De retour d’un marathon européen qui a privé de sommeil les vingt-sept chefs d’État pendant quelques nuits, notre Président est apparu fringant, mardi soir, sur le plateau de TF1. Heureux d’avoir arraché quelques centaines de milliards d’euros à ces gagne-petit du nord. Des grincheux, des râleurs qui n’aiment pas les impécunieux de notre espèce, tous ces « latins » qui dépensent sans compter, occupés qu’ils sont à faire la foiridon et à manifester en rond au lieu de bosser.

Ce faisant, notre Président a eu quelques mots vigoureux sur la situation de violence qui explose dans notre pays. C’est Philippe, chauffeur de bus tabassé à mort pour avoir osé demander à un passager de mettre le et de payer son trajet, un pompier blessé par balle alors qu’il intervenait sur un incendie, Mélanie, une gendarme mortellement blessée par un chauffard qui refusait d’être contrôlé et Axelle, cette jeune femme traînée sur 800 mètres par la voiture qui venait de la percuter sans doute volontairement.

Viril, l’a assuré : la République sera intraitable !

« Une réponse immédiate est nécessaire », a dit le chef de l’État, et il faut, pour cela, « un changement d’état d’esprit profond », « toute personne qui porte l’autorité républicaine […] mérite le respect et nous ne tolérerons aucun écart ». Et d’insister : « Nous prendrons toutes les dispositions pour que la réponse judiciaire soit rapide et au rendez-vous de ces incivilités. […] Nous ne pouvons pas accepter – et je n’accepterai pas – dans notre pays que ces incivilités deviennent une habitude. »

Comment dit-il, déjà ? « Un changement d’état d’esprit profond » ? Oui, cela paraît urgent, en effet : il faut qualifier les choses pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire des crimes et non de simples « incivilités » !

La civilité est un vieux mot qui remonte au XIVe siècle et désigne la sociabilité et la courtoisie, puis, à partir du XVIe siècle, « l’observation des règles du savoir-vivre en société ». Son contraire, l’incivilité, est en usage depuis le XVe siècle. Voilà donc deux notions qui remontent bien loin. Le dictionnaire étymologique nous dit, d’ailleurs, que l’incivilité est un mot vieilli ou littéraire.

Le Président Macron est, paraît-il, un littéraire, sinon un fin lettré, et sa dame plus encore. Madame Brigitte enseignait la littérature quand elle est tombée sous le charme de son élève de seconde, le très jeune Emmanuel. Il faut dire qu’elle avait fait son mémoire de maîtrise sur « l’amour courtois ». L’un et l’autre connaissent donc parfaitement le sens des mots. S’il faut mettre sur celui-là une image triviale et concrète, on dira que l’incivilité, c’est quand on pète à table, le dimanche, à l’heure du gigot-flageolets chez belle-maman. C’est quand on vide le cendrier de la voiture sur le trottoir. C’est quand on met les pieds sur la banquette dans l’autobus, et pas quand on tue le chauffeur à coups de pied et poing. Ça, Monsieur le Président, c’est un crime !

Les réactions, heureusement, n’ont pas tardé. Ainsi Bruno Retailleau (sénateur LR) qui a dénoncé un « laxisme lexical » qui « conduit inévitablement au laxisme judiciaire ». De fait, une incivilité est punie – rarement – d’un amende. Un crime vous conduit aux assises.

Hélas, force est de constater qu’on est plus intraitable sur le port du masque que sur le tabassage d’agents publics…

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