Editoriaux - Histoire - International - 12 septembre 2014

Le nouveau 11 septembre est arrivé

Il y a un an, 16 % des Américains voulaient porter la guerre en Syrie. Ce n’était pas assez. Aujourd’hui, les Américains sont partisans de cette même guerre à hauteur de 66 %. Le coup des images d’égorgement aura suffi. Un nouveau 11 septembre, vous pensez ! Le cru sera-t-il bon ?

On rappellera qu’on nous a fait le coup des charniers de Timişoara, des bébés tués dans la couveuse, des armes de destruction massive. Et on dira aussi que les braves islamistes, ex-Ben Laden Boys, étaient considérés comme des saints protecteurs de notre démocratie laïque ; qu’ils étaient armés en conséquence pour en finir avec un régime laïc protecteur de chrétiens — comme l’Irakien de jadis.

On accusera donc Assad cette fois de soutenir les voyous égorgeurs que l’on équipait l’an dernier. On enverra donc nos troupes éthiques là-bas… et en Lettonie. Car il ne faut pas lésiner face au terrorisme international ou à l’ours russe qui recouvre le Vieux Continent de ses chars. De Staline à Poutine, expliquent les experts, il n’y a qu’un seul pas. Car nos experts expertisent, nos commentateurs commentent et nos opinions opinent.

Naomi Klein explique dans son livre sur La Stratégie du choc que la guerre des images est essentielle. C’est l’arme réelle, en fait : la terreur pour toujours dans notre tête de prisonnier. Le capitalisme de terreur a besoin de choquer sa population et de l’amener à la guerre privatisée pour enrichir des ministres actionnaires – Baker et le Carlyle Group, Cheney et Halliburton, Perle et Boeing. Car il faut savoir qu’on ouvre une base américaine comme on ouvre une prison au Texas (attention citoyens, il faut les remplir, après !) ou un fast-food à Paris. Pour les affaires.

Oliver Stone a rappelé, lui, dans son film sur l’histoire de son pays qu’on a rempli Guantánamo non pas de terroristes mais de quidams en général innocents amenés par des chasseurs de primes. Il a aussi expliqué que l’on a commencé à faire du Débarquement un culte – depuis Spielberg et les années 90. Ces jours-ci passe justement à la télé une série sur le sacrifice du Débarquement. La transformation d’une opération militaire en rituel religieux et en culte commémoratif fonde une inféodation spirituelle et elle nous prépare à un autre sacrifice et à la prochaine guerre « nécessaire ». Nietzsche disait que la torture est une mnémotechnique. On n’a donc pas fini de nous traumatiser.

Terminons sur les images ou leur absence. Seymour Hersh a confirmé au Guardian, à propos de l’assassinat de Ben Laden, qu’il s’agit d’un gros mensonge, que pas un seul mot là-dedans n’est vrai, pas un seul fait. Mais, ajoute ce vieil as rebelle, l’administration Obama peut tout se permettre, puisque nobélisée. Nous croyons donc non seulement à n’importe quelle image manipulée qu’on nous montre, mais aussi à celle que l’on ne montre plus.
Le prix Nobel de la paix orwellienne n’a même plus besoin de se moquer de nous ; nous en redemandons.

Nous en redemandons mais nous le paierons.

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