L’affaire du n’est pas close. Après les images désastreuses pour notre pays, après les plaintes au Royaume-Uni, après les déclarations aveugles et sourdes du ministre de l’Intérieur en commission à l’Assemblée nationale, après que les autorités françaises ont, semble-t-il, censuré la communication de l’UEFA pour rejeter la faute sur les Anglais, après l’incroyable disparition des bandes vidéo du Stade de France, le Sénat jette un œil objectif sur cette affaire révélatrice des manières du pouvoir. Dans une conférence de presse, ce 16 juin, au Stade de France, les présidents des commissions de la culture et des lois du Sénat, Laurent Lafon (centriste) et François-Noël Buffet (LR) n’ont pas hésité, eux, à présenter les excuses que le pouvoir a refusé aux Anglais ou donné du bout des lèvres, sans se défaire de ses mensonges.

« Nous exprimons non seulement nos regrets mais aussi nos excuses », notamment envers les supporters anglais, commence Laurent Lafon. Le sénateur ne tourne pas autour du pot. « Les faits qui sont arrivés ce 28 mai sont d’une rare gravité, les conséquences auraient pu être dramatiques. » Les failles apparaissent nues : impréparation avant, manque de réaction pendant, déni après. Les sénateurs stigmatisent un « manque de dialogue » avec les responsables des deux clubs engagés. La fraude aux faux billets a été mal détectée en amont. Les autorités françaises, « conscientes du risque, n’ont pas fait preuve d’exigence et d’autorité vis-à-vis de l’UEFA », note Laurent Lafon.

Les mots du sénateur après un début d’enquête sont clairs : « Dès midi, des faits de sont constatés, avant même les autres difficultés. 300 à 400 délinquants ont perturbé la gestion des flux, l’organisation des forces de l’ordre n’était pas adaptée pour y faire face », avec seulement 209 gendarmes. Ces difficultés n’ont pas été constatées seulement aux portes fréquentées par les Anglais, « ce qui laisserait penser que ces phénomènes d’intrusion ne sont pas liés seulement aux supporters britanniques ».

François-Noël Buffet insiste : le préfet de police s’est concentré sur la gestion des flux alors que depuis le début de l’après-midi, des délinquants viennent faire les poches des supporters. Combien de délinquants ? 400 à 500 personnes, selon le sénateur. « L’aspect gestion de la a été mis sous le tapis alors qu’on était au courant », dit-il.

Enfin, dernier scandale : la conservation des images. Des actes d’agressions ont été commis, poursuit le sénateur Buffet. « Le ministre dit qu’il tient à notre disposition les images prises durant le match. Nous dormons confiants. Dès le lendemain ou le surlendemain, nous prenons contact pour les voir et nous apprenons qu’elles n’ont pas été conservées. » Le stade les conserve ordinairement sept jours, sauf contrordre. Le contrordre n'est pas venu. « Une difficulté majeure car ces images sont extrêmement importantes. Nous ne sommes pas capables de vérifier quelle était la situation aux abords du stade », déplore François-Noël Buffet. Seule la préfecture de police les a conservées : « On attend de les voir », dit le sénateur, qui tranche : « Cette absence de conservation des images constitue à tout le moins une faute grave. »

Fait aggravant : deux représentants de l’État étaient présents. Ils peuvent exiger de conserver les images : « Personne n’a eu l’idée ou l’intention de conserver ces images alors que cela aurait permis d’identifier des délinquants », regrette le sénateur.

Verra-t-on, un jour, ces fameuses images ? « Nous continuons d’insister pour voir les images de la préfecture de police puisqu’elles ont été conservées », poursuit-il. « Le procureur les a demandées, elles sont sous main de justice, nous allons faire la demande d’autorisation. »

Un dernier trait. Cette impression des sénateurs qu’on ne donne la vérité qu’au compte-gouttes. « Tout cela donne l’impression qu’il n’y a pas de responsable et donc pas de coupable, dit Laurent Lafon. L’opinion britannique se sent blessée. » Enfin, « tous les opérateurs qui ont failli, transport, justice, sont liés à l’État », précisent les sénateurs.

Le feuilleton du n’est pas clos…

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17 juin 2022

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41 commentaires

  1. Cette incapacité de notre ministre de l’Intérieur à assurer la sécurité d’un évènement certes significatif, mais au demeurant marginal au regard de la sécurité que requiert notre République devrait se traduire immédiatement par la courageuse décision du Président de la République de le révoquer immédiatement et sans indemnités pour bons et loyaux services. Les augmentations des effectifs, des budgets ne servent strictement à rien si l’Ecole ne forme pas sérieusement ses futurs citoyens.

  2. Quand l’imbécilité parentale joue à plein gaz, il ne faut pas s’étonner que la société soit en déroute. Des psychiatres devraient être rattachés à chaque établissement et intervenir rapidement pour bloquer ces dérapages..

  3. mais le ministre « qui ne sert à rien  » et toujours en place tout comme le prefet de police de Paris!!! Et aprés l’affaire Benalla, il en faut en faire pour se faire virer quand on est copain de Jupiter!

  4. L’État est un menteur c’est tout !!!! le mensonge, le mensonge , la calomnie, la calomnie, il en restera toujours quelque chose pour certains

  5. Aucune information avant le 2nd tour des législatives pour éviter tout amalgame et toute récupération par l’extrême-droite nauséabonde.

  6. Il y a cinq ans les Français, enfin, pas tous les Français, certains Français, ont mis en place une clique d’incapables doublés de menteurs.
    Mieux ! Au moment même où il était possible de s’en débarrasser, ces mêmes Français, où d’autres, ont reconduits la même clique.
    Et je suis prêt à parier que dans cinq ans, nous retrouverons les mêmes.

  7. Tous ces mensonges et dissimulations répétés me rappellent la gestion du Covid. Les Français ont l’air de trouver normal qu’on leur mente avec le soutien des institutions, c’est assez inquiétant pour la démocratie.

  8. Ici, comme lors de précédentes auditions (affaire Benalla, Mc Kinsey etc.) les sénateurs font un excellent travail.
    Et puis quoi ? Rien !
    Personne n’est condamné, les responsables restent en place et les Français reelisent Macron…
    Un peu comme la cour des comptes qui dénonce la gabegie financière depuis 40 ans sans que ça change quoi que soit.
    Un peu comme si vous étiez arrêté sur la route pour excès de vitesse et que vous repartiez en trombe dispensé d’amende et de perte de points.

    1. Comme le Maire socialiste de Rennes, jugé coupable dans l’affaire du sang contaminé, a été puni d’emprisonnement puis . . . dispensé de peine !!!

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