Editoriaux - Musique - People - 24 avril 2019

On ira tous au paradis : Dick Rivers a rejoint Johnny !

C’était à la fois le quatrième mousquetaire et le troisième homme. C’était aussi un peu le mal-aimé qu’on aimait bien, toujours un peu à la traîne de Johnny et d’Eddy. C’était Dick Rivers, qui vient de s’envoler au paradis du rock and roll, à 74 ans. Avec Jean-Philippe Smet et Claude Moine, Hervé Forneri fait donc partie du sympathique brelan de branleurs qui, au début des années 60, va incarner une sorte de rock à la française.

Leur Terre promise est de cinéma – Eddy Mitchell, le plus lucide du trio, affirme ainsi : « L’Amérique que j’aime n’existe pas. » Pour les deux autres, si ; et pour de vrai. Certes, Johnny Hallyday n’est que yankee à mi-temps, puisque se grimant tour à tour en Hamlet, Mad Max, acteur godardien et ange aux yeux de laser, au plus fort de sa période Folies Bergère. Mais Dick Rivers, lui, se rêve Américain sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre. On est presque sûr qu’il dort avec sa banane et se douche avec ses santiags.

Déjà, rien que le choix du nom de scène. Dick Rivers, comme « Deke Rivers », soit Elvis Presley dans le couillonissime Loving You, film d’Hal Kanter ; Amour frénétique par chez nous. Bref, Hervé Forneri tombe tout petit dans la marmite étoilée pour ne plus jamais en sortir. Johnny Hallyday, c’est le monstre de scène. Eddy Mitchell, c’est le crooner bougon, le cinéphile érudit. Dick Rivers, ce ne sera jamais rien d’autre que Dick Rivers. Il en conçoit un certain ressentiment, mais pas non plus un ressentiment certain. Quoi qu’il en soit, et à défaut de faire figure de rocker ultime, il fut au moins le plus sincère. Le plus touchant, donc.

L’homme ne manque d’ailleurs pas de talent ; ses presque 60 ans de carrière, des Chats sauvages jusqu’à son ultime album, en 2014, sobrement intitulé Rivers , sont là pour en témoigner. Ce chanteur à la voix immédiatement identifiable entre toutes excelle dans tous les registres : rock, country, soul et roucoulade. S’il suit les modes du moment, tels ses deux comparses, c’est immanquablement avec un discernement très sûr : pas d’infamies sonores ou de guignolades à faire rougir dans sa discographie. Il a même le bon goût d’être l’un des tout premiers à adapter les Beatles en français.

Pareillement, l’homme sait s’entourer. Parmi ceux qui écrivent ou jouent pour lui : Gérard Manset et Jimmy Page. Les futurs Alain Chamfort et Alain Bashung. Francis Cabrel et Benjamin Biolay. Pas mal, pour un éternel second couteau… Pour la petite histoire et les amateurs d’étrangetés, en 2003, Dick Rivers joue dans Le Furet, film d’un autre outsider, Jean-Pierre Mocky, en compagnie de Michel Serrault et Jacques Villeret. Et réitère l’expérience au théâtre, un an plus tard, dans… Les Paravents, de Jean Genêt, dramaturge dont le moins qu’on puisse prétendre est qu’il ne fut pas exactement sous influence elvisienne.

En 2006, Dick Rivers signe son autobiographie, évidemment titrée Rock’n’roll. Le sommet de sa carrière ? Sa rencontre avec Elvis Presley, à Las Vegas, tel qu’il se doit, en 1970. Le King accepte d’être pris en photo avec lui, ce qui vaut toutes les Légions d’honneur, sachant que « même les Beatles n’avaient pas été autorisés à se faire tirer le portrait en sa compagnie ».

Toujours dans ses mémoires, il conclut joliment : « J’ai été un petit con, plein de vanité et de prétention. J’ai connu des soleils et des orages. Je me suis mis à traverser des déserts interminables alors que je n’avais pas vingt ans, j’ai ramé des années et des années sur des océans sans voir la moindre plage à l’horizon, je me suis retrouvé dans des tunnels dont je n’apercevais pas le bout. Mais je m’en suis toujours sorti. Parfois fier de moi. Dick Rivers existe. Aujourd’hui, quand je me regarde dans une glace, je me dis : c’est pas mal ce que tu as fait. »

Nous confirmons.

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