Le Parisien n’est pas tendre avec le groupe Korian, qui gère 308 en France. Il rapporte que des familles critiquent sa gestion de la crise sanitaire, après les décès survenus dans plusieurs de ses établissements. « C’est un scandale de santé publique », souligne un avocat des plaignants, dénonçant « un groupe qui ne cherche qu’à faire du fric ». De son côté, la directrice générale du groupe réfute toute accusation, assurant, selon le quotidien, « avoir réagi à chaque fois plus vite que les pouvoirs publics ». De mauvais esprits se diront que ce n’était pas difficile, compte tenu de la lenteur desdits pouvoirs publics, mais, au-delà des polémiques, cherchons à y voir plus clair dans cette affaire.

« Je ne laisserai pas salir notre entreprise et nos personnels », s’était déjà défendue la directrice générale. Il faut dire que le groupe Korian a particulièrement fait parler de lui. Sur les 8.654 personnes décédées d’une contamination dans des maisons de retraite, selon le dernier bilan publié dimanche soir, 606 étaient hébergées dans un établissement qu’il gère. À Mougins, dans les Alpes-Maritimes, on compte 37 décès sur 109 résidents. De quoi susciter le doute sur l’efficacité du dispositif de protection mis en place.

Le procureur de Grasse a ouvert, le 3 avril, une enquête préliminaire pour « homicides involontaires » et « omissions de porter secours à des personnes en péril ». Le préfet de Grasse, dans Nice-Matin du même jour, lançait vertement : « Des mesures barrières n’ont pas été prises. Il y a eu un temps de retard pour prendre en charge la situation. » Un délégué syndical, tout en niant que la situation soit difficile partout, concède que « le matériel est arrivé dans la semaine du 24 au 30 mars, alors que le confinement des personnes âgées a commencé le 15 mars ». Il a ce mot terrible : « À un moment, ça a été le foutoir. »

On comprend que la directrice générale de Korian soit gênée aux entournures. Toujours selon Le Parisien, arrivée en 2016, elle toucherait un salaire annuel d’un million d’euros bruts et aurait reçu, en 2017, 62.300 actions gratuites du groupe, pour une valeur de 1,7 million d’euros. Elle annonce, aujourd’hui, réduire de 20 % ses revenus et le versement d’une prime de 1.000 euros au personnel. « Par solidarité », assure-t-elle. Il faut dire que cette prime n’est pas superflue : selon une aide-soignante, le salaire mensuel moyen serait de « 1.600 euros nets après 16 ans d’ancienneté ».

Il ne nous appartient pas de mesurer la responsabilité du groupe dans cette tragédie. Le gouvernement lui-même est discret : Jérôme Salomon, dans son bilan quotidien, a mis bien du temps pour prendre en compte les décès survenus dans les EHPAD. L’État n’allait guère reprocher à leurs directeurs un retard dans la prise de décisions dont il est lui-même la parfaite illustration. En revanche, on peut légitimement se demander si la gestion de ces établissements doit être confiée à des entreprises privées, dont l’objectif premier est de faire des bébéfices. Sur BFM Business, le 28 février, la directrice générale de Korian se félicitait, d’ailleurs, des résultats financiers de son groupe.

Un tel constat ne remet pas en cause le dévouement de beaucoup de personnels auprès des personnes âgées. Autrefois, c’étaient des religieuses qui tenaient ce rôle : l’attention apportée aux personnes malades ou dépendantes faisait quasi partie de leur vocation. Les EHPAD d’aujourd’hui perdent-elles cet esprit de solidarité ? Est-il compatible avec la culture de l’argent ? Quoi qu’il en soit, c’est le devoir de l’État d’exercer son contrôle et de donner à ces établissements les moyens de fonctionner dignement.

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