Thomas Bertin a proposé, dimanche, une intéressante étude comparative de la mortalité par pays et dénoncé la présentation biaisée du professeur Salomon, qui s’accroche au bilan américain pour adoucir le sien, au mépris de la plus élémentaire rigueur scientifique. Mais le mensonge (au moins par omission) sur le décompte des morts en France de la part des autorités, que nous avions dénoncé ici dès le 23 mars, se poursuit.

Ainsi, le JDD publiait, dimanche, un article-choc : « Coronavirus : pourquoi la mortalité est encore sous-estimée en France ». Pour les deux journalistes, « le nombre de décès dus au Covid pourrait être deux fois plus élevé, selon les projections actuelles. Le système de recensement reste artisanal. Les victimes à la maison seront ajoutées dans les prochaines semaines. » Le double… Ce n’est pas rien. On avait donc oublié les morts à domicile, après avoir (provisoirement) oublié de compter les décès en EHPAD pendant le mois de mars. Décès à domicile, mais aussi décès des personnes âgées en familles d’accueil. Donc, à l’âge de l’informatique, du contrôle tatillon, en temps réel, de milliers de données nous concernant, on ne sait pas exactement compter les morts en France, par jour, par semaine. On ne meurt tout de même pas clandestinement. Il faut un médecin, un acte de décès, un permis d’inhumer et un enregistrement à l’état civil. Le chef de la start-up nation et le professeur Salomon vont nous faire croire que, pour ces choses, nous sommes un vieux pays artisanal qui ne sait pas compter ses morts…

Autre mensonge sur la mortalité en France, révélé cette fois par Le Monde : le taux de mortalité en réanimation. « Selon le ministère de la Santé, il serait de 10 %. Ce chiffre a été annoncé par , le directeur général de la Santé, lors de sa conférence de presse du 17 avril. Selon les informations du Monde, il est largement sous-estimé. Aujourd’hui, il serait en effet de l’ordre de 30 % à 40 %. » Des chiffres qui font froid dans le dos, et qui sont fondés sur les données du Réseau européen de recherche en ventilation artificielle (REVA). Le Monde nous apprend qu’il fut « créé en 2009, lors de la grippe H1N1 », qu’il « constitue de fait le registre national des formes graves en réanimation en France ». Et, pour Matthieu Schmidt, médecin réanimateur à la Pitié-Salpêtrière et coordinateur du REVA, « en train de finaliser l’étude » : « Nous nous dirigeons vers une mortalité qui sera très vraisemblablement entre 30 % et 40 %. C’est un chiffre énorme. »

Alors, comment expliquer ces chiffres complètement sous-estimés donnés par M. Salomon, il y a une semaine ? Les médecins interrogés par Le Monde se montrent particulièrement sévères pour M. Salomon. Pour le professeur Annane, la « déclaration de M. Salomon [était] prématurée, avec une étude qui commence quinze jours avant le début du moment critique » ! Pour le docteur Yvon Le Flohic, médecin généraliste, chargé du suivi H1N1 en Bretagne en 2009, « dix pour cent, c’est complètement hors-sol. On véhicule l’image d’une toute-puissance médicale et hospitalière. On ne peut pas dire : si vous allez en réa, on va vous sauver, ça va aller dans 90 % des cas. » M. Salomon, lui, se retranche derrière des données à un instant t

Avec ces nouvelles révélations sidérantes, les Français vont découvrir, pour ceux qui en doutaient encore, que non seulement ils étaient incompétents, imprévoyants, dépassés, mais qu’en plus, ils ont peut-être cherché à cacher cette incompétence en nous mentant tout au long de la crise.

Il paraît que la réussite du déconfinement tient, selon le Conseil scientifique, à un paramètre clef : la confiance.

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