Alors que son ennemi Blofeld, chef de l’organisation SPECTRE, purge sa peine de prison à Belmarsh, James Bond profite de sa retraite et coule des jours paisibles en Jamaïque lorsque son vieux camarade de la CIA, Felix Leiter, vient lui demander de l’aide pour secourir un scientifique russe kidnappé dans les locaux du MI6. Ce dernier a, en effet, mis au point une arme redoutable à base de nanotechnologies dont SPECTRE désire s’emparer. Ce qu’ignorent la CIA, le MI6, Blofeld et son organisation criminelle, c’est que tous sont manipulés par un ennemi inconnu, Lyutsifer Safin, afin d’éliminer des millions d’individus à travers le monde…

Cinquième film d’une saga entamée en 2006 avec Casino Royale, Mourir peut attendre marque les adieux définitifs de Daniel Craig au personnage de James Bond et sonne l’heure de dresser le bilan, au bout de quinze ans, d’une relecture pour le moins problématique de l’agent 007…

Réalisé par Cary Joji Fukunaga, rendu célèbre pour la première saison de True Detective, le film prolonge l’intrigue feuilletonnante des précédents. Un choix qui laisse peu de place aux nouveaux spectateurs, le cinéaste s’adressant presque exclusivement à ceux qui ont suivi les premiers volets.

Disons-le franchement, l’écriture n’a jamais été le fort de la période Daniel Craig, sauf peut-être sur Casino Royale. Des efforts ont bien été consentis avec Mourir peut attendre mais l’intrigue est inutilement complexe, laborieuse et maladroite… Les motivations du nouveau méchant demeurent nébuleuses et peu convaincantes, à l’image de l’ensemble du scénario.

Incontestablement, le film paie cher les partis pris initiaux des producteurs à l’époque du premier opus en 2006. Ceux-là estimaient que le James Bond de Pierce Brosnan était trop parfait, trop irréaliste, trop daté, et bridait l’implication émotionnelle du spectateur. D’où leur décision, avec la saga Daniel Craig, d’humaniser un peu (de désacraliser ?) le personnage, en conformité avec les exigences dites « réalistes » de l’époque…  Mais voilà, à force d’humaniser James Bond, de le soumettre à la passion amoureuse, puis de le tourmenter à longueur de films par un sentiment de culpabilité, les producteurs sont allés au bout de leur logique dans Mourir peut attendre : ils lui ont fait goûter la vie d’un retraité, les joies de la paternité et lui ont réservé un destin qui – nous n’en révélerons pas davantage – achève pour de bon l’icône imperfectible que nous connaissons. James Bond n’est plus alors un surhomme mais un simple héros de film d’action. C’est là tout le problème. Car, indépendamment des écrits de Ian Fleming, à qui il n’appartient plus tout à fait, James Bond personnifiait depuis un demi-siècle l’Angleterre et ses valeurs immuables : l’intelligence, la classe, la dignité, le flegme, le sang-froid, la réactivité et la force. Le destin du personnage se confondant à celui de son pays, la mise en valeur de ses faiblesses dans Mourir peut attendre revient, symboliquement, à diminuer l’Angleterre, pour ne pas dire à la tuer. La conclusion de ce dernier opus de la saga Daniel Craig est terrible et en dit long sur cette vieille qui ne croit plus en ses valeurs.

On pourrait même aller plus loin et souligner l’incongruité, pour l’icône britannique, de prêter ainsi main-forte à un agent de la CIA au détriment du MI6, ou de concevoir un enfant avec une Française plutôt qu’avec une compatriote. Certes, nous n’ignorons pas qu’avant Léa Seydoux, Bond a connu Carole Bouquet, Claudine Auger, Sophie Marceau et, bien sûr, Eva Green, mais il n’avait rien concrétisé de tel avec elles. Il y a, manifestement, rupture entre le personnage et le pays qu’il incarne, la Grande-Bretagne, pour qui la France reste objectivement un ennemi séculaire.

Sentimental, introspectif, retraité, paternel, faillible, James Bond devient donc aussi l’homme par qui le dialogue fructueux entre les nations devient possible. Tout le contraire, précisément, de ce que l’on attend de 007… On voudrait tuer James Bond que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

2 étoiles sur 5

 

16 octobre 2021

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