À la veille de la prise de parole d’Emmanuel qui pourrait décider d’imposer d’autres restrictions, quels dégâts d’ordre psychiatrique pour les ?

Réponse de Nicolas Dhuicq, médecin psychiatre, au micro de Boulevard Voltaire, l’occasion d’évoquer avec lui l’état des services de dans notre système de santé.

 

Alors que le président de la va bientôt prendre la parole, sans doute demain, pour faire un point sur l’épidémie de Covid-19, se pose la question outre du bilan des gens décédés de cette maladie, mais du bilan psychiatrique des différents confinements et de la maladie en elle-même. On parle d’explosion de cas d’hospitalisation de psychiatrie chez les jeunes. Vous êtes psychiatre des , est-ce que l’effet Covid se fait ressentir dans votre « branche » ?

Oui, ce bilan est assez lourd avec une augmentation des tentatives de suicide chez les plus jeunes et avec une augmentation de la souffrance psychique surtout chez les adolescents. Pour ce qui est de la tranche d’âge des 6 et 11 ans, j’en vois moins, mais j’ai peur que le prix à payer ne soit à la rentrée prochaine. Ces troubles surviennent sur une population assez fragilisée par certains phénomènes que nous connaissons bien.
Premier facteur, nos adolescents ont depuis plusieurs années de moins en moins de repères identificatoires auxquels s’opposer ou s’identifier.
Pour éclairer nos auditeurs, la génération de la bourgeoisie des villes qui s’est révoltée en 1968 contre une société qui était un peu fossilisée avait des images fortes comme celles du Général auxquelles s’opposer ou au contraire, des images fortes auxquelles s’identifier. Nos jeunes ont de moins en moins cette possibilité.
Deuxième facteur, chez les parents d’aujourd’hui, il y a une grande difficulté à poser des limites, un cadre et donner des interdits qui vont rassurer les enfants. Un enfant à qui on ne pose aucun interdit est soumis à l’angoisse.
Le troisième facteur est celui des écrans. De moins en moins d’enfants ont des parents qui sont capables de leur apprendre à maîtriser l’utilisation des écrans. Il ne s’agit pas de les interdire purement et simplement puisque cela ne serait pas adapté, mais d’apprendre à l’enfant de maîtriser sa consommation d’écran au cours de la journée. Tous ces facteurs additionnés font qu’une difficulté comme celle que nous vivons, qui ralentit les contacts sociaux, est plus difficile à surmonter. A mon sens, il faudra une ou deux années pour que les touts petits qui entrent dans l’apprentissage du langage se réadaptent. Lorsque nous adultes, enlèverons les , nous ne verrons plus le visage de nos interlocuteurs de la même manière.

Comment se manifestent ces troubles liés à l’épidémie ?

En dehors des grandes villes, les services des hôpitaux universitaires se sont séparés des lits de la psychiatrie infanto-juvénile depuis une trentaine d’années. Nous avons donc un manque de lits d’hospitalisation en particulier pour les adolescents.
L’adolescent a la particularité de nous confronter toujours à l’urgence. Son humeur fluctue beaucoup plus vite que celle de l’adulte.
Ce manque de lits se fait sentir. Vous avez donc plus de passage à l’acte agressif, des troubles du comportement et du sommeil. Il y a en effet une augmentation de ces pathologies avec par dessus cela, des tableaux cliniques plus précoces. Là où nous avions des entrées en schizophrénie vers 18-20 ans avec un tableau clinique très net, je vois beaucoup d’adolescents de 14-15 ans qui présentent des signes encore un peu flous, mais qui selon moi signent des entrées en psychose.
Je l’attribuerais davantage aux facteurs environnementaux et sociaux.

 

Si l’épidémie de Covid-19 a révélé les failles de l’hôpital public en matière de lit de réanimation, d’infrastructure ou de stock de masques, cette crise ne va-t-elle pas révéler davantage les failles du système psychiatrique français ?

Oui, bien sûr. Ces failles sont dues au pouvoir public, à mes aînés en particulier sur le secteur qui pour des raisons idéologiques ont voulu diminuer le nombre de lits d’hospitalisation pour créer une psychiatrie beaucoup plus ambulatoire. Certes, c’était une idée noble, mais que les patients psychotiques paient très lourdement. Je rappelle que ce que nous appelons les schizophrénies représentent 1 % de la population en générale. Dans ce 1 %, 1/3 n’aura jamais à faire au psychiatre et un autre 1/3 aura besoin de manière continue de soins voire d’être hospitalisé ou d’être dans des structures qui vont l’aider. Il y a un monde cruel pour les psychotiques. Je pense que les psychotiques sont très abandonnés.
Pour les parents, c’est certainement très difficile de trouver des lits d’hospitalisation lorsqu’ils en ont besoin, mais aussi de trouver des appartements associatifs ou thérapeutiques avec un suivi assuré. Je n’aime pas trop ce terme puisqu’il laisse entendre que nous courions après les patients. En dehors des crises, on ne peut pas soigner efficacement quelqu’un si de lui-même il n’accepte pas votre aide. Dans mon domaine, on apprend à voir les gens qui acceptent la main tendue et ceux qui la refusent.

30 mars 2021

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