est-il possible de spolier une partie des Français sans qu’ils râlent trop ?

Nicolas Canteloup caricature à merveille le Premier ministre. Il l’imite en train de donner des explications sans queue ni tête et quand Mme Sublet déclare « Je ne comprends rien, Monsieur le Premier ministre », le faux Édouard Philippe avoue « Moi non plus ». Hier, sur TF1, M. Philippe a imité à la perfection M. Canteloup. Unique point concret qui ressort des cinq minutes où il a parlé : la future réforme des retraites sera « juste ». En réalité, M. Philippe était embarrassé : comment annoncer aux Français que cette réforme va dépouiller une bonne part d’entre eux (avocats, enseignants, fonctionnaires territoriaux, cadres supérieurs, roulants de la SNCF et de la RATP, peut-être personnels de santé) ? Le système actuel est, concédons-le, un peu injuste, mais quasiment à l’équilibre ; il ne manque que dix milliards (0,4 % du PIB) pour qu’il n’y ait pas de déficit jusqu’en 2040. Si le gouvernement avait suivi l’ancienne politique, les ajustements seraient passés quasiment inaperçus. Les prédécesseurs de M. Macron ont eu le mérite d’avoir réglé le problème des retraites.

Tout n’est pas réglé en détail, mais si on regarde tous les articles parus (Les Échos, Forbes), le pouvoir a plusieurs objectifs en tête : supprimer tous les régimes spéciaux (sauf militaires et policiers), rogner les avantages des personnels de santé, spolier les fonctionnaires (surtout les enseignants, qui passeront de 3.000 € à 2.300 € mensuels, au mieux) en les alignant sur le privé et s’attaquer aux cadres en baissant le plafond de la Sécurité sociale de 320.000 € à 120.000 € (ces derniers cotiseront moins, mais recevront bien moins et seront largement perdants).

On peut considérer, avec le gouvernement, que les deux premiers objectifs sont éthiques et justes, que toucher 3.000 € mensuels en retraite est indécent et que, désormais, le maximum se situera à 2.300 €. Mais M. Philippe devrait l’avouer franchement sans mentir et assumer sa politique sans essayer de noyer le poisson, comme il l’a fait jeudi soir. Il faut, surtout, que toutes les cartes soient sur la table avant une élection majeure (législative ou présidentielle) pour que le peuple approuve ou pas. Néanmoins, cela ne suffira pas : la suppression des charges sociales et leur basculement vers la CSG, qui a diminué les pensions de retraités de 1,9 %, était annoncée avant la présidentielle, mais elle a nourri l’impopularité du pouvoir et l’insurrection des gilets jaunes au point que le gouvernement a dû faire machine arrière en partie.

Beaucoup de points de la réforme restent flous, mais les perdants seront sans nul doute nombreux. Qui acceptera sans lutter de perdre 23 % de sa retraite (les enseignants) ou de travailler cinq ans de plus (comme les roulants de la RATP et de la SNCF) ? Le gouvernement et son prédécesseur ont réussi, tous les deux, à imposer quelques changements cosmétiques dans le Code du travail et l’organisation de la SNCF, malgré un mouvement social d’ampleur, car les salariés ont vite compris que les prétendues réformes étaient marginales et ne changeaient rien ou presque. En revanche, les pouvoirs précédents ont été incapables de modifier les régimes spéciaux (injustes ?) et ont capitulé devant les syndicats. Je prends le pari qu’il en sera de même avec la réforme des retraites proposée par M. Macron. Un gouvernement de professionnels éviterait une inutile épreuve de force.

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