La Ligue des droits de l’homme de Bourgogne (LDH) s’était dite choquée par l’installation d’une crèche dans le hall d’accueil de la mairie de Paray-le-Monial. Cette crèche avait été créée par des handicapés de Bethléem et bêtement, dans une époque de folie, le maire avait pris cette initiative sans présumer qu’elle pourrait offenser quiconque de normal et d’équilibré, croyant ou non.

Il avait tort puisque l’initiative de la LDH a trouvé le tribunal administratif de Dijon saisi en référé pour lui reconnaître du mérite au point d’ordonner qu’on sursoie à l’installation jusqu’à la décision sur le fond. Le juge des référés a donc attaché du prix à cette inanité de la LDH qu’il n’y avait pas, en Bourgogne, une tradition de crèches. J’ose dire que le télescopage d’une Ligue ayant perdu tout sens de l’opportunité et de la délicatesse et d’un juge administratif dépourvu d’équité et de mesure a entraîné le naufrage du bon sens. Et révélé, si on avait encore besoin d’un tel exemple, que notre société est malade.

J’apprends cette information qui me frappe par son absurdité alors que je viens de sortir d’une messe de Noël commencée à 18 heures 30 et terminée à 20 heures 15.

La messe proprement dite a été précédée par une "veillée" où, durant trente minutes, on est tombé dans une sorte d’intellectualisme sentencieux, pontifiant autour de la crèche, genre "nouveau roman" religieux, où on est allé jusqu’à faire parler le bœuf et l’âne. Tout cela avec un sérieux accablant, sans doute pour manifester à quel point la naissance de Jésus à Bethléem n’était pas, contrairement à ce que les âmes simples avaient tendance à croire, un événement joyeux.

L’atmosphère a été gravement plombée par cette veillée et la messe qui a suivi gangrenée par cette contagion de gravité affectée et de lourdeur délibérée. Il fallait surtout éviter tout risque de dérapage vers la joie et l’allégresse. Il convenait que tout fût lent et d’une solennité réussissant parfaitement à étouffer ce qui aurait pu ressembler à des étincelles de bonheur et d’exaltation. Les chants, inconnus, n’avaient aucune mélodie et quand on en avait une dans la tête, il était hors de question de nous permettre cette religieuse ritournelle. Le hasard a fait que deux ou trois cantiques sont parvenus à échapper au désastre et j’incline à considérer que le formidable "Divin enfant", entonné avec une félicité collective coupable, manifestait surtout l’envie de quitter ce lieu, cette atmosphère qui étaient presque parvenus à changer en morosité l’annonce et la célébration d’une naissance qui avait changé le cours de l’humanité. Et on voudrait, après cela, que le catholicisme gagnât partout et sur tous les registres !

Le pape François est joyeux parce qu’il a parfaitement compris que l’ascèse des cœurs et des esprits avait ses limites et que le catholicisme, pour convaincre et entraîner, se devait lui-même d’exprimer des sentiments d’allégresse et de bonheur. Ne plus tendre l’autre joue et se souvenir du dernier commandement du pape à la curie l’an dernier : "Et vous avez le droit de sourire" !

Un pape joyeux, une Église lugubre, une société malade… Cette trinité n’est pas sainte mais redoutable.

On a le droit d’espérer des lendemains qui chanteront.

Extrait de : Un pape joyeux, une Eglise lugubre, une société malade…

25 décembre 2016

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