Agriculture - Editoriaux - Environnement - 27 septembre 2019

On achève bien les paysans

Les marchands de peur n’en finissent plus d’accuser le monde agricole. À l’approche des élections municipales, plusieurs communes viennent de promulguer des arrêtés anti-pesticides et mettre en place des zones de non-traitement sous prétexte de précaution. Le désarroi est grand dans les campagnes et les paysans sont invités à se mobiliser à l’appel de leurs organisations professionnelles, afin de dénoncer cette stigmatisation. Ils subissent des reproches injustifiés et, de surcroît, dont ils ne portent pas la responsabilité. Notre agriculture n’a jamais été aussi propre. La promiscuité qu’ils vivent, aujourd’hui, avec les populations limitrophes n’est pas de leur fait. Ce sont les villes qui s’étendent et leurs exploitations qui reculent.

Chaque jour, l’artificialisation des terres et la construction de nouveaux lotissements réduisent la superficie des terres agricoles. La France a perdu un quart de sa surface cultivable sur les cinquante dernières années. C’est l’équivalent de la superficie d’un département moyen qui est bétonné tous les dix ans. Par conséquent, il est logique que les riverains se trouvent de plus en plus confrontés à la proximité des travaux des champs. La faute à qui ? Qui était là le premier ? Quel usage devons-nous faire des surfaces cultivables de notre pays? Voulons-nous du béton ou du blé ? Vaut-il mieux construire ou nourrir ? Voilà les vraies questions auxquelles notre société est confrontée. Et les poser, c’est déjà y répondre.

Avoir un champ de maïs derrière le mur de sa cuisine, lorsque l’on a fait construire un pavillon à la périphérie d’un village, cela pose évidemment la question du contact avec les « nuisances » sonores et olfactives du monde agricole. La peur des produits phytosanitaires est devenu prétexte à tous les dénigrements et les attaques, même les plus violentes, envers les agriculteurs. Indispensable aussi bien en agriculture traditionnelle qu’en agriculture biologique, l’usage des produits phytosanitaires n’a jamais été aussi parcimonieux. Leur épandage relève d’exigences réglementaires draconiennes et leurs usagers doivent être obligatoirement qualifiés. Épandus dans des conditions normales, ils demeurent quasiment sans danger tellement les doses, les matières actives et les matériels utilisés sont performants.

En bonne intelligence, les agriculteurs préfèrent toujours tenir compte du voisinage et prendre les plus grandes précautions pour la santé des riverains ainsi que pour la leur. Aucun élément tangible n’a jamais permis d’affirmer que les riverains à proximité d’un champ seraient soumis à un danger supérieur à d’autres, à la suite de l’utilisation de traitements phytopharmaceutiques.

La phobie véhiculée aujourd’hui sur ce sujet, ajoutée aux accusations des « défenseurs » du monde animal et aux pressions des lobbies antispécistes, n’en finit pas d’accabler les agriculteurs et le monde rural en général. C’est l’incompréhension qui domine et ceux qui mettent de l’huile sur le feu sont des irresponsables. Désormais, les fermes, jusque-là plutôt sûres, doivent faire face à des intrusions, des dégradations, des incendies et même des agressions.

Déjà confrontés aux incidences économiques désastreuses pour leur profession des signatures de traités de libre-échange par l’Union européenne, les paysans n’ont pas besoin d’être, en plus, désignés comme boucs émissaires de tous les maux environnementaux.

On souhaiterait les achever qu’on ne s’y prendrait pas autrement !

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