“On ne peut que se féliciter du retour des dispositifs d’excellence !”

SOS Éducation se réjouit des aménagements de la réforme des rythmes scolaires et de la réforme du collège apportés par le nouveau ministre, M. Blanquer. M. Mongin se félicite aussi de la méthode employée, pragmatique, et de son souci de dépasser les clivages idéologiques artificiels.

On s’était beaucoup mobilisé contre la réforme du collège, en particulier, contre la suppression des classes bilangues, des classes européennes et l’abrogation des langues anciennes, même si le ministère était revenu partiellement sur cette abrogation.
On ne peut donc que se féliciter de la possibilité qui est donnée aux établissements de revenir sur ces dispositifs. Il s’agissait de dispositifs d’excellence qui permettaient notamment de maintenir une certaine attractivité pour des établissements qui sinon étaient bien désaffectés. Sur le fond, on est donc très content. On note aussi que la forme est assez intelligente.

Le ministère n’a pas rallumé une guerre autour de cette réforme. Il a simplement introduit, comme il va le faire aussi sur la réforme des rythmes scolaires, des mesures de flexibilité qui permettront aux établissements scolaires qui le souhaitent de s’affranchir du carcan de la réforme.

Ensuite, là où le précédent dispositif marchait bien, il n’y a pas de contrainte qui est imposée.
Cela va dans un sens qui nous paraît très vertueux. C’est-à-dire qu’il faut faire ce qui marche en fonction des besoins locaux, en fonction des charismes des équipes éducatives en place. Il faut ensuite laisser les bonnes pratiques se diffuser par capillarité et simplement évaluer ce qui se passe à la fin.

On est donc vraiment dans une approche qui est beaucoup plus pragmatique et beaucoup moins idéologique. Cela nous semble tout à fait aller dans le bon sens.

Au fond, c’est plus d’autonomie pour les écoles.

Tout à fait, d’ailleurs, c’est ce que le ministre a dit.
Il a dit: “moi, je ne ferai pas une loi Blanquer, mais j’introduirai des marges de liberté pour réoxygéner le système et pour pouvoir le piloter intelligemment par l’évaluation en faisant confiance aux acteurs et en les responsabilisant”.
Effectivement, c’est par là qu’on va regagner de l’efficacité.

Le ministre a notamment dit que pour lui le principal contrat d’objectif pour les jeunes élèves était de savoir lire, écrire et compter. Il y a toujours ce vieux débat entre la méthode globale et la méthode syllabique.
Est-ce que vous espérez qu’on va peut-être assister à une fin de la méthode globale ?

En théorie, la méthode globale est interdite depuis maintenant une quinzaine d’années.
On voit cependant qu’elle est de fait encore utilisée à travers ses dérivées. C’est ce que l’on appelle les méthodes semi-globales ou idéovisuelles dans à peu près 95 % des classes de CP.

Le ministre a été plusieurs fois sensibilisé au fait que les approches véritablement analytiques, véritablement syllabiques étaient les plus efficaces. C’est vrai en particulier avec les élèves qui ont le plus de difficultés et le plus petit bagage en terme de vocabulaire.

Le problème de la méthode globale au fond est que si vous ne connaissez pas le mot, vous ne pouvez pas le deviner. Alors qu’avec la méthode syllabique, vous pouvez déchiffrer le mot, même si vous ne le connaissez pas, et ensuite accéder au sens.

Il me semble que le ministre lui-même est complètement sensibilisé à cela. Il sait par ailleurs parfaitement que les sciences cognitives ont définitivement tranché en faveur des méthodes syllabiques.

Mais là encore, il a une approche très intelligente en ne voulant pas rallumer une guerre des méthodes. Il dit juste : “Évaluons et faisons en sorte que 100 % des élèves à la sortie du CP sachent lire”. Si un instituteur réussit très bien avec une méthode d’inspiration semi-globale, il n’y a pas de raison de lui imposer une méthode avec laquelle il réussira peut-être moins bien parce qu’elle est plus syllabique.
Là encore une approche pragmatique nous parait la plus intelligente et cela évitera la levée de boucliers qu’on a pu connaître lorsque Gilles de Robien avait tenté en 2005, de manière très centralisée et jacobine, d’imposer la méthode syllabique urbi et orbi.

À entendre les premières décisions de M. Blanquer et les premières réactions comme la vôtre, on a l’impression qu’il y a une espèce de désidéologisation de l’Éducation nationale…

En tout cas, c’est son approche.
Je ne sais pas si on peut complètement désidéologiser la question éducative.
Le simple fait qu’on veuille sortir de l’idéologie, c’est déjà un parti pris idéologique dans une certaine mesure.
Ceux qui considèrent que l’école est justement là pour conditionner un certain nombre de citoyens, un certain nombre de réflexes civiques chez l’enfant, ceux-là ne se retrouvent pas dans l’approche de Blanquer.
On sait que les milieux dits pédagogistes sont méfiants à son endroit.
Il est effectivement dans une approche très pragmatique.
Il cherche à déplacer un certain nombre de clivages comme l’opposition entre une anthropologie de l’éducation que l’on pourrait qualifier de conservatrice et une anthropologie émancipatrice, comme l’opposition entre les pédago et les républicains, comme l’opposition, on vient de l’évoquer, entre telle ou telle méthode.

Il souhaite travailler à partir d’un certain nombre d’éléments objectivants, comme il le dit, que ce soient les apports des sciences cognitives, les expérimentations qui sont faites à l’internationale, et puis aussi toute la tradition d’enseignement français qui est grosse de plusieurs siècles.

À partir de cela, il pense pouvoir faire avancer le système, tout en laissant la liberté à ceux qui veulent expérimenter de le faire, pourvu qu’ils soient comptables des résultats de leurs expérimentations.

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