Il n’était pas là. N’ayant pas le don de l’ubiquité, Zemmour n’est pas venu, malgré des rumeurs persistantes, à la grande fête où Vox, le seul parti identitaire espagnol, a rassemblé, à Madrid, le week-end dernier, plus de 20.000 sympathisants. Personne du RN n’ayant, non plus, traversé les Pyrénées (ces gens de Vox sont, sans doute, trop radicaux pour eux), seule la France manquait parmi les représentants des grandes forces qui constituent ce fantôme qui, comme celui dont parlait Marx – mais opposé à lui –, parcourt aujourd’hui l’ et fait trembler les puissants et les bien-pensants.

Mais si Éric Zemmour n’était pas physiquement à Madrid, tout l’esprit qu’il incarne, tout ce qu’il défend, était bien là. À commencer par le discours de Santiago Abascal (plus radical et, surtout, plus « culturel » et « civilisationnel » que d’habitude) et en continuant par le grand émoi qu’a suscité, dans le monde identitaire espagnol, le fait de découvrir que, juste à côté de chez nous, un grand sursaut est en train de prendre forme qui peut faire que le Grand Remplacement devienne un Grand Renversement.

Un Grand Renversement de tout ce qui menace, quel qu’en soit le pays, notre civilisation. C’est cela qui frappe et fait toute la force de Zemmour : l’enjeu n’est plus la défense de telles ou telles questions, idées ou intérêts. L’enjeu, c’est la Vie contre la Mort, la Civilisation contra la Barbarie, la Beauté contra la Laideur, l’Ordre contre le Chaos, l’Identité contre la Non-identité, l’Être contre le Non-être.

Tout le reste – mesures économiques, sociales, éducatives… –, c’est, bien sûr, extrêmement important – mais secondaire. Si la maison s’écroule, ergoter sur ses plafonds, boiseries et lambris revient à discuter sur le sexe des anges – comme discutaient les moines byzantins tandis que le Turc était aux portes de la cité.

Aujourd’hui, il n’est pas seulement aux portes. L’ennemi est dedans – incrusté, tout d’abord, dans notre propre esprit. Partout, dans tous les pays. En France comme en Espagne. En Italie comme en Allemagne. Au nord, au sud et au centre de cette qui ne peut devenir notre grande patrie civilisationnelle que si nos cœurs s’attachent d’abord et d’instinct à chacune de nos puissantes, indéracinables, indécrottables patries nationales.

Comment entrelacer la grande patrie européenne et ces patries charnelles que sont les nations nous ayant fourni être et langue ? La question est décisive, mais elle ne pourra se poser que lorsque nous ne serons plus au bord du gouffre. Entre-temps, il faut parer au plus pressé : à la grande déchéance qui nous menace.

Elle menace partout, mais selon des caractéristiques propres à chaque pays. Notre déchéance se compose de deux pans : d’un côté, la décrépitude de nos peuples qui, soumis à leurs élites, n’ont rien de grand à leur horizon ; d’un autre, l’arrivée de peuples asservis à des principes de soumission qui nous sont hostiles et étrangers. Mais ces deux pans, présents partout, se combinent de façon différente selon les circonstances, l’Histoire et le génie de chacun de nos peuples.

Ainsi, pour en revenir à l’Espagne, il est évident que, par sa position géographique, elle est battue de plein fouet par l’invasion migratoire. Et pourtant, celle-ci y est ressentie avec un peu moins d’acuité qu’ailleurs. Pour deux raisons. Parce que bien des flux arrivés d’Afrique prennent l’Espagne comme lieu de passage vers des contrées plus soumises et généreuses encore. Deuxièmement, parce que la plupart de notre immigration n’est pas marquée par l’islam mais par la chrétienté : par ces populations latino-américaines qui, ayant bu autant au christianisme qu’à la langue et à la culture espagnoles, ont fait le chemin inverse à celui des conquistadors qui leur apportèrent, pendant 500 ans, l’esprit de notre civilisation.

Et même si cela ne résout évidemment rien, même si cela ne va pas sans poser aussi de graves problèmes (et sur lesquels Vox ferait bien de s’interroger un jour), cela change évidemment bien des choses.

16 octobre 2021

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