C’est donc une « très mauvaise idée de politiser le sport », a déclaré Emmanuel Macron, en déplacement en Thaïlande, à propos du Mondial de foot organisé au Qatar. Cela dit, cette politisation est peut-être un juste retour des choses lorsque l’on voit comment la peut devenir du sport, certes pas toujours de haut niveau. C’est peut-être une très mauvaise idée, mais c’est une réalité qui ne date pas d’hier.

On ne va pas vous faire le coup du « Tout est politique » mais c’est quand même un peu ça, quand on y réfléchit un peu. Le Comité international olympique, qui se raccroche à la tradition de la trêve olympique, ne nous rappelle-t-il pas que cette « "Ekecheiria" fut instituée dans la Grèce antique au IXe siècle avant J.-C. par la signature d’un traité entre trois rois afin que les athlètes et spectateurs des cités qui étaient autrement presque constamment en puissent participer en toute aux Jeux olympiques » ? À l’origine de l’olympisme antique, il y a donc bien un acte politique ! Et ne parlons pas du fameux « Du pain et des jeux »… Pendant que le bon peuple regarde les athlètes s’étriper ou dribbler, au moins, il ne nous embête pas !

Donc, on va dire que l’expression d’Emmanuel Macron est maladroite. Une sorte de reprise de volée approximative dont il a le secret lorsque les journalistes lui posent des questions dérangeantes. On comprendra qu’il a voulu dire qu’il faut respecter cette sorte de trêve, non pas olympique, mais footballistique. La magie du foot et tout ça. En clair, on met entre parenthèses les droits de l’homme et de la planète (pour faire court : le coût climatique de cette plaisanterie en plein désert). Pourquoi pas, mais alors, il faut le dire franchement. Les milliers de morts de ce que certains qualifient d’esclaves modernes sur cet immense chantier sous un soleil de plomb sont priés, eux aussi, de se trouver une petite place dans les parenthèses.

Et puis, il fallait y penser avant, les gars ! Emmanuel Macron ne dit pas autre chose. « Ces questions-là, il faut se les poser quand on attribue l’événement », a déclaré, non sans un certain cynisme, le chef de l’État. Ça, c’est typiquement un argument macronien. D’abord, c’est pas moi, je n’y suis pour rien. Un peu comme Fessenheim : c’est trop tard, c’est irréversible, le processus est en marche, on ne peut plus revenir en arrière.

Donc, une très mauvaise idée de politiser le sport. Oui, mais alors, comment qualifier l’éjection de la Russie par la FIFA et l’UEFA de toutes les compétitions, le 28 février dernier, en raison de l’invasion de l’Ukraine ? Ou encore, par exemple, l’exclusion des compétitions de patinage artistique de la Russie qui, au passage, excelle dans ce sport ? Comment qualifier, enfin, la manœuvre d’Emmanuel Macron pour que la finale de la Ligue des champions, initialement prévue à Saint-Pétersbourg, se déroule au Stade de avec le magnifique succès d'ambiance que l’on sait ? Faut-il qu'il aime le foot, notre Président !

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17 novembre 2022

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30 commentaires

  1. Le menu peuple du roi Macron étant bête comme ses pieds puisqu’il a voté pour lui , je ne m’offusquerai pas de voir l’ineptie d’une compétition de foot exécutée dans les conditions que l’on sait , mais que les Écologistes applaudissent me semble particulièrement incongru et que les Droits-de-l’Homme n’aient pas été invoqués pour interdire le football du désert au prix qu’il coûte en vies humaines n’est pas acceptable ni compréhensible . Mais que fait Médiapart ?

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